Marche contre l’exploitation du Zircon: Mémorandum adressé au Gouverneur

Posted by on 09/11/2017 12 h 00 min
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COMITÉ DE LUTTE CONTRE L’EXPLOITATION DU ZIRCON A NIAFRANG EN BASSE CASAMANCE

MARCHE RÉGIONALE POUR LA PRÉSERVATION DE NIAFRANG ET DE LA PAIX EN CASAMANCE

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MEMORANDUM DU COMITE DE LUTTE CONTRE LE PROJET D’EXPLOITATION DU ZIRCON EN CASAMANCE ET POUR LA PRÉSERVATION DE NIAFRANG
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MEMORANDUM DU COMITE DE LUTTE CONTRE LE PROJET D’EXPLOITATION DU ZIRCON EN CASAMANCE ET POUR LA PRESERVATION DE NIAFRANG

Si rien n’est fait pour les stopper, les pelleteuses pourraient commencer à éventrer la dune de Niafrang (Casamance) dès octobre prochain, en quête de minéraux lourds, comme le zircon.

Pour l’Etat sénégalais, et surtout pour Astron, multinationale australienne basée en Chine (Hong-Kong), les bénéfices attendus se chiffrent en millions de FCFA. Pour les défenseurs de l’environnement, de la biodiversité, et du développement durable, l’enjeu est ailleurs : après la destruction de la forêt et des ressources halieutiques, la destruction des ressources naturelles de la Casamance se poursuit, pour répondre à une demande extérieure, chinoise pour l’essentiel, au détriment des populations.

Ce qui est en jeu à Niafrang, c’est la sauvegarde d’un écosystème riche et complexe, mais fragile, associant océan, mangrove et dune, qu’une aire marine protégée (AMP) devrait en principe sanctuariser. Sauf que, comme par miracle, l’AMP d’Abéné s’arrête officiellement là où commence la zone concédée à l’exploitant minier, laissant la porte ouverte aux atteintes à l’environnement… Notamment à la mangrove, l’un des écosystèmes les plus riches au monde, dont le littoral casamançais constitue la principale localisation au Sénégal. En absorbant du gaz carbonique, cette mangrove contribue à la lutte contre le réchauffement climatique. En freinant les vagues, elle ralentit l’érosion du littoral. Elle est un refuge unique de biodiversité, abritant de multiples espèces animales (poissons, coquillages, tortues de mer, singes, oiseaux…). Et elle fournit d’innombrables ressources (notamment alimentaires) aux populations de la zone.

Or, ce littoral est fragile : comme ailleurs au Sénégal, il est menacé de submersion par la montée du niveau de l’océan, aggravée par des phénomènes météorologiques de plus en plus violents et de plus en plus fréquents (que ne prend pas en compte l’étude d’impact officielle). Comme il est menacé par la salinisation des eaux et des sols qui en résulte. C’est cette menace que l’exploitation minière ne ferait qu’aggraver, en accentuant les risques existants (résultant du réchauffement climatique), et en en créant de nouveaux :

par une déstabilisation de la dune (malgré les précautions prises), qui mettrait en péril toute la zone qu’elle protège : des milliers d’hectares de cultures, une quarantaine de villages, des milliers d’habitants ;

par une salinisation accrue des eaux et des sols résultant des pompages de la nappe phréatique, qui mettrait en péril cultures et populations ;

par d’inévitables rejets polluants.

L’enjeu financier est tel que la société minière a utilisé, avec plus ou moins de succès, tous les moyens pour tenter d’emporter l’adhésion de populations souvent démunies et oubliées par les politiques publiques. Et il est tel que l’Etat sénégalais est jusqu’à présent resté sourd aux fortes oppositions qui se sont exprimées localement, et aux mises en garde de chercheurs et de spécialistes du monde entier. Il se fonde pour cela sur une étude d’impact environnemental et social très contestable par ses graves insuffisances, tant dans la forme (expert juge et partie) que dans le fond (insuffisances méthodologiques et scientifiques). Et il exclut de fait toute étude indépendante, comme s’il en craignait les résultats.

Ce que nous refusons, ce n’est pas le développement, mais des logiques privilégiant la recherche du profit à court terme au détriment d’un développement durable car préservant les ressources pour les générations futures. Face à l’urgence climatique, l’heure n’est pas à une fragilisation accrue du milieu mais à la prévention et à l’adaptation : dans ce domaine, des alternatives endogènes existent, dont certaines sont en cours de réalisation, à commencer par le reboisement de la mangrove et de la dune.

