L’ennemi n’est jamais que celui qu’on n’a pas encore rencontré

Posted by on 16/12/2018 0 h 32 min
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[Je veux rendre hommage, ici, au courage assumé et à l’honnêteté intellectuelle de Cheikh Yérim Seck, qui, de manière réitérative et constante, publiquement, considère le MFDC comme un ennemi irréductible, avec lequel il proscrit tout dialogue et donc toute rencontre. Il est à ce titre à l’extrême opposé de beaucoup d’intellectuels et autres acteurs politiques et de la société civile, que j’ai eu le privilège de rencontrer à maintes reprises – j’étais alors le Secrétaire Général du MFDC – mais qui, pour leur part, se refusent manifestement obstinément, aujourd’hui encore, à me rencontrer. Du moins, intellectuellement honnêtement s’entend.]

Si la posture des autorités, face au Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC), était, objectivement, qu’elles n’ont pas d’ennemis en Casamance, mais qu’il n’y a que des hommes et des femmes qu’elles peinent tant à rencontrer, sinon à « rencontrer » ;

Le drame de Boffa-Bayotte survenant si cruellement le 6 janvier 2018 (quatorze personnes tuées par des hommes armés non-identifiés à ce jour), soit une petite semaine après l’appel du Président Macky Sall, appelant justement, une fois de plus, ses frères et sœurs du MFDC à la « paix des braves, sans vainqueur ni vaincu » ;

Si, au demeurant, les autorités se donnaient la peine – et, croyez-moi, cela en vaudrait la peine, vraiment ! – de voir, dans la condamnation unanime de ce forfait par toutes les factions du MFDC, un soupçon de sincérité, et seulement un soupçon de sincérité de leur part ;

Ce qui reviendrait, pour ainsi dire, à reconnaître quelque humanité aux hommes et femmes réunis au sein de ces factions du MFDC, voire simplement ce qu’il leur en resterait ;

Fût-ce, aussi et surtout, au nom de la paix ;

Alors, et seulement alors…

Alors, tous deux, l’Etat et le MFDC, apprendraient, certainement, à se faire confiance mutuellement, pour rompre à tout jamais avec ce postulat qui veut que, quoi que le MFDC dise, ce sera toujours sa parole contre celle de l’Etat. Et vice versa.

Alors, tous deux, l’Etat et le MFDC, ne (re)découvriraient pas seulement que le conflit en Casamance est absurde, mais que l’état de ni guerre ni paix qui y prévaut est tout aussi absurde, voire autrement plus absurde, pour être propice à toutes les formes de mafia.

Alors, tous deux, l’Etat et le MFDC, certainement, ne passeraient point à côté de ‘‘quelque chose’’.

Or, qu’est-ce c’est en l’occurrence que ce ‘‘quelque chose’’ ?

Ce ‘‘quelque chose’’, par exemple, et pour ne considérer que cet exemple, c’est qu’il existe des zones en Casamance qui sont sous le contrôle exclusif du MFDC. Et qu’il en sera ainsi, aussi longtemps que l’Etat et le MFDC s’inscriront dans la dynamique de paix initiée conjointement. Et qu’il ne faut pas se voiler la face devant cette vérité de fait. De sorte qu’il y a comme un paradoxe, au vu de cet état de fait, à dénier au MFDC le droit et le devoir réunis de faire la police dans lesdites zones.

Rappelons, tout à propos, qu’une ligne de démarcation, autrement appelée ‘‘ligne rouge’’, participe littéralement de la sanctuarisation des « zones sous contrôle du MFDC ».

Rappelons, aussi, que la zone de Boffa-Bayotte, où la tuerie du 6 janvier a eu lieu, est sous le contrôle exclusif de l’armée nationale.

Or, faire la police dans ces zones-là de la part du MFDC, avec l’accord formel des autorités, pourrait certainement aider à neutraliser la mafia sous toutes ses formes en Casamance.

En l’espèce, le MFDC pourrait interpeller de présumés agresseurs de la forêt ou de l’environnement, pour ensuite les mettre à la disposition de l’autorité compétente.

Encore qu’il faille, préalablement, délester les services d’Etat locaux concernés de toutes leurs brebis galeuses.

Il me souvient d’ailleurs que l’Etat et le MFDC conviennent, en ‘‘off’’ tout au moins, de la nécessité de combattre la mafia sous toutes ses formes en Casamance. Et ce, « par tous les moyens ».

Mais qu’entend-on par ce générique commun, si commode, ou plutôt si accommodant ?

Et si, qui plus est, les auteurs du forfait de Boffa-Bayotte, si condamnable soit-il, n’avaient fait que les sales boulots ? Précisément en lieu et place de l’Etat d’une part, et du MFDC d’autre part ?

Quoi qu’il en soit, l’Etat et le MFDC pourraient voir – ils le devraient même ! – dans ce modus operandi là, non seulement un levier de realpolitik qui participe d’un modus vivendi bien pesé et bien réfléchi entre l’Etat et le MFDC, mais un préaccord de paix, en prélude à celui que nous appelons tous de nos vœux : l’accord de paix définitive sanctionnant la fin définitive du conflit en Casamance.

Dakar, le 28 janvier 2018.

Jean-Marie François BIAGUI

Président du Parti Social-Fédéraliste (PSF)