Casamance, Bourofaye Bofa et Enquête : Que des Interrogations

Posted by on 19/02/2019 0 h 30 min
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Quand des individus se permettent, comme le Ministre de l’intérieur par exemple, de dire que les victimes de la tuerie de Bofa sont des « ramasseurs de bois » (RFI, 07.01.18), on peut se demander s’ils connaissent réellement la Casamance ou s’ils sont juste mal informés.

Encore une preuve, que nous autres qui connaissons bien nos territoires, ne devrions pas laisser ces gens là imaginer des solutions toutes faites pour nous.

Ainsi, à ces propagandistes ignorants qui préconisent la guerre en Casamance parce qu’on y aurait assassiné de simples ramasseurs de bois, il est temps de leur montrer de quel bois on se chauffe réellement dans la verte Casamance !

Bonne lecture,

 

En discussion entre fervents panafricanistes avec les miens humanistes, l’incident du 06 janvier 2018 à Bourofaye/Bofa nous a violemment alerté d’une nécessité fondamentale qui est de stabiliser nos différents territoires.

Encore une fois, nous renouvelons nos sincères condoléances à l’ensemble des familles des victimes. Nous espérons que malgré tout le manque de soin apporté à nos institutions, minant leur crédit et la confiance qu’on peut en avoir, les résultats de l’enquête que nous attendons impatiemment, arriveront le plus rapidement possible et contribueront aux multiples efforts pour arracher une Paix définitive en Casamance (Sud du Sénégal).

Cependant, les méthodes et tentatives pour retrouver les malfaiteurs ne nous rassurent guère. Les informations publiées nous renseignant que les exactions ont été commises loin des lieux où les corps ont été trouvés, nous ne comprenons pas que les enquêtes se concentrent sur les populations de Bourofaye/Bofa allant jusqu’à enregistrer le décès d’un père de famille, connu pour son pacifisme, suite à son incarcération?

En même temps, on bombarde les lieux, plus de 24 heures après les événements, comme si les fautifs resteraient sur place à attendre leurs prochains adversaires. Des actes similaires se perpétuent dans tous les pays comme par exemple la France et le Canada, dotés d’une forêt susceptible d’abriter en cachette, des actes illégaux.

A chaque fois, les forces de l’ordre ont procédé à une fouille par des patrouilles de terrain jusqu’à attraper les malfaiteurs. Jamais, on aura vu des bombardements aériens qui tyrannisent les populations et détruisent davantage les forêts, surtout lorsqu’elles sont classées et protégées comme celle de Bourofaye/Bofa.

Nous nous étonnons qu’aucune information ne soit sortie des rescapés de cet incident. Pourquoi partaient-ils couper du bois dans une forêt classée et protégée?
Qui leur donnait l’autorisation?
A qui vendaient-ils le bois coupé?
D’où détenaient-ils le matériel sophistiqué utilisé? C
omment se fait-il que les forces de l’ordre n’aient jamais interdit la coupe de bois dans les forêts classés de la Casamance?

Finalement, que cherche-t-on réellement en Casamance?  Que veulent le président Macky Sall, son gouvernement et l’APR?

Jusqu’à présent, ce qu’il nous a été permis de voir de l’enquête en cours, nous laisse croire qu’on ne cherche pas seulement les coupables de la tuerie de BOFA mais que le président Macky Sall et son gouvernement cherchent à régler, par l’option militaire longtemps bannie et honnie, un autre problème beaucoup plus important et plus crucial : ‘’La crise de l’État du Sénégal en Casamance’’. On nous a déjà annoncé des accrochages entre les forces armées et le MFDC (Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance).

Pourtant ce dernier MFDC, avait dés le départ, annoncé qu’il n’était ni de loin, ni de près, mêlé à cet incident et que lui même, le MFDC, condamnait cet acte et attendait comme tout le monde, le résultat des enquêtes. Comment est-ce possible qu’au moment où on apprenait que les deux parties sont favorables à la PAIX, qu’il puisse y avoir des accrochages?

Mais autant nous disions que la PAIX définitive doit s’obtenir vaille que vaille, autant le président Macky Sall, chef suprême des forces armées, semble dire ‘’la Guerre vaille que vaille’’, déclencher une guerre contre le MFDC, en espérant en finir pour de bon. D’autant plus que d’irresponsables personnes l’y poussent.

Des « économistes et experts-Savants » de tout, même de ce qu’ils n’ont jamais vu, ont eu l’audace d’accuser au-delà de la rigueur qui doit seoir et accompagner leur prétendu titre; ils nous ont montré leur hardiesse suicidaire, leur méconnaissance du sujet, et du pays qu’ils prétendent appartenir.

