Le Roi est mort VIVE MACKY !

Posted by on 01/12/2019 3 h 48 min
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Comment ça va très bien, votre majesté ?

Chez nous, au Sénégal, nous ne voulions pas de dévolution monarchique – ça n’était plus dans nos gènes, vraiment ! – et nous avons eu un roi, tantôt espiègle, tantôt félon, auréolé de vestiges de la noblesse, dont il a par ailleurs la lourde tâche de restaurer.

Et, sans plus tarder, sa majesté s’y est attelée, si l’on sait, cependant, qu’au royaume du roi-espiègle-et-félon, le meilleur bien entendu des royaumes, tout va toujours très bien, au pire. Et au mieux ?
Allez donc savoir.

On sait qu’il est sincère et honnête à ses heures dans son espièglerie et sa félonie. On sait aussi qu’il est crédité d’une redoutable habileté politicienne, notre roi-espiègle-et-félon. Que lui demander donc de plus ?
Tout au plus attend-on de sa majesté qu’elle soit loyale et généreuse à l’égard de ses sujets. Et elle l’est, vraiment !

En doutez-vous ?
Eh bien ! référez-vous à sa dernière adresse à la Nation, prononcée au seuil du Nouvel An, où, en réponse à la question bruyamment tacite des populations, il est dit et redit, attesté et ré-attesté, certifié et re-certifié, encore et encore : Tout va toujours très bien dans le meilleur des royaumes. Même le conflit en Casamance, vieux de 36 ans, quoique non-éteint, et par conséquent toujours dangereusement actif, n’en est plus vraiment un.

Par la même occasion, notre roi-espiègle-et-félon gratifiera ses sujets d’un précieux cadeau de Nouvel An : la promesse de se succéder à lui-même au trône, au soir du 24 février 2019, coûte que coûte, pour que tout continue d’aller toujours très bien, au pire, au royaume du roi-espiègle-et-félon.

En République Démocratique du Congo (RDC), nous voulions une alternance démocratique ; une alternance démocratique attendue depuis près de 60 ans, et, manifestement, sa majesté le roi Kabila a désigné, ou choisi, ou nommé, c’est selon, son successeur au trône, habilement tiré des entrailles de l’opposition. Et l’on est parti pour une cohabitation, à la congolaise, pour le meilleur ou pour le pire. Du moins si le Peuple congolais s’y complait. Rien n’est moins sûr.

En effet, le plus crédible des observateurs de la vie politique et des processus électoraux (plus de quarante mille agents déployés) en RDC, la CENCO (Conférence Episcopale Nationale du Congo), est formel : la proclamation de Félix Tshisekedi comme le président élu ne reflète pas la vérité des urnes du scrutin du 30 décembre 2018.

L’on notera qu’une frange importante de la population congolaise est de l’avis de la CENCO. La « Communauté internationale » aussi, même si elle se garde bien de l’avouer publiquement, à l’exception notable de la France, qui n’a guère manqué d’emboucher en l’occurrence la trompette de la CENCO, qui plus est, aussitôt les résultats proclamés par la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante).

Et le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, de s’y exercer, ou de s’y hasarder, opportunément ; d’aucuns diraient plutôt de s’engouffrer dans la brèche, opportunément ; mais certainement pas par pur opportunisme. Ce même, bien avant la CENCO.

Ainsi, pour une fois, ou pour une des rares fois de son histoire, la France apparait-elle comme étant du côté d’un peuple « contre » son roi, le Peuple congolais, dont la parole est alors courageusement et légitimement portée par une CENCO qui fait en l’espèce la fierté de l’Eglise, du Congo et de l’Afrique. C’est donc historique, et il faut le saluer en tant que tel.

Alors, comment ça va très bien, votre majesté le roi Kabila ?

Il vous serait promis, en contrepartie de ce que vous auriez jeté votre dévolu, dans la détresse la plus totale, sur votre ennemi intime, Félix Tshisekedi, fils de l’ennemi intime de votre père, à qui vous succédâtes, jadis, un matin ou un soir d’un jour historiquement noir pour le Congo, (il vous serait donc promis en échange de cela), non seulement une impunité pérenne et bien assumée par votre successeur au trône, le ci-devant apparemment désigné comme tel par vos soins, mais également une retraite paisible et possiblement intermittente. D’autant que vous-même n’excluez guère un retour aux affaires royales.

Soit ! N’allez-vous donc pas, pour autant, ou à cause de cela, y laisser votre sommeil ?
C’est en tout cas tout le bien que nous vous souhaitons.

Dakar, le 11 janvier 2019.
Jean-Marie François BIAGUI
Président du Parti Social-Fédéraliste (PSF)