Au nom de celles et ceux qui n’ont pas droit au chapitre

Posted by on 02/05/2019 0 h 45 min
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Je me suis fait comme une religion – depuis ma dernière rencontre en date avec Karim Wade, après une première rencontre historique le 4 février 2004, en marge d’une audience à la présidence de la République, suivie d’autres rencontres – de voter et d’appeler à voter pour lui à la prochaine Présidentielle (option A). Sinon, en guise d’option B, de voter et d’appeler à voter pour le « candidat du MFDC ».

C’est que ma parole donnée ce jour-là à Karim Wade, je l’ai voulue, et la veux aujourd’hui encore plus qu’hier, comme une parole-sacrée. Et pour la consacrer en tant que telle, notre conversation terminée, j’ai cru devoir l’immortaliser comme suit :

« Monsieur le Ministre d’Etat et cher frère,
Le 5 octobre 2015, vous avez bien voulu me recevoir, pour un entretien fraternel et amical. Celui-ci n’en constituait pas moins un acte politique.
En effet, ma visite se voulait avant tout un acte fraternel et amical, qui témoigne et rappelle, s’il en est besoin, que nous nous sommes adoptés mutuellement comme des frères depuis le 4 février 2004. C’était à votre demande, à l’issue de l’audience que le Président Abdoulaye WADE m’avait accordée en ma qualité de Secrétaire Général du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC).
Donc, frères nous sommes et demeurons, en dépit des vicissitudes de l’histoire et notamment de la politique. Il se trouve, cependant, que nous sommes tous les deux des acteurs doublés de leaders politiques.
Or, lors de notre entretien, vous m’avez fait une offre politique, que j’ai d’ailleurs acceptée immédiatement et sans hésiter. Il s’agit globalement de nous retrouver dans la perspective puis dans le cadre des Combats politiques à venir.
(…)
Il va sans dire que l’idée de la résolution définitive de la Question nationale, dont la crise en Casamance n’est qu’un dramatique pendant, est et reste la base fondamentale de notre option autonomiste ou fédéraliste.
(…) ».

C’était donc le 5 octobre 2015, à la prison de Rebeuss, où je partageai alors avec Karim Wade un moment symboliquement et politiquement fort d’une part, et humainement intense d’autre part.

Aussi, à la lumière de ce qui précède, l’on devrait comprendre aisément que je puisse comprendre tout aussi aisément le président Abdoulaye Wade quand il déclare, je cite en substance : ‘‘Notre candidat à la prochaine Présidentielle est Karim Wade (option A). Sinon il n’y aura pas d’élection (option B, c’est moi qui considère cela comme tel)’’.

Mais, qui est-il donc, le « candidat du MFDC », si l’on sait que celles et ceux que l’on appelle communément les « Rebelles casamançais » ont déclaré urbi et orbi n’être guère concernés, ni de près ni de loin, par la prochaine élection présidentielle prévue le 24 février 2019 ?

Notons, d’emblée, qu’ils ont tort avec une telle posture. Car, même dans l’hypothèse extrême de la perspective de la guerre à tout prix pour parvenir à leur fin ; à plus forte raison s’ils s’inscrivent comme moi avec mes ami(e)s dans la logique d’une issue heureuse par la négociation ; les « Rebelles casamançais » devraient tout au moins miser, aux dépens de leur ennemi, c’est-à-dire par stratégie ou tactique politico-militaire, soit sur le plus « fragile », soit sur le plus « intéressant » d’entre les potentiels généraux-en-chef en lice. C’eût été, en tout cas, de bonne guerre.

Au lieu de cela, ils préfèrent plutôt s’illustrer par l’évitement : ils n’appellent même pas au boycott de ladite Présidentielle. Histoire, préconisent-ils, de ne pas s’occuper des « affaires sénégalaises ». Ils ont bien tort, une fois encore.Car, en politique, puisqu’il est question ici de politique, et de rien d’autre, si vous ne mouillez pas le maillot, elle vous mouille.

Que peuvent-ils, vraiment, tout à propos, nos frères et sœurs « Rebelles casamançais », chaque fois que tel ou tel leader politique sénégalais, qui plus est candidat à l’élection présidentielle du Sénégal, se targue – s’il vous plait, publiquement ! – d’avoir reçu une délégation du MFDC, sans même se donner la peine de préciser, ni sa composition, ni à quelle fin ?

Voilà pourquoi, d’autorité, je me veux leur portable-parole, ici et maintenant, et seulement ici et maintenant.Comme candidat virtuel, le « candidat du MFDC » à la prochaine Présidentielle a, si je puis dire, l’avantage de n’en être pas un :

(i) D’abord, pour rappeler, à tous et à chacun, que, à ce jour, le « Problème éminemment politique et institutionnel de la Casamance » n’est pas résolu ;

(ii) Ensuite, ou en même temps, pour exhorter à se souvenir que le conflit armé et meurtrier, que sous-tend ledit problème, est et reste vif et actif ; oui ! souvenons-nous, si tant est que nous l’ayons jamais oublié, que nous sommes en état de guerre en Casamance, puisque l’Armée Nationale et le MFDC se font la guerre en Casamance, aujourd’hui encore ; et que l’admettre comme tel, n’est pas jouer à se faire peur ; bien au contraire, c’est être responsable ;

(iii) Et enfin, considérant l’un dans l’autre, en tant qu’une même problématique posée ou incarnée par le MFDC, pour rappeler, encore et encore, que la Question nationale telle qu’elle se pose en termes de conflit armé et meurtrier en Casamance est et demeure une interpellation hautement et cruellement politique, quant à la souveraineté (nationale), à l’identité (nationale), au destin (national), à la vision éthico-politique (nationale) du Sénégal.

Mieux, la Question nationale telle qu’elle se pose en termes de conflit armé et meurtrier en Casamance est la négation même de l’Etat (ultra)centralisateur qui prévaut au Sénégal, et par conséquent l’affirmation de l’idée de l’Etat (ultra)décentralisateur, ou (ultra) fédérateur, que j’estime pour ma part, avec mes ami(e)s, aujourd’hui plus que jamais, autrement plus appropriée pour notre pays.

D’ailleurs, il est à regretter que, manifestement, comme à l’accoutumée depuis plus de 36 ans, la Question nationale telle qu’elle se pose en termes de conflit armé et meurtrier en Casamance ne constitue, en tant qu’un enjeu politique national, l’épicentre de la prochaine élection présidentielle.

Alors, Honorables Candidats à la Présidentielle du 24 février 2019, que préconisez-vous pour régler définitivement le « Problème éminemment politique et institutionnel de la Casamance » ?

Dakar, le 3 février 2019.
Jean-Marie François BIAGUI
Président du Parti Social-Fédéraliste (PSF)