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« Dette de sang » des Tirailleurs: Quand la parole de Justice vient de l’Ambassade de France

« Dette de sang » des Tirailleurs:  Quand la parole de Justice vient de l’Ambassade de France

En 2013 déjà, nous nous demandions « qu’est-ce qui pourrait expliquer cette « absence » dans l’actualité culturelle et politique sénégalaise de l’avènement du centenaire de la guerre 14 – 18 ? »

Nous comptons reprendre ici, la tribune en question,  » Que les Tirailleurs de 14-18 envahissent le Sénégal de 2014-2018 ! » publiée dans les colonnes du journal, Le Quotidien, du 23 novembre 2013 ; mais sans nous interdire une petite actualisation.

Rappelons-nous que voulant saluer l’amitié entre la France et le Sénégal, le Président Macky Sall ne s’était pas épargné un crime de lèse mémoire en véhiculant une certaine idée de la « colonisation sélectivement positive », quand il soutint ainsi que :

avec la colonisation française aussi, nous avons eu des choses positives notamment l’élection, les élections plurielles ; des élections depuis 18..30 [….], parce que ce sont nos amis les Français, nous avons une relation particulière…, ils nous ont colonisé, il y’a eu une décolonisation pacifique. Mais comme me disait le professeur Iba Der d’ailleurs, ils ont toujours aussi respecté les Sénégalais, parce que le régiment des tirailleurs sénégalais…, quant (à) eux, ils étaient dans les casernes, ils avaient droit à des desserts pendant que d’autres africains n’en avaient pas. Mais tout ça c’était des signes de proximité disons, et d’amitié quelque part. Mais c’est ça l’histoire…, l’histoire a ses…belles phases et ses phases hideuses…

Source…

https://youtu.be/SIRANPWz7ek

Gageons – parce que le Président comme pour s’amender devant les historiens, terminait sa présentation en évoquant les travaux en cours sur l’Histoire Générale du Sénégal – :

– que l’histoire « avec ses belles phases et ses phases hideuses », s’est déjà documentée sur ce jour de mai 2018 ;

– qu’au moment où l’actualité sénégalaise grouille entre la menace de la culpabilité politique des citoyens à travers la loi dévoyable du parrainage, ‘ainsi que des politiques de la responsabilité criminelle justiciable des tribunaux et donc des procédures pénales régissant le cours des procès allant d’Abdoul Mbaye, Barthélémy Diaz, René Capain Bassène, à Khalifa Sall and so on’, le Président Macky Sall s’adonnait à une « boutade » nous dit-on, dans le cadre très sérieux (nous semblait-il) d’évaluation de ses convictions politiques.

Voilà donc comment le lancement du Tome 1 de « Conviction Républicaine » entra dans l’histoire contemporaine du Sénégal; elle se résuma en polémique inopportune sur le caractère criminel ou pas de la colonisation au Sénégal.

La contre vérité défendue par le Chef de l’État trahissait le caractère du régime en place qui n’a que rarement posé des actes républicains malgré les ‘convictions républicaines’. Car, il s’avère que,

– ce régime est « incapable de résoudre les problèmes que suscite le fonctionnement de la République » (la question de la séparation des pouvoirs) ;

– qu’il ferme « les yeux aux problèmes les plus cruciaux des populations » (eau, exploitation des ressources minières, conflit casamançais…).

Un tel régime à l’image de ce qu’écrivait Césaire à propos d’une certaine idée de la civilisation, est décadent et les convictions qui renseignent sa marche républicaine sont basées sur des convictions moribondes (on a ainsi vite fait d’enterrer le Yonnu Yokkuté au prix du très galvanisé concept d’émergence).

Vous constaterez que nous nous inspirons du « Discours sur le colonialisme », non pas parce que nous y aurions découvert la culpabilité de la France que magnifie le Président Macky Sall par hypocrisie – La France pays des droits de l’homme ne saurait être criminelle, parce qu’il ne saurait y avoir de peuple criminel mais des criminels qui s’approprient faussement les valeurs d’une civilisation; d’une République – mais plutôt la lucidité qui devrait animer un président qui se dit amateur d’histoire et qui devrait désormais s’intéresser aux défis relatifs aux préoccupations d’une politique de la « mémoire, de l’histoire et de l’oubli », pour reprendre Ricœur.

En outre, au moment où les modestes goorgoorlous (chapeau bas T.T. Fons), sous le poids d’un régime d’inculpation, se résignent comme toujours au fatalisme informé par les lamentations des Ahmet Aïdera et autres Pape Alé, c’est encore une France – courtisée par le Chef de l’État avec une stratégie de disculpation qui insulte la mémoire des Tirailleurs –, qui nous apprend ce 14 juillet 2018 par la voix de sa diplomatie, la mystique du pardon citoyen (sénégaulais). Ce pardon qui ne pourrait pas s’expier sans prise de conscience de soi au nom de l’éthique politique.

« Pardonnons » aurait pu commencer SE Christophe Bigot…

Pour autant n’oublions rien. Il faut assumer cette mémoire, nous le faisons ; qui fut tantôt glorieuse, et tantôt aussi douloureuse, qu’il s’agisse de Thiaroye ou du très lourd tribut payé par les Tirailleurs sénégalais. Cette dette de sang à laquelle les commémorations du centenaire de la fin de la Grande guerre rendront hommage le 11 novembre prochain, centenaire de l’armistice de 1918. » (Ambassadeur de France au Sénégal, enregistrement 14 juillet 2018)

Nonobstant cette parole de justice de M. l’Ambassadeur, permettez-nous de dire qu’à chaque fois que les Sénégalais sentiront le poids de l’injustice de leurs dirigeants, pour compliquée que paraîtrait pour lui (l’Ambassadeur) la situation, elle lui commande au contraire de persévérer dans l’esprit d’entreprise qui le caractérise.

Pas de fausse prudence, tel qu’un certain nationalisme ennuyeux le voudrait au moment ou le vrai peuple réclame plus d’AUCHAN (emplois, vente de produits locaux..), plus d’EIFFAGE (emplois, routes et pistes dignes de ce nom, social…) jusqu’en Casamance profonde…

Soyez animé que de cette volonté ardente et pratique de renouveau de nos relations insufflée par le Général De Gaulle, qui cherchait à consolider les bases de l’entreprise « d’élévation des hommes (Français et des Sénégalais) vers les sommets de dignité et de fraternité où ils s’uniront demain »; qui sait peut-être pour d’autres générations l’opportunité d’aller vers la refondation de l’ancienne République de 1946 avec une vraie union.

C’est difficile à comprendre, voire même anti-patriotique pour certains aujourd’hui; mais c’est là où se trouve même le singulier de la dynamique des relations séculaires entre la France et le Sénégal, et dans la spécificité de chaque région !

Pape Chérif Bertrand Bassène, Akandijack

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