Nous n’opposons nullement l’intérêt de quelques milliers de villageois à celui de 15 millions de Sénégalais : nous ne sommes pas contre tout projet minier, mais, sur la base d’informations scientifiques, nous sommes contre le démarrage de ce projet précis dans cet environnement précis, en raison des risques qu’il ferait courir à cet environnement et aux populations qui y vivent. C’est une question de choix de société : ce choix nous concerne tous !

C’est pourquoi :

– nous appelons l’Etat à respecter ses engagements (transparence dans les dossiers miniers, concertation, développement durable), tant envers ses citoyens qu’envers les institutions internationales (Nepad, COP21…), et donc à suspendre le démarrage des travaux dans l’attente d’une étude d’impact indépendante :

– nous appelons la société civile et les représentants des populations, ou ceux qui aspirent à le devenir, à signer cet appel et à tout faire pour s’opposer pacifiquement au démarrage des travaux et pour qu’un véritable débat s’engage, sur la base d’une information objective. NON AU DEMARRAGE DE L’EXPLOITATION DES SABLES METALLIFERES DE CASAMANCE !

Le Comité de lutte de Niafrang
Dimanche 10 septembre 2017
Ziguinchor, Sénégal

DOCUMENT ANNEXE AU MEMORANDUM

Le projet minier de Niafrang en 5 questions

1 – Qu’est-ce que le zircon ?

Comme dans les pays voisins, le littoral sénégalais renferme des gisements significatifs de sables métallifères issus de la décomposition du granite, dont le principal est le zircon (minerai de zirconium). En raison de sa dureté et de sa résistance aux très hautes températures, le zirconium a de nombreux usages industriels, qui vont des prothèses dentaires aux cuves de réacteurs nucléaires. Avec l’exploitation de la Grande Côte (gisement de Diogo), le Sénégal en serait devenu le 3e producteur mondial (mais cette donnée est contestée), la production étant exportée en totalité. L’exploitation du littoral casamançais ne ferait que renforcer cette position.

2 – Pourquoi Niafrang ?

Le projet Niafrang n’est que la première étape de l’exploitation des sables métallifères du littoral casamançais. Le choix n’est pas le fait du hasard. C’est la zone la plus riche en minerai : le périmètre est certes petit (6 km de long) mais la teneur en métal y dépasse les 10% (environ 3 fois plus que sur la Grande Côte). Et si seule la façade continentale de la dune doit être exploitée, c’est moins par souci de protection de l’environnement que par intérêt : c’est là que la concentration en minerai est la plus forte. C’est pourquoi l’exploitation n’est prévue pour durer qu’environ 3 ans. Le projet Niafrang est ainsi en tous points conforme aux nouvelles logiques financières, dont l’objectif est de générer un maximum de rentabilité le plus rapidement possible, quitte à ne pas exploiter une partie de la ressource. Et quitte à décevoir ceux qui y voient un levier pour le développement…

3 – Qui est Astron ?

C’est la société minière australienne qui, dans des conditions qu’il faudrait éclairer, a hérité du permis de recherche initialement accordé à Carnegie, et qui vient d’obtenir le permis d’exploiter le gisement de Niafrang. Jusque-là implanté uniquement en Australie, Astron devient ainsi une multinationale, avec ce premier investissement à l’étranger, qui vient après une délocalisation de son siège à Hong-Kong (10e meilleur paradis fiscal au monde selon le classement du magazine américain Forbes en 2010). La firme y contribue à répondre à la demande intérieure de la Chine, elle-même gros producteur de zircon. Avec une demande croissante et des réserves limitées, le zircon fait partie des minerais à « fort potentiel de croissance » dans le monde selon la firme Eramet (Projet Grande Côte)

4 – Qui s’oppose au projet ?

1°) L’Appel de la dune, lancé le 15 juillet 2017 fédère l’action de mouvements citoyens, d’associations et de personnalités, parmi lesquels :

– le Comité international de lutte contre le zircon. Créé en 2011 à l’initiative de villageois et d’Européens implantés dans la zone, il s’oppose à toute exploitation minière, au nom de la défense de l’environnement et des ressources et des droits des populations. Il a déjà lancé une pétition et organisé plusieurs marches dans la zone concernée. Sa page Facebook informe sur son activité. . le Collectif des chercheurs et spécialistes. Créé en 2015 pour s’opposer au démarrage de l’exploitation, compte-tenu des risques minorés ou ignorés par l’étude d’impact officielle, il rassemble une quarantaine d’intellectuels de toutes disciplines et de tous pays. Après une lettre ouverte au président de la République restée sans réponse, le Collectif a pris l’initiative de l’Appel de la dune. Il demande une étude d’impact indépendante pour permettre un véritable débat public.

