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Mamadou Diop Decroix sur la Casamance : « Dieu nous préserve des va-t-en-guerre »

Mamadou Diop Decroix sur la Casamance : « Dieu nous préserve des va-t-en-guerre »

La Casamance renoue avec la violence après plusieurs années d’accalmie. Vos commentaires ?

Prières pour les morts, condoléances à leurs familles, mais aussi pensée pieuse pour la forêt de la Casamance. Cent quarante milliards de FCfa de bois coupé dans la forêt casamançaise, selon Haïdar. Cent quarante mille mètres cube de bois, c’est une catastrophe !

Je vais demander une commission d’enquête parlementaire sur la déforestation en Casamance. Je vais aussi suggérer à notre groupe parlementaire une visite de terrain en Casamance pour rencontrer les parties prenantes. Oui, Boffa ! Enième affrontement mortel depuis 1982, jusqu’au prochain affrontement. Hélas, jusqu’à quand ? Rechercher les coupables et suspendre la coupe de bois peuvent être de bonnes mesures pour faire baisser la fièvre, comme disait l’autre, mais le mal attend toujours d’être soigné. Franchement, le système, tel qu’il fonctionne, ne me semble pas en mesure de porter une solution définitive à la crise en Casamance.

Quelle est la solution ?

Il faut beaucoup de courage politique et une bonne dose d’humilité, car étant les fondements réels pour toute autorité qui ambitionne de tourner définitivement la page de la crise en Casamance.

Qu’entendez-vous par courage politique ? 

C’est le courage de rompre avec un système qu’on a, peut-être, de bonne foi mis en place depuis trois décennies, pensant qu’il pouvait régler les problèmes. Ce système s’est ossifié. Il ne peut plus donner des résultats. Il faut une approche nouvelle. Il y a un adage wolof qui dit : « Si vous voulez soulever une charge, vous essayez de tous les côtés ». L’humilité est ce qui permet de mettre en œuvre ce courage politique et d’apprendre des gens. Il ne suffit pas que le leader soit le seul à avoir cette posture. Ce sont tous ceux qui s’occupent de la question qui doivent penser et agir de cette façon.

Partagez-vous l’opinion de ceux qui prônent la guerre pour en finir avec la rébellion ? 

Les va-t-en-guerre sont toujours ceux qui ne vont pas à la guerre. Il vous y pousse et vous y laisse. Dieu nous préserve des va-t-en-guerre. Que faut-il privilégier ? Il faut discuter ! Il faut bien sûr prendre les dispositions nécessaires pour que les choses ne s’enveniment pas sur le plan militaire. Il faut avoir la possibilité de tenir en respect ceux qui seraient tentés d’assassiner des gens ou de tuer la forêt. Mais in fine, ce n’est pas cela la solution. Ce sont des mesures conservatoires. La solution est politique. Elle l’a toujours été. Elle ne peut pas être autrement.

Entretien réalisé par Babacar DIONE et Yakham C.N. MBAYE

Source: Leral.net- Lundi 29 jan. 18 – Extraits interview accordée au journal Le Soleil. 
  

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