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Le chaos, ou quand et comment le « moi » a raison du « nous »

Le chaos, ou quand et comment le « moi » a raison du « nous »

La dernière sortie musclée du député Cheikh Bamba Dièye, qui lui vaut présentement une convocation de la DIC (Division des investigations criminelles), à la demande du procureur de la République, fut certainement une belle échappée solitaire de sa part. Il traitait alors certains magistrats de corrompus.

Cette dernière n’en reste pas moins une illustration, fort peu et même pas du tout rentable, de ce que le « moi » a de plus en plus raison du « nous » sous nos cieux, particulièrement au sein de l’opposition. De sorte que, individuellement, et collectivement, l’on en oublie – serait-ce une forme de résignation plutôt qu’un oubli ? – que l’injustice portée contre l’autre, contre les autres, l’est tout autant contre soi. Et inversement.

Or, quand le « moi » a raison du « nous », on tombe dans l’illusion de tout savoir et de tout pouvoir. Mais on tombe, aussi, en même temps, dans la méconnaissance, sinon dans l’ignorance, de ses droits et de ses devoirs. Et ça, ça n’est pas une illusion.

Tenez, pour l’étayer au mieux : depuis le déclenchement en 1982 du conflit en Casamance, et dans la gestion hélas calamiteuse de celui-ci, nous avons, d’un côté, un président de la République qui « sait » tout et « peut » tout, tout seul ; et, de l’autre, un chef de guerre du MFDC (Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance), et quelque fois même plusieurs chefs de guerre, tous autoproclamés : ils « savent » tout et « peuvent » tout, chacun tout seul.

En fin de compte, nous nous retrouvons, à la faveur de plus de 35 ans de conflit armé et meurtrier en Casamance, dans une impasse des plus obscures et face à un avenir des plus incertains voire extrêmement potentiellement dangereux.

Et, d’un point de vue des autorités, il ne faut surtout pas en parler. Pour elles, en effet, il faut le taire ; autant, du reste, certainement, toutes choses égales par ailleurs, qu’elles appellent de leurs vœux, tous les jours que Dieu fait, en cette veille de la prochaine élection présidentielle, que les pluies se fassent plus que rares et moins abondantes que jamais sur Dakar et les environs. De peur, naturellement, que des inondations ne viennent gâcher les festivités tant promises.

Où l’on voit, donc, que les prières et autres invocations ésotériques, probablement accompagnées de libations, sont érigées en mode de gouvernance.

De même, sur un plan plus global, le président Macky Sall, parce qu’il « sait » tout et « peut » tout, tout seul, n’a-t-il pas fini de s’aliéner de la considération à son égard, et des populations sénégalaises, de plus en plus nombreuses, et de la Communauté sous-régionale, voire régionale et internationale ?

Souvenons-nous, en tout état de cause, que « l’opposant historique » Abdoulaye Wade, tombeur historique du président Abdou Diouf, y est parvenu parce que, précisément, il a su en l’occurrence transformer son « moi » en « nous ». On peut d’ailleurs se remémorer, tout à propos, l’image du patriarche Amath Dansokho – cette Figure politique et emblématique des plus honorables au Sénégal – prenant son bâton de pèlerin et allant dénicher à cette même fin Abdoulaye Wade à Paris. Mais, chassez le naturel, et il revient au galop… Mais, douze ans plus tard, le président Abdoulaye Wade sera chassé du pouvoir, exactement pour avoir troqué le « nous » contre son « moi », qui plus est intime.

Hier monsieur Karim Wade, puis de nos jours le député-maire Khalifa Sall, le maire Barthélémy Dias, entre autres, et peut-être bientôt le député Cheikh Bamba Dièye : tous sont sous le coup de l’arbitraire au Sénégal.

Ce sont eux, en effet, avec les autres leaders de l’opposition, qui constituent le « nous » de l’opposition au Sénégal.

Comment, dès lors, le « nous » de l’opposition sénégalaise peut-il envisager, raisonnablement, rationnellement, en l’état actuel des choses, de concourir à la prochaine Présidentielle prévue le 24 février 2019 ?

Autrement dit, comment le chaos, qui participe de la dispersion et de l’état plutôt déliquescent des forces de l’opposition, peut-il ne pas en appeler au « coup ko », celui-là même que d’aucuns, dans les sphères du pouvoir, nous promettent au soir du 1er tour de ladite Présidentielle ?

Dakar, le 4 août 2018.

Jean-Marie François BIAGUI

Président du Parti Social-Fédéraliste (PSF)

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