Offre politique publique du PS-F (3): Prémices

Posted by on 09/11/2018 13 h 52 min
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L’actualité récente et actuelle nous renseigne et en même temps nous renvoie, sans ménagement aucun, à l’idée ci-après datant de 1851(1). Une idée cruellement vraie et juste, certes. Mais une idée éminemment et terriblement actuelle.

« Être GOUVERNÉ, c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n’ont ni le titre, ni la science, ni la vertu… Être GOUVERNÉ, c’est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C’est, sous prétexte d’utilité publique, et au nom de l’intérêt général, être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre résistance, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale ! Et dire qu’il y a parmi nous des démocrates qui prétendent que le gouvernement a du bon ; des socialistes qui soutiennent, au nom de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité, cette ignominie ; des prolétaires, qui posent leur candidature à la présidence de la république ! Hypocrisie !… »

Or, nous ne pouvons pas ne pas être gouvernés.

Or, il est possible de gouverner autrement, en vue du plus grand bonheur matériel et existentiel possible, pour le plus grand nombre possible de citoyens.

Introduction

Une République démocratique, ou une Démocratie républicaine, appelle une démocratie existentielle et institutionnelle, tout à la fois. Et par là même, elle convoque « simultanément le souci de la justice par le droit, et le souci du bonheur par la culture » (2). Tout cela devant participer bien évidemment d’une philosophie éthico-politique visant « le plus grand bonheur matériel et existentiel possible, pour le plus grand nombre possible de citoyens-sujets » (2).

Chez nous, au Sénégal, la démocratie versus institutionnelle apparaît comme une réalité, quoiqu’il faille certainement l’approfondir et l’améliorer. Tandis que sa consœur, la démocratie existentielle, reste à conquérir.

Autrement dit, si nous savons faire la démocratie, nous ne savons pas être démocrates, en tout cas pas encore.

En fait, l’une et l’autre, la démocratie existentielle et la démocratie institutionnelle, quand elles existent et font corps en République, autorisent à parler de « République démocratique » ou de « Démocratie républicaine ». Et c’est tout conscients de cela, et notamment de ce que la démocratie existentielle fait défaut au Sénégal, que nous nous proposons d’offrir à notre pays le présent projet de société.

Mais qui sont donc, au Sénégal, ces citoyens-sujets, dont nous recherchons pour le plus grand nombre possible d’entre eux, le plus grand bonheur matériel et existentiel possible ?

Disons-le d’emblée : ce sont les « ressortissants » respectifs des Régions naturelles qui forment naturellement le Sénégal, et qui sont à ce titre, et avant tout, des ressortissants des territoires que sont lesdites Régions naturelles. Aussi, ces citoyens-sujets veulent-ils, même s’ils ne le disent pas ou ne savent pas toujours le dire, s’y accomplir ; s’accomplir pleinement chez eux, dans leurs territoires ou terroirs respectifs, avant (et c’est là que nous les rejoignons pour les y encourager) de se projeter en tant que Sénégalais s’affirmant comme tels.

Ce sont donc ces derniers qui sont ici nos ‘‘cibles’’, et qui par conséquent nous intéressent. De la sorte, nous leur dédions notre offre politique, entendu que cette dernière n’est pas un programme de gouvernement, mais plutôt, tout à la fois, une vision éthico-politique et un projet de société qui peuvent constituer la base commune à tous programmes de gouvernement au Sénégal, qu’ils soient d’émanation communiste, socialiste, social-démocrate, social-écologiste, social-libérale ou libérale.

En cela, notre vision éthico-politique et notre projet de société transcendent toutes les obédiences politiques, y compris dans le temps.

Un ‘‘programme de gouvernement de large consensus éthico-politique’’ est donc possible, et même plus que jamais attendu, fondé, conjointement et indissolublement, sur notre vision éthico-politique et notre projet de société que voici et voilà.

Il ne s’agirait pas, à cet effet, loin s’en faut, d’une coalition politicienne et opportuniste de type BBY (Benno Bokk Yakaar), soumise à un parti prétendument dominant ou majoritaire – encore que, en l’espèce, dans l’intérêt du pays, il ne soit guère exclu que le président Macky Sall reconsidère et sa vision et sa pratique politique – mais d’un programme de gouvernement qui participe d’un véritable consensus éthico-politique.

Soit une espèce de porte ouvrant sur… le développement socio-économique de notre pays, en vue du plus grand bonheur matériel et existentiel possible, pour le plus grand nombre possible de nos concitoyens.

