Mort imaginaire de César Atoute Badiate : Un Fake News distillé à dessein

Posted by on 26/06/2019 5 h 32 min
Tags:
Categories: Débats

Répandre les Fake news, c’est prêcher le faux pour avoir le vrai.
C’est bien ce qui est arrivé dans le cas d’annonce de la mort supposée de César Atoute Badiate. Cette manipulation va faire l’intérêt de ce texte…

Habillage discursif du Fake news

C’est avec de gros titres tape- à- l’œil et sensationnels, comme les aiment bien les médias sénégalais, que les petits dieux de la presse locale ont tué le General César.

Mieux, dans son supposé coma d´avant mort, ils ont parlé à sa place. Voici quelques énoncés médiatiques qu’ils ont arrachés de sa bouche de mourant (dans un état comateux) :

 « César trouve que Wade a fait mieux que Macky. César voit en Sonko, Emile Badiane réincarné. César souhaiterait voir tout le monde avant d’aller à l’au-delà, sauf son frère ennemi, Salif Sadio. César aurait tenu des propos stoïques sur sa mort, dont il n’aurait pas peur, en bon chrétien… ».
J’en passe et des meilleurs …..

Le propre du Fake News, c’est de se baser sur une petite réalité toute banale, qui peut être une maladie que tout le monde peut vivre du reste, pour fabriquer une information, du moins pour désinformer.

Dans le bruit médiatique que caractérise l’explosion des réseaux sociaux, fonctionnant comme des médias individués et personnalisés, mettant ainsi en crise les médias classiques dans leur centralité et leur unidirectionnalité, les Fake news sont des instruments des nouvelles guerres : les guerres psychologiques. Ce n’est pas une nouveauté, la Casamance les connait depuis plusieurs décennies qu’elle subit le conflit.

Instrumentalisation du Fake news et effets politiques recherchés

Derrière la « Fake-mort » de César, les médias et ceux qui les contrôlent, les appareils idéologiques d´Etat pour parler comme Gramsci, veulent manipuler l’opinion casamançaise qui semble renouer avec un régionalisme critique, en dépit de la vocation nationaliste conférée au scrutin présidentiel sénégalais et auquel a piteusement prétendu gagner au jeu le frère Sonko.

Au lendemain de ces élections, les desseins manipulateurs de l´opinion via ce Fake news avaient pour objectif d´identifier l’électorat de Sonko à une ethnie et à une région (Ce qui a le mérite de l’agacement pour le pauvre Sonko né d’un couple mixte !)

Une manipulation qui veut procéder par le remplacement du nationalisme irréductible ou le séparatisme (les deux ne sont pas contradictoires) par un degré de conscience politique de complainte : le vote régionaliste.

Or, non seulement l’actualité faite autour de la maladie de César Atoute et toutes les histoires cousues sur sa préférence pour Wade (qui a rencontré Sonko) et contre Macky qui ne lui aurait pas donné des papiers Sénégalais arrive après les élections et donc en déphasage pour créer la confusion.

Mais en plus, le Mfdc et la Casamance en lutte ont dépassé ce state de la victimisation ou de la plainte, de de la mendicité politique, en termes de meilleure intégration. Plus que jamais, ils aspirent à la rupture créatrice, à réaliser l’idée stratégique selon laquelle, seule la lutte, l’instauration de rapports de force génère et dessine des horizons nouveaux et radicalement novateurs pour les peuples.

Les peuples authentiques de la Casamance ne sont pas des peuples de mendicité politique, ni de la recherche d’une pitié ou encore de la recherche de quelques avantages auprès de l’Etat du Sénégal.

Notre histoire de résistance en témoigne à l’image de figures tenaces comme Sihalebe qui a préféré la prison à la grâce du colon blanc ; Diamacoune qui a exigé de purger ses années complètes de prison, au lieu de se courber devant Abdou Diouf ; Sounkary Camara qui a défendu le Boudhie avec Dofa Bodian jusqu’ à la mort, sans compromission ; Alinsitoe Diatta qui a rejeté la domination économique arachidière, au profit de la riziculture et du refus de l’impôt colonial au point de se voir exiler à Tombouctou, etc.

Les figures qui sont dans le sillage du continuum historique sont justement Atoute Badiate, Salif Sadio, Nkrumah Sane, Ousmane Tamba. Les pressions de toutes sortes, les agressions les plus barbares, les machinations diplomatiques ne les ont pas fait plier d’un centimètre.

