Lettre (ouverte) au Président Macky Sall – Pour la liberté de Capain Bassène

Posted by on 21/04/2019 0 h 45 min
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Categories: Peacebuilding


Que restera-t-il d’une honnête paix en Casamance si l’on persécutait, même un de ses artisans !?

Excellence,

M. le Président Macky Sall,

Permettez-nous de vous entretenir sur le cas du journaliste René Capain Bassène Foumouna, en prison et sans procès depuis bientôt un an, parce qu’il aurait été mêlé à la tragédie de Boffa Bayotte avec le massacre de 14 exploitants forestiers.

Ce jeune père de famille est né à Bouroffaye et n’a jamais vécu dans la paix parce que la crise casamançaise a éclaté alors qu’il était enfant.

En choisissant de devenir journaliste, René Capain Bassène voulait contribuer démocratiquement, avec la liberté de parole qu’on lui connait, au processus d’une paix juste et miséricordieuse.

Et c’est quelque part grâce à vous et votre vision de la paix en Casamance, M. le Président Macky Sall, que Capain, après une expérience en journalisme à RFI et dans d’autres médias locaux, a pu réaliser son rêve de faiseur de paix en rejoignant l’Agence Nationale pour la Relance des Activités économiques et sociales de la Casamance (ANRAC).

L’une des missions de l’ANRAC, comme vous le savez M. le président, est la démobilisation – réinsertion – réintégration des combattants et leurs familles ; et Capain en a fait son sacerdoce en devenant le médium entre les différents groupes rebelles du MFDC et l’agence nationale.

N’ayant aucune coloration politique, les différentes factions du mouvement rebelle lui ont alors toujours témoigné leur totale confiance au point de le considérer comme un frère porteur d’une parole de paix.

Excellence,

M. le Président Macky Sall,

René Capain Bassène est accusé à tort parce qu’il porte dans sa peau la mémoire de la mission que vous aviez, vous-même, dévolue à l’ANRAC en 2004.

Jusqu’au jour de son arrestation, un 24 janvier 2018, Capain était au sein de l’ANRAC, le seul qui ait assisté aux différentes réunions du MFDC dont la finalité était de permettre au mouvement de parler d’une seule voix au nom de la paix.

Audacieux, René Capain Bassène l’est !

Il vous dira que c’est grâce au Ministre d’Etat Robert Sagna – pour dire des choses difficiles à dire s’il ne dépendait que de mon initiation Ajamaat – qu’il a pu finir sa maison. Car son salaire à l’ANRAC permit qu’il contractât juste un petit prêt hypothécaire usuraire dans une banque locale.

Le même Capain, n’hésitera pas à critiquer le groupe de réflexion pour la paix en Casamance (GRPC) piloté par son bon samaritain, non pas parce qu’il ne croit pas au travail qu’il abat, mais parce qu’il pense que le coordonnateur du GRPC, en l’occurrence M. Robert Sagna pour ne pas le nommer, serait mal entouré.

Pour saisir la « présomptuosité » de Capain, il suffit justement de convoquer ses racines Ajamaat.

Notre génération 1975 – 2000 est dite IRRAISONNABLE (ji kan miign) parce qu’elle écoute difficilement les aînés (et combien de fois ne nous a-t-on pas mandé éprouver son insolence ?).

Ainsi, M. le Président, le crime de René Capain Bassène serait générationnel. Sinon, cet ancien séminariste est incapable de participer consciencieusement, sous quelque forme que ce soit, à un assassinat dans une Casamance où les interdits traditionnels dans lesquels il a baigné sont encore vivaces !

Excellence,

M. le Président Macky Sall,

Voici que nous nous habituons à vous écrire pour partager avec vous notre lecture sur la Casamance. Et en cette veille des élections présidentielles, nous estimons que certaines matérialités que l’on minimise (officiellement) faute d’avoir tous les éléments à présenter à vous ou à votre cabinet, alors que l’on se contente de motifs et d’intentions, peuvent réserver de grandes surprises.

Notre conviction profonde,

M. le Président Macky Sall,

C’est qu’il faut pour justifier la légitimité et la solidité de vos réalisations en Casamance et dans le Pays Ajamaat (de Baba Tenda/ Yelli Tenda aka Farafenni au-delà de San Domingo), ne surtout pas fausser les rapports et le caractère respectif des situations vécues par les populations ; ce que vos adversaires politiques exploiteront afin de détacher de l’appréciation juste de votre action politique tout un ensemble de citoyens qui tiennent tant à ces causes pourtant considérées comme passagères

– Le cas René Capain Bassène associé à un assassinat dont les « vrais » auteurs sont encore non-identifiés et donc toujours libres, en est un parfait exemple son Excellence –

Pour les populations, René Capain Bassène Foumouna est un artisan de la paix persécuté, tant qu’il est en prison sans jugement !

Excellence,

Nous nous excusons d’avance d’avoir été un souci à votre emploi du temps si chargé, et vous prions d’agréer, M. le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

Dr. Pape Chérif Bertrand Bassène Akandijack
Lettre envoyée en recommandé le 02 Janvier 2019