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Difficile de mendier dans une ville où la mendicité est culturellement inacceptable

Dans la précarité, des enfants talibés, à Ziguinchor, souffrent le martyr. Leur situation inquiète plus d’un. Laissés à la merci de la rue, ces enfants se transforment parfois en «Boudioumane» (fouilleurs de poubelles et d’ordures),  en voleurs et parfois même comme pour des employés clandestins, des prostitués, pour, disent-ils, «gagner la pitance que leur imposent leurs maitres coraniques». Ne pouvant plus supporter leur calvaire, ils ont, depuis hier, lancé un appel pathétique à l’Etat du Sénégal, et plus particulièrement au Chef de l’Etat Macky Sall. Reportage. 

Considérés comme des «entreprises» par certains marabouts ou érudits, «nous sommes tous les jours et toutes les nuits répugnés par nos marabout dont le rôle est de nous enseigner le Saint Coran», explique le jeune talibé Abdoulaye Diallo.

Le cœur meurtri, il (Abdoulaye Diallo) poursuit :

«mes parents, établis en Guinée-Bissau, m’ont envoyé à Ziguinchor auprès de mon marabout, depuis mon jeune âge. J’avais neuf (9) ans. Et mes premiers pas dans une école coranique, je les ai faits dans le quartier Alwar, dans la périphérie de Ziguinchor. Mon marabout ne cessait de me réveiller tous les jours à 4 heures du matin. J’allais d’abord, en compagnie de certains de mes amis, ramasser des fagots de bois et à la suite de nos récitals de Coran, pieds nus, vêtements en haillons, des pots de tomate entre nos mains, nous sortions de nos concessions pour aller arpenter les rues, les coins et recoins de la ville pour gagner notre pitance.»

«Le seul regret dans ma vie, c’est le fait que mes parents nous aient laissé à la merci de certains marabouts qui ne sont pas conscients de cette situation de précarité que nous vivons. Je veux vivre comme les autres enfants qui sont à côté de leurs parents et qui bénéficient d’une bonne éducation et d’une bonne santé. Nos parents n’ont jamais été informés et ni sensibilisés sur notre situation. Des parents qui nous ont tourné le dos et démissionné de l’éducation de leurs enfants qu’ils ont confié à des maîtres coraniques marabouts», dira, à son tour, le jeune talibé Moulaye

Idrissa Bâ, qui vient, il y a quelques mois seulement, de célébrer ses 19 ans. Pour avoir participé pendant cinq (5) années, à Ziguinchor, à la célébration de la Journée de l’Enfant africain,

«nous demandons à l’Etat du Sénégal et plus particulièrement au Président de la République, Macky Sall, de nous aider à sortir de cette situation de misère que nous vivons. Nous sommes très fatigués parce que nous tous les jours et toutes les nuits, nous sommes dans les rues, dans les marchés, dans les poubelles pour gagner notre pitance. C’est-à-dire pour avoir la somme à verser, imposée par nos maitres coraniques.  Certains d’entre nous, pour réunir cette somme, se transforment parfois en employés journaliers des femmes prostituées. Ils les fréquentent toute la journée,  ces dernières les envoyant tantôt au marché tantôt à la boutique. Elles leur versent quotidiennement entre 500 et 700 FCFA. Pire, certaines ONG qui disent travailler pour notre bien-être, ne travaillent au contraire que pour leurs propres intérêts. Elles ne s’occupent de nous que pendant la Journée de l’Enfant africain. A la fin de celle-ci, nous sommes placés dans les rangs de l’oubliette jusqu’à la prochaine année. C’est ahurissant», regrette à son tour le talibé Mouhamadou Diallo.

Phénomène récent à Ziguinchor à la faveur de la crise dans la région sud du pays, le cas des enfants talibés est devenu aujourd’hui très préoccupant. Ils sont nombreux à arpenter les rues et ruelles de la ville, à toute heure de la journée. On les retrouve très souvent dans les stations d’essence, aux arrêts de cars de transport urbain, à l’hôpital, dans les bureaux et autres services publics, ainsi que dans les marchés.

«Nous sommes aussi parfois à la solde de certaines familles qui nous utilisent chaque jour pour transporter leurs poubelles», nous a confié Samba Bâ, âgé de plus de 10 ans, talibé et habitant du quartier Lyndiane. Son compagnon d’infortune, Samba Baydi Boiro, de lui emprunter sa trompette :

«moi, je suis embauché par un ferrailleur qui vit au quartier Boucotte, à côté du marché. Sous la pluie, je vais chaque jour dans les poubelles pour ramasser la ferraille que je lui revends. Je gagne 500 ou 600 FCFA tous les jours après le ramassage. Avec cette somme, je suis tranquille et je peux rentrer tranquillement chez mon marabout le  soir, au crépuscule».

Mais pour Omar Diallo, 16 ans, talibé dans un daara dans le quartier Lyndiane, la chanson est tout autre :

«ce sont mes parents qui m’ont confié à mon marabout. Je suis venu à Ziguinchor quand j’avais cinq (5) ans. Seulement, je dois vous avouer que je passe souvent la nuit dans les rues parce que je n’ai pas le droit de rentrer à la maison sans avoir versé la somme de 750 FCFA que mon marabout me réclame tous les jours».

Une triste situation, jugent les Ziguinchorois. Des populations qui demandent aux autorités de marquer véritablement un temps de réflexion, de plaidoyer et de sensibilisation sur ces aspects négatifs qui continuent de remettre en cause les droits de ces enfants talibés qui ont aussi droit à la vie. Leur situation est précaire à Ziguinchor et porte atteinte aux droits des enfants. Une violation de leurs droits causée par ceux-là qui doivent leur inculquer le savoir.

«En réalité, nous n’avons véritablement pas droit à l’éducation, à la santé, à la survie, à la protection et à la vie active. C’est la raison pour laquelle nous demandons encore et encore aux autorités de nous aider afin que nous puissions devenir des enfants joyeux, comme les autres enfants du Sénégal en particulier et du monde entier en général», ont lancé tristement, et en chœur, ces jeunes talibés de Ziguinchor.

Source – Alerte à Ziguinchor: Les enfants talibés lancent un SOS à Macky Sall
Rewmi 24/07/18

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