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Crash de Missirah : après l’émotion, ayons la lucidité de situer les responsabilités.

Crash de Missirah : après l’émotion, ayons la lucidité de situer les responsabilités.

Un article signé Babacar Touré, qui après la phase condoléances suite à la catastrophe de l’hélicoptère militaire, pose la question de la responsabilité humaine dans une telle situation.

« Toute tentative d’aller au fond des choses, d’éclaircir les mystères est déjà une violence, une volonté de faire souffrir, la volonté essentielle de l’esprit qui tend toujours vers l’apparence et le superficiel –dans toute volonté de connaître, il y a une goutte de cruauté. » Friedrich Nietzsche.

Pour lever tout équivoque, nous compatissons à la douleur de la Nation, à la douleur des mères qui ont perdu leur fils, les veuves qui ont perdu leur maris et les enfants innocents qui ont perdu à jamais leurs pères, lors de ce terrible crash d’hélicoptère de Missirah. Cet élan de compassion, ne doit point nous empêcher de poser des questions légitimes : Que faisait un aéronef de l’armée nationale dans le transport d’une dépouille d’un civil illustrument inconnu ? L’état de l’appareil permettait- elle d’effectuer des vols nocturnes ?

Déjà en 1848, Frédéric Bastiat, dans son livre intitulait  » La Loi » analysait ce qui se passe dans une société quand la loi devient un instrument entre les mains de ceux qui sont au pouvoir, plutôt qu’un outil pour protéger les droits et les libertés des individus. Ainsi, il disait que:
« Il y a trop de grands hommes dans le monde ; il y a trop de législateurs, organisateurs, instituteurs de sociétés, conducteurs de peuples, pères des nations, etc. Trop de gens se placent au-dessus de l’humanité pour la régenter, trop de gens font métier de s’occuper d’elle. »

Devoir d’explication aux Sénégalais

Le problème c’est l’utilisation du matériel militaire par des civils qui n’ont pas la légitimité étatique. À ce qu’on sache, l’hélicoptère avait été mis à la disposition de la famille de Robert Sagna, un ancien baron du PS, qui a naturellement transhume vers les prairies marron-beiges, et cette décision ne doit venir que d’en haut. Les pertes humaines n’ont pas de prix, il parait que nous avons perdu dans cet accident des cadors de notre armée nationale, mais aussi nous avons perdu des millions de dollars par clientélisme politique. Le matériel militaire ne doit pas être au service de nos dirigeants politiques et leurs amis ou parents. Le président de la république nous doit des explications et doit rendre compte aux familles en deuil.

De plus, le témoignage de Madou Diarra, pêcheur de son état, qui était le premier sur les lieux après le crash de l’hélicoptère de l’Armée à Missirah, laisse perplexe. Son tuteur qui traduisait ses propos pour le correspondant de la Rfm. Témoin oculaire du crash, il a expliqué: «Il était parti à la pêche. Alors qu’il s’apprêtait à attacher sa pirogue, il a aperçu l’hélicoptère qui faisait des rotations. Le moteur s’est éteint et l’hélicoptère est tombé. Toutes ses lampes se sont éteintes », ce qui présage d’un défaut technique. Les pilotes de l’armée sénégalaise sont très bien formés, mais dans le domaine de l’aviation, il faut être précis et rigoureux. Mais notre flotte n’est pas uniforme, nous avons du matériel russe, français,..  C’est un secret de polichinelle. Donc nos mécaniciens doivent avoir une formation spécifique pour chaque type d’appareil pour la maintenance, un budget colossal.

Il faut arrêter les « in cha allah » , les « xoys » et autres charlatans

On ne cessera jamais de dénoncer l’irresponsabilité de nos dirigeants, le laxisme de nos autorités et le fatalisme de notre peuple. Quand on a la responsabilité de tout un peuple, quand on a la destinée d’une Nation entière, on se doit d’être responsable et d’être conscient de la lourde responsabilité. Un Etat ne se gère pas dans la légèreté et la désinvolture, ni dans l’improvisation et les « xons ». Il faut arrêter les « in cha allah » , les « xoys » et autres charlatans.

Un gris gris sur les rotors d’un hélico n’empêchera jamais un crash. Quand notre sécurité dépend des prédictions des charlatans de Fatick, qui mettent du « safara » dans nos appareils et véhicules à la place du kérosène ou de l’essence, c’est qu’on est mal. Encore ce pays est entre les mains d’irresponsables qui mettent tout un peuple en danger. Ce peuple est en train de tomber dans l’obscurantisme, ce n’est pas en utilisant des gris-gris, avec des organes d’enfants, que la croissance sera au rendez vous. Les sorciers ne feront pas l’économie, ni la sécurité. Le travail doit être l’unique valeur que nous devons inculquer à notre peuple pour sortir de l’impasse où nous sommes.

Par Babacar TOURE
Source: senenews, 18.03.18

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