Election présidentielle du 24 Février 2019 : interprétation de la victoire du candidat Sonko dans la région de Ziguinchor.

Posted by on 26/06/2019 7 h 45 min
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Dès la publication des résultats confirmant la victoire d’Ousmane Sonko à l’échelle régionale, des acteurs de la scène politique l’ont interprétée sans aucun sens de la nuance ni du dicernement,  comme étant la conséquence du vote affectif, identitaire, régionaliste…
Point de vue que nous ne partageons guère.

D’un point de vue général, la région de Ziguinchor a une particularité lisible sur sa trajectoire historique : Une société acéphale, égalitaire, tolérante, vertueuse et qui incarne  le refus, la résistance face à toute forme de domination ou d’injustice.

A titre illustratif, cette  partie du pays est citée  en référence en matière de tolérance : mariages  mixtes (inter ethnique et inter religieux ; cimetières mixtes où chrétiens et musulmans acceptent  d’être enterrés côte à côte ; populations polyglottes, car maîtrisant plusieurs dialectes ; aucune discrimination socioéconomique entre les hommes puisque la société est égalitaire.).

Cette forme d’organisation sociale fait que l’homme ne vaut que ce qu’il  cultive : il n’ya ni contraintes  ni atouts congénitaux. Les rapports sociaux sont horizontaux et  non verticaux. L’individu ne peut formuler d’injonction ni de mot d’ordre  vis-à-vis de son semblable. Les  décisions  sont prises par le groupe.

Ce bref rappel de la particularité d’une partie de la population casamançaise  va peut-être   aider certains parmi nous  à avoir une meilleure lecture de certains de ses  comportements. 

Comment une société présentant ces caractéristiques peut-elle être soupçonnée  d’avoir une attitude intolérante au point de rejeter les autres candidatures au profit de celle supposée d’un de ses fils ?
Nous répondons que c’est simplement une vue de l’esprit, une déduction simpliste car mécanique.

L’histoire politique du Sénégal montre suffisamment que la région sud et particulièrement celle qui correspond à la Basse Casamance a toujours été le théâtre de bien de déroutes des pouvoirs .

Les raisons  évoquées  relèvent  de  l’injustice ou  de l’iniquité. Quelques cas peuvent être cités à titre illustratif : En 1978 Feu Laye Diop Diatta membre de l’UPS d’alors victime d’une injustice a rallié le PDS et remporté une victoire aux locales et est devenu un opposant  maire de Oussouye.

En 1988, le même scénario s’est produit  dans le département de Bignona où des  supposées injustices  dont une des tendances du PS  aurait  été victime ont permis au PDS (parti d’opposition) de remporter  les élections législatives. 

Ce même scénario va encore se reproduire lors des élections locales de 1996 où And Jef de Landing Savané (opposition) a gagné  le département de Bignona.

Un autre exemple très récent : il s’agit des élections locales de 2014, où la coalition Benno Bokk Yaakar au pouvoir, a essuyé une lourde  défaite au niveau des départements de Ziguinchor et d’Oussouye.

Ces élections opposaient des fils du même terroir. Peut-on évoquer un quelconque argument  affectif, identitaire ?

Lors des dernières législatives, Ousmane Sonko bien que tête de liste nationale de sa coalition et natif de Ziguinchor n’a gagné  aucune collectivité locale de la Casamance. Est-ce à dire que les casamançais ne le portaient pas dans leur cœur ? Non !Rares sont les collectivités locales qui défient l’autorité du pouvoir central (jusque dans un passé encore récent.). Tel ne semble pas être le cas en Casamance.

Les victoires aux élections municipales de 1978(à Oussouye)  et aux législatives de 1988 (Bignona) et celle de And Jef  à Bignona lors des  locales de 1996 ne peuvent être interprétées à partir d’une banale approche. C’est au contraire la preuve que les populations de cette partie du pays sont très sensibles à l’injustice et restent allergiques à toute forme de complicité ou de  compromission.

En définitive, la percée de Ousmane Sonko à un niveau général et sa victoire dans la région de Ziguinchor  doivent être perçues comme le fruit  d’un travail qualitativement élaboré : C’est le sacre d’une offre politique  en rupture totale avec des pratiques à l’origine des maux qui gangrènent notre  cher Sénégal et qui sont à l’origine de notre mal développement.
Cessons de verser dans un chauvinisme aux antipodes de la moralité. Reconnaissons à Ousmane Sonko son mérite .

Car dans l’histoire politique du Sénégal et de Ziguinchor en particulier jamais un leader n’a réussi un si important maillage politique .

Les prédécesseurs de Ousmane Sonko en Casamance avaient des partis qui se confinaient dans l’étroit périmètre  soit d’un village  soit d’une commune, d’un département ou de la  région.

Après seulement 60 mois d’existence, Ousmane Sonko est monté sur le podium national. C’est la preuve qu’il n’est pas une propriété des casamançais mais un patrimoine national et africain.

Ses idées ont fini d’irriguer  bien des cerveaux et ouvrent de nouvelles perspectives pour le bonheur du Sénégal et de l’Afrique. N’attendons pas sa mort pour reconnaitre sa valeur et sa pertinence (à travers les baptêmes d’édifices publics). Une hypocrisie du reste caractéristique des autorités sénégalaises. Il a fallu attendre la mort de Cheikh Anta Diop et tant d’autres, pour enfin reconnaître leur valeur.

Encourageons le pendant qu’il est encore vivant. C’est tout le sens qu’il faut alors donner à celles ou ceux qui ce 24 Février 2019 ont voté pour ce plus jeune candidat à l’élection présidentielle.

« Aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années. »

Abdou Sané ancien député
Conseiller Départemental de Ziguinchor
Boucotte Sud Ziguinchor/Sénégal