Mais, souvenons-nous, avec gravité, pour devoir en tirer conséquemment les enseignements qui s’imposent, que le mouvement populaire et citoyen ayant conduit au « 23 juin 2011 » a produit, un peu moins d’un an après, Macky Sall comme président de la République ; et qu’il a accouché pour ainsi dire d’un « post-maturé » dont on n’attendait quasiment plus la venue au monde, du fait précisément de la « légèreté politique » avec laquelle les acteurs politiques ont accompagné ledit mouvement. Une « légèreté politique » coupable.

En effet, tous les « prémonitoires » étaient au rendez-vous, qui annonçaient ou présageaient le « 23 juin », ou quelque chose comme ça. Or, celui-ci survint tel un rêve grisant, voire un cauchemar ; tandis que, pour leur part, les « monitoires », dont on pouvait se prévaloir in fine en toute légitimité, s’évanouirent avant terme, à tout jamais.

Depuis, le « 23 juin » est l’illustration même de ce que c’est que de passer à côté de ‘‘Quelque chose’’. C’est la rançon d’une révolution mort-née, ou inachevée.

Au demeurant, comment peut-on comprendre que, dans une République qui entend s’honorer avec ses enfants grâce notamment à leur honorabilité respective d’une part, et dans une Démocratie qui se respecte d’autre part, des candidats malheureux, à l’issue du premier tour d’une élection présidentielle, se découvrent comme par enchantement – le temps nécessairement éphémère de l’entre-deux-tours de ladite élection – la vocation de s’assujettir jusqu’à la limite de l’aliénation à l’un ou l’autre des deux champions qualifiés pour le second tour ?

On peut être sans honneur, s’il l’on sait – pour paraphraser un propos de Thomas More – que l’honneur n’est jamais rentable, sinon tout le monde serait honorable. Mais y ajouter le déshonneur, c’est-à-dire être sans honneur et en même temps mais guère sous un autre angle se déshonorer, est le substrat même de la négation ou de l’absence de la dignité.

C’est pourtant ce que nous avons connu avec BBY, pour devoir l’expérimenter avec amertume, voire le subir en termes de résultats contre-productifs pour notre pays. En l’espèce, l’on a gagné le déshonneur, avec en prime l’indignité.

Ainsi, donc, BBY a-t-il à la fois un prix, vil celui-là, et un coût exponentiel en termes notamment de distribution indue de l’argent du contribuable sénégalais.

Qui plus est, en 2012, BBY n’avait aucunement fait gagner Macky Sall ; c’était le président sortant Abdoulaye Wade qui avait fait perdre son camp. Ce qui nous fait dire en l’occurrence que même Abdoulaye Wade avait voté contre le président Abdoulaye Wade.

Il n’y avait donc que Macky Sall pour ne pas le comprendre, en ce temps-là, au point de s’enticher de BBY avec les pesanteurs politiciennes et autres conséquences parasitaires qui devaient logiquement et immanquablement s’ensuivre, aux dépens de l’intérêt national.

En fait, à cette occasion-là, Macky Sall n’avait été fort que de la faiblesse relative du président Abdoulaye Wade. Et il l’est encore de nos jours, notamment avec la faiblesse et conjoncturelle et structurelle de l’opposition, y compris en termes de vision éthico-politique.

A la lumière de ce qui précède, la loi électorale devrait interdire la formation de coalitions entre les deux tours de la Présidentielle, comme de toutes les autres élections. Car de telles coalitions ne seraient rien moins qu’un moyen détourné d’escroquer politiquement le Peuple. Qui plus est, un ralliement, dans cet entre-deux-tours, à l’un ou l’autre des candidats qualifiés, contre éventuellement un strapontin dans un futur gouvernement, ne saurait valoir un programme de gouvernement.

S’il est noble de concourir à la magistrature suprême d’un pays, il est forcément tout aussi noble d’être un opposant en Démocratie, a fortiori un « opposant historique ».

A propos, on peut regretter, pour notre pays, qu’un Moustapha Niasse ou un Ousmane Tanor Dieng, entre autres personnalités politiques de haute facture, n’aient cru devoir se découvrir une telle vocation.

Abdoulaye Wade comme « opposant historique » n’était-il pas déjà une « institution » éminemment honorable, qui plus est politiquement et démocratiquement productive au Sénégal ?

Au carrefour de l’éthique du pouvoir et de l’éthique de l’opposition, il y a notre propre éthique, incontestablement. Que vaut-elle ? Et que peut-elle ?