– le collectif des étudiants casamançais de l’université de Dakar contre le zircon Créé pendant l’hivernage 2017, il a déjà organisé une conférence de presse à Dakar.

– le collectif « Y en a Marre » Né en 2011 à Dakar, dans un contexte de crise politique et sociale, c’est un mouvement de jeunes qui incite les Sénégalais à lutter contre la corruption et à promouvoir le civisme.

– l’Association des étudiants pour le développement de la Casamance, plus connue sous le nom de Kekendo, née en 2002 sur le campus de l’Ucad. Elle prône la paix et la culture du terroir.

– des ONG et associations nationales ou internationales comme Advocates for Community Alternatives (Ghana) Objectif Transition (France) SOS Casamance (Paris) IDEE Casamance (Ziguinchor) IEFR (France)

– des personnalités, parmi lesquelles : . Abdou Sané, ancien député, conseiller départemental de Ziguinchor et président de l’Association africaine pour la promotion de la réduction des risques de catastrophe. . Ousmane Sonko, tête de liste de la coalition Ndawi Askan Wi /Alternative du Peuple aux dernières législatives et candidat à la prochaine présidentielle.

– Jacques Attali, polytechnicien, énarque, ancien conseiller spécial du président Mitterrand, fondateur de la BERD et de plusieurs autres institutions internationales, comme Action contre la faim ou Positive Planet.

2) Le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC) Créé en 1982, le mouvement indépendantiste affiche lui aussi son opposition au projet zircon, mais sans aucun lien avec l’Appel, et en fonction d’objectifs qui lui sont propres. Il est depuis longtemps divisé en plusieurs factions civiles et militaires, dont certaines n’ont pas abandonné la possibilité du recours à la lutte armée (actuellement en sommeil) : à ce titre, elles font planer une menace sur la paix dans la région.

5 – Quels sont les arguments contre le projet Niafrang ?

1°) Les risques pour l’environnement et les populations

le risque le plus grave est celui de la fragilisation de la dune littorale, qui protège des milliers d’hectares de terres et des milliers d’habitants. Un risque qui existait avant le projet, avec la montée du niveau de l’océan, aggravée par la recrudescence des phénomènes cycloniques violents. Mais un risque qui serait accru par la déstabilisation de l’ensemble de la dune et par les atteintes à la mangrove (qui freine l’érosion). Face aux conséquences du réchauffement climatique, l’heure est au renforcement (prévention et adaptation) et non à l’affaiblissement des défenses naturelles !

le risque de salinisation. Ce risque existait avant le projet. Il serait accru par le pompage des nappes phréatiques, accélérant la pénétration de la langue salée. Avec de graves conséquences pour les cultures et pour les populations.

le risque de pollution, inhérent à toute exploitation minière. Pollution atmosphérique et surtout pollution des eaux par des rejets de toute nature, y compris des particules fines de métal, dont les effets possibles sur la santé ont été mis en évidence dans d’autres situations.

les risques d’atteintes à la bio-diversité d’un milieu unique au Sénégal, extrêmement riche mais très fragile, qui associe océan – bolon – mangrove – dune. A cet égard, on doit souligner la coïncidence troublante entre l’attribution du permis de recherche et la création d’une aire marine protégée (AMP d’Abéné) qui s’arrête miraculeusement à hauteur du périmètre minier… Comme si l’Etat avait cherché à permettre à tout prix l’exploitation.

2°) Ces risques sont sous-estimés ou tout simplement ignorés par l’étude d’impact environnemental et social (EIES), qui fonde la décision gouvernementale. Une étude contestable également dans la forme, puisqu’elle ne respecterait pas toutes les règles requises et qu’elle a été réalisée par un cabinet lié à la société minière. Il ne nous appartient pas de mener une nouvelle étude d’impact. Des spécialistes de différentes disciplines (hydrologues, océanologues, etc.) membres du Collectif se bornent à souligner les graves insuffisances de l’EIES existante, ce qui devrait suffire à mettre en cause sa validation et l’autorisation d’exploiter.

3°) Une parodie de concertation information tardive et à sens unique des populations par les représentants de la société minière et de l’Etat ;

utilisation de tous les moyens pour vaincre les oppositions et manipuler l’opinion. En témoigne l’accord de sponsoring entre Astron et le Casa Sports, qui permet la société de profiter de la popularité d’une association sportive régionale iconique pour étouffer le débat public sur le projet ;

ignorance d’alternatives en termes de développement durable, à commencer par des initiatives en cours comme le reboisement de la mangrove et de la dune, la valorisation des ressources existantes, la quête de nouvelles ressources préservant l’avenir.

Le Comité de lutte de Niafrang
Dimanche 10 septembre 2017
Ziguinchor, Sénégal