Alors, au vu de ce que le Fake news vise, le régionalisme de la soumission et de la mendicité versus le ressort idéologique et politiques de la résistance éternelle, les procédés médiatiques tuant César, et Salif Sadio (il y a quelques deux décennies), relèvent aussi de la guerre.

Autre objectif de ce Fake news, c’est que contrairement au discours nationaliste de Sonko ( voici que non seulement la réalité traduite dans la presse le ramène sur terre) ; il sert à animer un dialogue politisé comme dit plus haut, sur une supposée fibre régionaliste et ethnique amoindrie de manière à affaiblir le nationalisme de la rupture tel qu’incarné par le Mfdc et sa machine de guerre Attika.

Un vote ethnico-régionaliste ? Certainement ailleurs

Comment expliquez-vous que les principaux bassins électoraux ont reflété les affinités ethno religieuses, lors de ce scrutin ? Le déni n’aide pas le renforcement de la démocratie.

Je l’ai dit, c’est aisé de voir les enjeux psycho politiques et idéologiques de ce Fake news. Or, la vérité c’est ce que vient d’avouer Me Madicke Niang tout en s’engageant à le combattre. A savoir que ce vote qui a mis Macky Sall à la tête du Sénégal a été ethnique et religieux.

Ce n’est donc certainement pas du côté de Sonko qu’il faut rechercher cela. Aux contraires que les sénégalais étaient tellement en colère contre la condition d’une élite diola évoluant en leur sein, rationnellement cantonnée à jouer des rôles subalternes non régaliens, qu’on tuait sans raison (cela a commencé à heurter l’opinion suite à la mort de la militante de Sonko, puis l’intimidation de manière obscène de son cercle familial, la propagande autour de l’épouvantail salafiste, le vandalisation du siège de campagne de PASTEF).

Et on pourrait pourtant analyser le vote en Casamance en faveur de Sonko comme une défaite de tous ceux qui ont promis á notre peuple (BBY : Robert Sagna, Abdoulaye Balde, Mamadou lamine Keita, Benoit Sambou, Angélique Manga, Innocence Ntab, etc., bref tout un arsenal de politiciens dont des transhumants) tels des chèvres broutant n´importe quelle herbe aux des intérêts des populations.

Et voilà que pour rebondir et relancer la question de la Casamance tactiquement, on sort le Fake news et on l’entoure de discours imaginaires mais oh combien opérants.

Si la Casamance a voté massivement contre ces transhumants ou collaborateurs de la domination de nos peuples, c’est aussi, en partie pour dire que Macky a échoué à instaurer une paix issue d’un processus de négociations traitant la problématique de la Casamance à trois dimensions. Mais ce n’est nullement pas parce que Sonko rappellerai d’autres figures politiques de la Casamance.

La casamancité comme contenu identitaire transversale ?

On aime à comparer Emile Badiane avec le frère Ousmane Sonko, et pourtant Emile Badiane et ses compagnons précurseurs du MFDC avaient mis en place un mouvement politique qui précéda le Sénégal indépendant, en mars 1947.

Ce, non pas pour doter la Casamance de Lobbies en vue d´une meilleure intégration dans le Sénégal, mais de lui doter d’un appareil de revendication d´un statut politique, non pas vis-à-vis du Sénégal qui avait déjà voté pour le Oui de Gaulle, mais vis-à-vis de la France.

De plus, le MFDC était entré en alliance avec le BDS, dans le but non pas de constituer une nation sénégalaise, mais de poser un jalon devant conduire, à termes, à l’expression du droit de notre territoire à l’autodétermination.

Car, en vérité cette alliance ne visait pas tant l’indépendance du Sénégal, puisque c’est sur la base du Oui, opposé au non majoritaire en Casamance que, pourtant, Senghor a joué un sale tour aux élites casamançaises. Donc Emile et Ousmane sont comme deux lignes parallèles.

Au-delà de la promotion du régionalisme de la complainte et de victimisation, comme interprétation vers laquelle le Fake news oriente l’opinion, il faudrait aussi prendre en compte en s´en débarrassant, une certaine casamancité que le Mfdc partage paradoxalement avec les militants de Sonko qui acceptent ainsi l’idée d’un nouvel Emile Badiane. A quoi servirait cette casamancité transversale ?

Telle est la grande question que pourrait prendre en charge un vrai processus de résolution du conflit en Casamance.

Ainsi, le Sénégal et la Casamance gagneraient en questionnement, en remise en cause positive de leur vivre-ensemble dont les contours et contenus seraient rénovés dans le sens que les peuples voudraient.Dr.

Ahmed Apakena Dieme, CIU du MFDC, consultant sur les conflits au Sahel, directeur de SASCOM