Casamance… on attend mieux de Sonko

Posted by on 12/12/2018 1 h 22 min
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Categories: Peacebuilding

Clarifications du MFDC sur les positions de certains candidats d’origine casamançaise
Déclaration du CIU Cercle des Intellectuels et Universitaires du MFDC

Objet : Elections sénégalaises et clarifications du MFDC sur les positions de certains candidats casamançais

Nous, MFDC, peuple de Casamance en lutte, cercle des Intellectuels et Universitaires du MFDC, Attika, diasporas casamançaises, considérons que les élections présidentielles du Sénégal ne nous concernent nullement.

Par principe, il en a toujours été ainsi depuis le réveil du nationalisme casamançais et sa lutte pour la libération en Mars 1947 et en Décembre 1982.

Or, il se trouve qu’un de nos frères – car c’en est un, quoi qu’on dise – , Monsieur Ousmane Sonko, aspire à la magistrature suprême sénégalaise en ignorance totale des enjeux politico historiques de la question de la Casamance, et des actes de discrimination ethno politique depuis Robert Sagna dans le PS, Marcel Bassène dans le PDS, Landing Savane dans son And Jef, etc.

Nous avons toutefois suivi ses tournées dans les Amériques, ainsi que ses déclarations sur le conflit en Casamance. Voici, en réaction à sa position, encore précoce et relativement naïve, vu son besoin d’informations fraiches sur la question de la Casamance, notre déclaration :

Pour le frère Ousmane Sonko,
A titre d´exemple et de pédagogie, vous n’êtes pas sans savoir que les appareils de partis servant à accéder au pouvoir, furent le lieu de la discrimination des élites casamançaises, alors qu’elles étaient en position de leader pour diriger le Sénégal : Face à Tanor Dieng, les fondamentaux ethno politiques avaient écarté Robert Sagna en faveur du technocrate looser ; face Idrissa Seck, la même loi non écrite fut appliquée à Dr. Marcel Bassène; face au petit fils de Lat Dior Ngone Latyr Diop, la leçon fut encore une fois administrée à Landing Savane, aux Casamançais naïfs.

Mieux, Dr Mohamed Tété Diédhiou fut « renvoyé » à sa Casamance, lorsqu’il prétendit à la mairie de Dakar. J’espère que le frère Sonko échappera à cette loi non écrite. Les africains n’ayant pas encore atteint la majorité citoyenne pour qu’ils votent sur la base des programmes politiques.

Cher frère,
Nous connaissons maintenant votre position sur la question de la Casamance. Elle est paradoxalement plus ringarde que celle de Macky Sall ou celle de Robert Sagna voire même celle d´Abdoulaye Baldé.

La raison en est la suivante : La tendance actuelle dans les tractations en vue de la résolution du conflit, est l’approche politique. Tandis que PASTEF, du moins Ousmane Sonko, le novice, leur leader, a une recette technocratique, développementaliste, à l’image de l’ennuyeux frère, Pierre Atépa Goudiaby. Pourtant ce sont des opposants, censés plus originaux que Macky Sall.

Leur recette inopérante semble reconduite. Qu´est-ce que Ousmane Sonko, a alors d’original dans ses solutions, sur la question de la Casamance ?

Cette approche technocratique et développementaliste est inopérante, car elle ne correspond pas à la nature de la problématique de la Casamance. Laquelle est, par excellence, politique : questionnement du vivre – ensemble- mise en crise du contrat national- désir politique d´invention d’un nouvel Etat-nation casamançais.

Nous savons toutefois que, comme ses prédécesseurs casamançais, il est déchiré entre sa « casamancité » certes irréfutable et qu’on ne peut lui nier et la prétention d’un candidat d’envergure nationale, qui ne se veut pas ethno régionaliste.

A force de refuser de tomber dans le piège tendu par l’ethno régionaliste comme Ahmed Khalifa Niasse, le frère est perdu : il n’est ni dans la vérité pour ce qui concerne les approches adéquates, c’est à dire politiques, en vue de la résolution de la question casamançaise ni dans l’envergure nationale. Et n’y sera jamais tant que les Nations africaines ne cessent pas d’être des ethno-nations.

La lutte politique du Mfdc entamée depuis 1947 dans le continuum de plusieurs siècles de résistances, se poursuivra, en dépit de quelques sporadiques espoirs du Sénégal de voir la Casamance réduite à sa simple expression, au lieu d’être le lieu et le fait du questionnement du vivre- ensemble national. Questionnement dont la positivité réside dans la réinvention d’une nouvelle nation avec ou sans la Casamance. Seul le peuple souverain en décidera, le jour où un vrai processus de paix s´enclenchera.

Nous souhaiterions que le frère Sonko prenne la mesure de la complexité de la question de la Casamance, en lui conférant et l’approche et le plan de résolution qui ne peuvent qu´être d´abord et éminemment politiques.

Car, la Casamance n’est pas le Soudan du Sud, comme vous et Atepa aimez à la présenter, en épouvantail. Le maître dit toujours à l’esclavage voulant se libérer ; « tu vas à ta perte avec une guerre civile interne, ou bien encore de quoi tu vas vivre, une fois le seuil de ma maison franchi ? » Ainsi parlait le colon face aux indépendantistes en lutte.

Dans l’histoire actuelle de l’Afrique, qui est plus celle de la mise en crise des Nations (Casamance, Amazonie, Sahara occidentale, Erythrée indépendant pendant que le MFDC se battait, l´Azawad) et pas en la moindre union, la Casamance n’est pas un anachronisme. Elle a certainement sa conception du projet panafricaniste et vous n’avez surement pas l’apanage.

Le problème de l’Afrique n’est pas tant les micros états. Il consiste plutôt au fait qu’il n’y ait justement pas de Nations, au sens plein du terme, mais des ethno-nations ; par le fait qu’il n’y ait aucune maitrise des sciences et des techniques facteurs déterminant de son industrialisation ; par le fait qu’il n’y ait pas suffisamment de souveraineté politique ; par le fait que la figure du citoyen sécularisé n’ait pas encore émergé.

Bon vent à vous, quand même, frère !

Par son histoire de résistances, sa mémoire de glorieuses batailles pour la liberté, la Casamance nous précède et nous survivra !

Fait en Europe le 13- 11-2018
Le Cercle des Intellectuels et Universitaires du MFDC