Search

Mamadou Abdoulaye Dieng: la mort «du boucher de la Casamance» par devoir de mémoire

Mamadou Abdoulaye Dieng: la mort «du boucher de la Casamance» par devoir de mémoire

Paix á son âme

Nous avons appris, à travers les médias, le décès du Général Mamadou Abdoulaye Dieng, ce matin du lundi 7 août 18. Toute âme, l’humanisme le requiert, mérite les condoléances à sa disparition. Nous les exprimons alors à sa famille éplorée et prions pour son repos, ainsi que pour son admission au paradis.

 

Écrire par devoir de mémoire et pour sortir du tout sécuritaire en Casamance

Ceci dit, le défunt fut dénommé en Casamance « le boucher de la Casamance ». Et pour cause, il incarna dans les années 90 la politique de répression et du tout militaire du Président Abdou Diouf. Il a inauguré avec son patron, le Président Abdou Diouf, la militarisation institutionnelle de la Casamance. Au point d’en faire un territoire de droit exceptionnel ; osons le dire, de non droit.

Boucher de la Casamance, parce qu´il a aussi ordonné et dirigé les escadrons de la mort qui ont assassiné les lieutenants de Diamacoune, les massacres de Kaguit, de Djimbering, de Brin, dans plusieurs villages du Boulouf, avec des rafles et tortures pêle-mêle. A ma troublante adolescence, j’ai retenu de lui les scènes d’humiliation de nos pères à Bignona.

Des vieux attachés nus, à même les arbres qui bordent la route conduisant á la gendarmerie de Bignona, d’innocents villageois arrêtés et exécutés de façon extra judiciaire. Des militants ou non du Mfdc torturés par la technique de brulure des barbes. Depuis la boucherie de Dieng, la Casamance a vécu les plus sombres pages de son histoire socio politique.

L’histoire retiendra qu’il fut l’exécutant zélé et haineux de la politique sanglante du président Abdou Diouf dans les villages et villes du pays des rizières. Par devoir de mémoire, il faut le dire et souligner : que cette phase coïncida avec des emprisonnements tous azimuts, avec un système de délations qui a empoissonné les relations de bon voisinage et la fraternité casamançaise. Il a instauré une atmosphère pourrie où chaque casamançais était l’espion et la taupe contre son frère et sa sœur.

Cela coïncida aussi avec le rapport d’Amnesty international dénonçant les violations de droits de l’homme en Casamance, au point où un pays comme l’Allemagne – dont les Casamançais seraient heureux de faire visiter leur pays à l’actuelle chancelière si un jour elle venait à se rendre au Sénégal-, l’Allemagne disions-nous, sous le Chancelier Helmut Cohl, avait ouvertement annoncé que tout casamançais était bien venu, au nom de la politique d’asile que ce pays offrait.

Par devoir de mémoire, et pour tirer des leçons de l’histoire, le tout sécuritaire réactualisé actuellement en Casamance ne fait que produire, pour paraphraser Diamacoune, « les semences des luttes futures ». Pourtant, il est plus qu’urgent d’opérer la bascule du tout militaire au tout politique.

 

La persistance de l’option militaire ne conduit qu’à l’impasse.

Abdoulaye Dieng, au-delà de la tentation de rancune, devrait plutôt nous inspirer la sagesse politique selon laquelle, on ne tue jamais un nationalisme par les armes. On l´appréhende selon un schéma politique puis on l’intègre dans un jeu démocratique ouvert, á la faveur de la paix formalisée dans un texte d’accord entre les parties belligérantes.

Pourtant, des Abdoulaye Dieng, il en existe toujours en Casamance, notamment depuis les évènements tragiques de Bofa. Ils trouvèrent là une aubaine pour en découdre, à l’image de M. Abdoulaye Dieng, avec un irrédentisme du pays Invita Felix.

La mort des autres doit certes nous rappeler la nôtre, et dans le contexte du conflit en Casamance, surtout permettre d’avoir la lucidité susceptible de restaurer la mémoire cachée des erreurs, des exactions, afin que celles-ci ne se reproduisent pas encore aujourd´hui sous nos yeux et que nos actes soient des œuvres tendant vers la paix juste et fondée sur la vérité.

Dr. Ahmed Apakena Dieme CIU du MFDC.
Consultant, Bonn/ RFA

Related posts