Oui, au centre de ce carrefour, il y a notre éthique personnelle, c’est-à-dire – pour faire court et simple – ce qui nous incite constamment à voir au-delà du court terme d’une part, et bien au-delà de l’urgence (qu’il ne faut pas confondre avec la priorité) d’autre part. Mais aviserions-nous d’actualiser à bon escient notre éthique personnelle, que, déjà, elle nous ferait « murir » et, ainsi, approcher de la « mort », sans crainte, mais tout conscients, sinon tout convaincus, non seulement d’avoir réalisé quelque chose pour la postérité, mais de participer de la sorte, déjà, de la postérité. Car qu’est-ce l’éthique personnelle sinon, donc, cette espèce de valeur innée, ou cet ensemble de valeurs innées, qui concourt à l’accomplissement de soi et qu’il convient de vivre autant que faire se peut pour voir au-delà et même bien au-delà de soi ?

C’est en cela que l’arbitraire que subissent de nos jours, de la part du pouvoir, Karim Wade, Khalifa Sall et Barthélémy Dias, entre autres, tous embastillés, puis, en ce qui concerne le premier, contraint à l’exil, (que cet arbitraire donc de la part du pouvoir) ne saurait être justifié par leurs manquements ou leurs erreurs voire leurs fautes d’hier. La tortuosité d’avant-hier de Abdoulaye Wade, puis la filouterie d’hier du président Abdoulaye Wade, ne sauraient, non plus, justifier, ni la rancœur, ni les actes de vengeance et autres vacheries politiciennes du président Macky Sall.

Ici, bien au contraire, le droit et le devoir indissolublement réunis à l’oubli, en tant que boussoles indispensables pour un bon exercice de leadership, trouveraient leur justification quintessentielle.

C’est en cela, aussi, que les leaders de l’opposition qui en sont épargnés, soit par le fait du prince, soit par le fait du hasard, gagneraient à arborer, en l’occurrence, coûte que coûte, l’étendard de la sincérité, de l’honnêteté intellectuelle et surtout du courage politique. Ils le doivent par principe à leurs camarades infortunés. C’est du moins ce que nous pensons.

Quoi qu’il en soit, et notamment dans la perspective d’un programme de gouvernement qui participe d’un véritable consensus éthico-politique, tel que nous le suggérions précédemment, commençons par aménager le territoire national du Sénégal. C’est-à-dire, commençons par faire de la géographie. Nous (re)découvrirons, alors, que le Sénégal géographique, ce sont, toutes réunies, et à dessein : les Régions naturelles du Fleuve, des Niayes, du Ferlo, du Sine-Saloum, du Sénégal Oriental et de la Casamance, toutes dotées d’une histoire propre, d’une culture propre, d’un territoire propre et d’une population propre. Et, fait majeur, chaque population (régionale) est territorialement groupée.

L’admettre comme tel, pour devoir s’y atteler, c’est déjà enclencher le nécessaire processus de « décolonisation » de nos Régions naturelles, qui n’est autre que le nécessaire processus de déjacobination du modèle (ultra) centralisateur de gouvernance dont nous avons hérité de la colonisation française.

Si donc aménager le territoire au Sénégal, c’est faire de la géographie, quoi de plus logique sinon de plus naturel que de prendre acte de cette réalité consubstantielle à notre pays et de la consacrer comme telle, juridiquement (constitutionnellement), techniquement et financièrement (notamment en termes de budget) ?

Mais aménager (le territoire), n’est-ce pas aussi faire de la politique, si l’on sait en outre que toute politique est libre par essence ?

Il est en tout cas une vérité de fait, c’est-à-dire incontestable, selon laquelle : les institutions du Sénégal, y compris celles dont nous avons hérité de la colonisation, sont le produit ou le fait de la liberté dans le passé. Et parce que les hommes dans le passé ont été libres de créer de telles institutions, nous devons être tout aussi libres et capables dans le présent de les réformer, les améliorer ou tout simplement les abandonner pour en instituer d’autres, en ayant cependant le regard braqué sur cette autre vérité, en vertu de laquelle : toute économie (a fortiori de développement) est toujours libre parce qu’elle procède nécessairement d’une politique, celle-ci étant elle-même nécessairement libre (ou elle n’est pas).

Alors, que faire pour vivre mieux au Sénégal ? Quel cadre, au Sénégal, pour un meilleur accomplissement, individuel et collectif ? C’est-à-dire finalement pour cesser d’être ou d’évoluer à côté de la plaque ?

à suivre…