Posted by on juillet 11, 2020 3:24
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Un zeste de réflexion inspirée de la dernière « affaire CYS »

Pour être polygame, me semble-t-il, il faut avoir trompé, d’abord sa première femme, et ensuite, s’il y a lieu, les deux premières, puis les trois premières, et ainsi de suite, par le truchement notamment de la cour, ou de la drague, si l’on préfère.

Et à chaque fois, après coup, et seulement après coup, pour le valider juridiquement ou le « légitimer », on contracte le mariage, présumé pour le coup « par consentement mutuel ».

Alors, dites-moi, comment fait-on la cour à une femme ? Ou plutôt comment doit-on draguer une 1ère femme, puis éventuellement une 2ème voire une 3ème et une 4ème, avant, le cas échéant, et seulement le cas échéant, de les épouser ? Sachant que, in fine, on peut ne pas les épouser.

Si je m’interroge de la sorte, c’est que la dernière « affaire Cheikh Yérim Seck » en date, Musulman de son état, m’interpelle et m’intrigue ; elle me heurte même dans ma sensibilité d’âme, si l’on sait que la religion musulmane, au Sénégal, prescrit la polygamie, limitée à quatre épouses.
Elle ne la proscrit pas, elle la prescrit à l’intention de tout époux présumé digne d’être polygame. Mais en a-t-elle jamais pour ce faire prescrit le modus operandi ? Je n’en sais rien.

Mieux, peut-on jamais être polygame sans être « pro-fesses » ou « pro-fesseur », pour reprendre ici l’invention triviale occurrente du journal L’Obs ?

Entendu que, dans mon entendement donc, être « pro-fesses » ou « pro-fesseur » ne saurait être, en soi, ni bon ni mauvais.
Cheikh Yérim Seck, dans une « affaire » et une vie antérieures, a eu à faire face à une « vérité judiciaire », de manière implacable. Et il l’a payé cash ! dans la mesure même de ladite « vérité judiciaire ».

Pour ma part, tous les jours que Dieu veuille bien me donner, autant que faire se peut, je m’efforce de ne point confondre la « vérité judicaire » d’avec la « vérité de fait », éclairé en cela par le fait historiquement avéré, selon lequel : entre la première et la seconde, il y a toujours, mais alors toujours, tout un océan d’erreurs possibles, ou potentielles, de bonne foi, ou de mauvaise foi.

Qui plus est, je n’entends aucunement que la ‘‘condamnation judiciaire’’ puisse jamais être assimilable à la ‘‘condamnation morale’’, encore moins à la ‘‘condamnation du point de vue de l’éthique’’.

Sous ce rapport, donc, Cheikh Yérim Seck, comme tout être humain, doté à ce titre de capacité de bien, et par conséquent d’être possiblement bon, et seulement possiblement bon ; comme tous ses semblables donc, Cheikh Yérim Seck a droit aux « droit et devoir indissolublement réunis à l’oubli », qu’il ne faut guère cependant confondre avec le ‘‘pardon’’, lequel, parce qu’il appartient à Dieu, est à CELUI-CI ce que le ‘‘repentir’’ est à l’homme, à tout homme (homme et femme).

Au demeurant, qu’il me soit permis de trouver ici quelque prétexte opportuniste, tout Chrétien catholique que je suis – car Chrétien catholique incurable je suis, et je le revendique ! – pour régler un petit compte avec l’Eglise catholique.
L’amour défait davantage de familles catholiques qu’il n’en fait

Silence ! Circulez, il n’y a pas de problème ! Le divorce, ça n’est pas catholique, ça ne saurait l’être sous aucun prétexte.
C’est en substance la seule réponse que l’Eglise catholique apporte aux questionnements des couples catholiques séparés ou en voie de l’être.

En effet, ici, contrairement au prêtre ou au religieux en situation de crise et qui peut alors être réduit à l’état laïc – on n’est jamais mieux servi que par soi-même ! – le couple catholique marié est déclaré l’être pour de bon. Il ne peut donc, en cas de difficultés mutuellement insurmontables, être réduit à quelque autre état que ce soit, même pas à rien.

Certes, les causes de divorce sont au moins aussi nombreuses que les couples concernés. Mais elles procèdent souvent, presque toujours, de l’amour ou du manque d’amour, sinon de l’insuffisance d’amour.

Or, au commencement de chaque couple, il y a l’amour ou plutôt l’amour est censé être, en vertu duquel, dit Jésus, « l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair. » (Mt 19,5). Et il ajoute : « Si quelqu’un répudie sa femme – sauf en cas d’union illégale – et en épouse une autre, il est adultère. » (Mt 19,9).

« Pourquoi donc Moïse a-t-il prescrit de délivrer un certificat de répudiation quand on répudie ? » (Mt 19,7), lui demandent ses contradicteurs.

« C’est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes » (Mt 19,8), leur répond-il.
Il faut découvrir, ici, un Jésus reconnaissant et défendant par la même occasion – contre vents et marrées, en fait le féminisme avant la lettre ! – les droits de la femme.

Jésus ne parle pas de divorce, mais de répudiation dont il ne reconnaît par ailleurs aucune légitimité (malgré donc son statut légal !) en raison de son caractère unilatéral et « tout-puissant ».

En cela, Jésus admet qu’il est de son temps et de son milieu, où la répudiation – hélas ! – est autorisée par la loi, mais guère le divorce.

En effet, en ce temps-là, l’homme peut répudier sa femme, en toute légalité, tandis que le divorce – qui sous-tend, pour ce faire, le cas échéant, une initiative souveraine de la part de la femme – est tout simplement banni.

Ainsi, Jésus est-il contre la répudiation, et il le fait savoir à plus d’un mâle : c’est en l’occurrence la seule « vérité de fait » historique.

Mais quid alors du divorce ?…
Au commencement du couple, disais-je, il y a l’amour ou, du moins, l’amour est censé être. Mais quand celui-ci n’est plus, de surcroît dans une époque et un milieu (les nôtres !) où le divorce, et non plus la répudiation, est reconnu et autorisé par la loi, au nom de quelles valeurs humaines et sociales s’entête-t-on à le bannir en l’Eglise catholique ?

Dakar, le 27 juin 2020.
Jean-Marie François BIAGUI

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