Des gens qui vont apprendre par cœur des concepts, des principes jusqu’en obtenir un doctorat ou s’en être décerné un titre, sans que leur COMPORTEMENT n’en reflète le sens de la responsabilité conséquente. Comment prôner la guerre en Casamance en 2018 et penser s’en sortir indemne depuis Dakar?
Comment appeler à la guerre sans effets de bord sur des innocents comme par le passé?
Comment appeler à la guerre en Casamance alors que les vendeurs d’armes très sophistiquées sont partout?

Le pire est que ces va-t’en-guerre représentent ou travaillent en étroite collaboration avec les institutions de l’État, dont l’honneur est à préserver, et la référence garante de tout pays équilibré. Leurs positions et pratiques injustes font que les populations n’en portent aucune confiance. Ce sont ces mêmes institutions qui mirent le feu en 1982 et ce que nous observons nous ramène 35 en arrière.

Tous ceux qui ne sont pas d’accords avec les malfaiteurs institutionnels sont des rebelles.

Malheureusement, ceux qui défendent ces institutions décrédibilisées, en récitation des cours de l’université, refusent de voir par ignorance ou par complicité, que les représentants de l’État et de ses institutions n’ont aucun respect de ces mêmes institutions pour lesquelles, ils ont prêté serment d’en respecter la justice, la responsabilité et l’éthique, entre autres. Ils bafouent les institutions et utilisent les moyens mis à leur disposition dans le cadre de leurs fonctions uniquement, pour commettre les actes les plus répréhensibles sans que nul ne puisse les inquiéter.

Et dans le cas qui nous concerne, tous ceux qui ne sont pas d’accords avec ces malfaiteurs institutionnels à leur compte personnel et non au compte de l’État, sont des rebelles. On évoque la loi et l’État alors que ses représentants ne se comportent pas en conséquence. Comment peut-on parler de Droit si ceux qu’on a « choisi » pour appliquer le Droit sont les premiers pourfendeurs de la loi?

Ainsi, les événements et les rumeurs qui ont envenimé le problème en 1982 reviennent à grands pas. On assiste à des arrestations d’innocentes populations entrainant mort d’hommes!

Monsieur René Capain Bassène, journaliste pacifiste qui de tout temps, a toujours appelé à la PAIX en Casamance est arrêté. Qui a commandité son arrestation? Comme en 1982, des rumeurs qui finirent par se confirmer, se répandent à nouveau sur des personnes éprises de Paix et de grands défenseurs des Droits de l’Homme comme Monsieur Pape Chérif Bertrand Bassène, dit Akandijack. Il est bien évident que toute personne responsable, travaillant pour la paix entre différentes parties, doive absolument rencontrer toutes les parties prenantes afin de parvenir à une Vraie PAIX Durable! Leur reproche-t-on leurs inlassables recherches de la Paix?

De tout temps, les accords de paix n’ont jamais été unilatéraux. Et tout chercheur de Paix ne peut justement, de façon équilibrée omettre de consulter une partie prenante dans un conflit; c’est pour cela que nous pensons qu’avec René Capain Bassène, toutes les personnes interrogées dans le cadre de la tuerie de BOFA, doivent être rapidement libérées pour nous éviter de replonger dans les erreurs qui ont été à la genèse de cette crise.

Et les mêmes faits incompréhensibles à l’époque, reviennent à une très grande vitesse. Comment une marche pacifique, assimilée à un Festival des cultures avec des femmes et des enfants, pour alerter les pouvoirs publics, a-t-elle pu être réprimandée jusqu’à tuer des hommes et finir en règlement de compte politique au point d’impliquer l’armée nationale, protectrice des populations aux frontières?
Peut-on honnêtement éluder cet aspect qui donna naissance à cette crise pour éviter d’être traité de rebelle? Et l’on se demande comment des organes de l’état, supposés protéger leurs populations, se sont mis à les persécuter jusqu’à les tuer?

Les armées américaine, canadienne et surtout, française qui sont l’une des principales formatrices de nos armées, ne tirent jamais de coup de feu contre leurs populations; quelle est donc cette instruction donnée aux officiers de l’armée sénégalaise leur demandant de tirer des coups de feu sur leurs populations?

La PAIX, vaille que vaille !!!

La Paix doit être recherchée vaille que vaille. Il est fortement recommandé de toujours garder en mémoire les causes des conflits passées pour ne pas les oublier et éviter de les répéter. La solution qui consiste à ne faire de Rien un Tabou et de parler de tout, à haute voix sans intermédiaire me semble très raisonnable. Toutes les parties prenantes doivent être écoutées sans crainte et qu’elles puissent débattre et défendre leur position librement.

Que cette année 2018 soit celle de la PAIX définitive en Casamance!

Assane Ajamaat Badji
Ab.ajamaat@gmail.com

Publié le 25 Janvier 2018
 Réactualisé le 16.01.2019