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Cadres Casamançais : Memorandum sur les événements survenus à Ziguinchor le 26.12.1982

Cadres Casamançais : Memorandum sur les événements survenus à Ziguinchor le 26.12.1982

Délégation des Cadres Casamançais (DCC)

Dakar le 16 Avril 1984

A Monsieur Le Président de la République du Sénéga

Monsieur Le Président de la République,

Au cours de l’audience que vous aviez bien voulu nous accorder, il y a un an, à la suite des événements du 26 décembre 1982 à Ziguinchor, notre délégation avait pris l’engagement d’étudier les causes profondes du malaise depuis plusieurs années en Casamance, et d’élaborer un mémorandum à votre intention, visant à identifier les différents aspects et origines de ce malaise, et surtout de proposer des solutions susceptibles d’y mettre un terme dans un délai raisonnable et de renforcer la paix sociale et l’unité nationale.

Le Document que nous avons le privilège et le grand honneur de vous remettre aujourd’hui et qui nous a valu de longues journées de travail, d’enquête et de contacts de toutes sortes et dans tous les milieux sociopolitiques et économiques en Casamance, comme au Nord du Pays est loin d’être exhaustif, et ce n’était point au demeurant notre objectif comme vous l’avez souhaité vous-même.

Notre délégation qui n’a d’autre ambition, vous le savez Monsieur le Président, que celle de contribuer à apporter à nos populations la Paix, et le Bonheur auxquels elles aspirent dans un Sénégal fraternellement uni dans l’égalité et la justice, restera mobilisée et vigilante tant que la Casamance et vous-même, le jugeront.

Veuillez agréer Monsieur le Président de la République, l’assurance de nos sentiments respectueux et fraternellement dévoués.

Pour la Délégation des Cadres Casamançais
Le Président.
Le Professeur Paul CORREA
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PREAMBULE

Les événements du 26 Décembre 1982 n’ont été qu’un détonateur ou plus exactement la partie visible d’un iceberg qui n’a pas encore livré tous ses secrets.

Et pourtant il faut tenter d’en faire une dissection pour élucider des aspects, des éléments sans lesquels aucune identification des problèmes dont souffre notre belle région de la Casamance, ne pourra être faite pour nous conduire vers une solution heureuse c’est-à-dire une guérison totale du « malaise casamançais ».

C’est à cette tache difficile et délicate que notre délégation s’est attelée depuis 12 mois. C’était présomptueux, mais il fallait la mener à bonne fin et respecter nos engagements vis-à-vis du chef de l’Etat, vis-à-vis des ressortissants de la Casamance et de l’ensemble des sénégalais.

Il nous a fallu de la persévérance, une réelle motivation, un désintéressement total et aussi, nous le croyons volontiers, un peu de courage.

Certains membres de la Délégation n’ont pas toujours été disponibles ou se sont essoufflés, nous les en excusons, c’est humain ; d’autres nous ont ouvertement abandonnés, nous les plaignons car nous ne les envions pas, hier comme aujourd’hui et encore moins demain.

Fort heureusement de bonnes volontés se sont manifestées spontanément pour venir se joindre à nous et beaucoup d’entre eux avec une régularité et une ponctualité qui ont forcé notre admiration, d’autant plus que nos réunions étaient rigoureusement et désespérément hebdomadaires, qu’il pleuve ou qu’il vente.

L’ampleur et la complexité du travail que nous allions affronter d’une part, la gravité de l’enjeu d’autre part, nous ont acculés à la sagesse, à la rigueur et à l’objectivité, en évitant un glissement dangereux vers des considérations purement sentimentales et affectives, et la tentation était grande.

Notre démarche dès le début a donc procédé d’une méthodologie simple et à notre avis rigoureuse et réaliste, à telle enseigne et c’est heureux que nous avons l’impression tantôt de défendre et protégé les détenus et leurs supporters, (pour certains c’était le cas des naïfs et pitoyables angoissés de l’apocalypse) tantôt au contraire de briser et de dénoncer un mouvement au moins socialement défendable (pour d’autres).

Cela nous a apporté la preuve que nous étions dans la bonne direction, réaliste et objective dans l’intérêt même de la Casamance.

Nous avons ainsi successivement :

  1. Rencontré deux fois de suite les détenus qui avaient été arrêtés à la suite des événements du 26 Décembre 1982
  2. Mené une enquête à Ziguinchor et banlieue qui s’est révélée être le centre, le foyer du mouvement. Quelques membres de la Délégation se sont rendus (à nos frais) sur place et ont pris des contacts extrêmement précieux
  3. Rencontré autour d’une table les responsables politiques des différents partis représentés en Casamance, rencontres franchement loyales et fraternelles, qui nous ont beaucoup apporté et donné totalement satisfaction à tous les participants.
  4. A plusieurs reprises un ou deux membres de la Délégation a/ont été reçu (s) par le Président de la République pour tenter de régler des problèmes ponctuels, et débattre avec lui de l’évolution des événements.
  5. Périodiquement nous avons adressé des convocations individuelles de rappel à tous les 20 membres de la Délégation pour davantage conscientiser car en Afrique en général et au Sénégal en particulier le relâchement de l’élan et l’enthousiasme qui animent au départ les groupes et association est chose malheureusement courante.

Nous en avons fait de même à travers la presse, plusieurs fois, à l’adresse des ressortissants de la Casamance, sans exclusive pour les inviter à participer aux travaux des différentes commissions selon leurs compétences et leurs expériences individuelles.

A l’occasion des événements plus récents des 6 et 18 Décembre 1983, respectivement de Diabir et de Ziguinchor et ailleurs, dans le cadre de la mission qui est la nôtre à savoir tout mettre en œuvre pour éteindre le feu et ramener la paix, dans la justice et la dignité.

Nous tenons à remercier ici, tous ceux qui nous ont apporté leurs contributions et facilité la tache dans nos enquêtes, nos différentes démarches, les travaux de nos commissions, et nos débats hebdomadaires, ainsi que ceux qui Casamançais ou non ont bien voulu mettre à disposition leurs études personnelles dans leur discipline professionnelle ou des documents d’informations dont ils disposaient (et ils sont nombreux) sans lesquels des éléments techniques et surtout statistiques intéressants nous auraient fait défaut dans l’élaboration de ce mémorandum qui est finalement le résultat des efforts de tous.

Enfin nous devons signaler pour terminer que notre Délégation s’était scindée en (3) trois commissions de travail dans un but d’efficacité et de célérité, selon la compétence et le gout de chacun :

-La commission politique et administrative

-La commission socioculturelle

-La commission économique

Chacune de ces commissions, en plus des séances plénières hebdomadaires, tenait régulièrement, une fois par semaine également ses réunions de travail aux jours, heures et lieux de son choix.

C’est l’ensemble des rapports issus de ces commissions qui constitue la riche moisson à partir de laquelle nous avons rédigé le mémorandum.

 

                                                                              La Délégation des Cadres Casamançais.
Vu/Blog XavierDiatta

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