Paix et Justice. « Crise de la coupe de bois illégale » en Casamance : Le proc a parlé, que pouvons nous faire au nom d’un peacebuilding dans la justice et la dignité des accusés ?

Posted by on 18/12/2018 0 h 14 min
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Le Représentant du Ministère public basé à Ziguinchor s’est prononcé sur la tuerie de Boffa…
Alléluia !

Car, il n’y a pas un seul Sénégalais qui ne voudrait pas connaître ce qui s’est réellement passé à Boffa. Les causes profondes qui ont mené à la mort atroce de coupeurs de bois dans la forêt classée de l’arrondissement de Nyassia.

Pour le procureur M. Alioune Abdoulaye Sylla qui a exploité le travail de la gendarmerie dirigé par le Lt-colonel M. Issa Diack,

« Il résulte de certaines déclarations que l’attaque du 6 janvier 2018 a été planifiée et exécutée par une personne, dont nous tairons le nom pour des raisons que vous comprendrez aisément, pour le compte de deux villages de la localité »

A propos de « raisons », intéressons-nous à celles derrière ce massacre, le Procureur y est revenu rapidement pour dévoiler une des causes de cette « crise de la coupe de bois illégale » qui est une autre source de conflictualité en Casamance qu’il ne faudrait surtout pas occulter aussi bien dans le procès comme dans le processus de consolidation de la paix. Il a parlé de justice et de personnes condamnées dont la libération aurait coïncidé avec l’exécution des coupeurs de bois …
Vengeance préjudiciable !!!????

Ainsi, pour revenir à la question justice, nous avons le devoir d’apaiser les peurs et les colères des populations concernées qui se sont alors constituées en comité inter villageois pour la défense de l’environnement. Nous devons être à leur côté dans de telles situations, d’abord en leur faisant comprendre :

– que les supposées « preuves tangibles et avérées » qui ont permis à la gendarmerie « d’attester de l’implication directe de personnes arrêtées et déférées au parquet », en aucun cas, ne peuvent être considérées comme jugement rendu mais qu’elles résultent de certaines déclarations de personnes interrogées pour le compte du pouvoir public;
– que cette enquête de la gendarmerie, permet justement et tout simplement de comprendre le sujet du procès que le pouvoir public veut intenter contre ces villageois et autres personnes qui sont soupçonnés (de vengeance);
– de même que, comme nul n’a le droit de se faire justice soi-même, « la défense est un droit absolu qui doit être assurée dans toutes les étapes et à tous les degrés de la procédure judiciaire » (constitution art.23).

Retenons surtout que, une vingtaine de concitoyens sont aujourd’hui en prison, leurs parents sont dans la peur pour leurs proches et la colère contre une sorte d’injustice est en train de grandir.

Et c’est souvent dans ces situations que nait l’envie de se rebeller, d’aller grandir les rangs des factions rebelles et ces décisions lourdes de conséquences témoignent d’un certain degré (faible) de compréhension des moyens de défense disponibles.

Raison pour laquelle, à notre avis, il faudrait donc que nos populations acceptent le jeu démocratique que renseigne le processus de consolidation de la paix tant voulu par le président Macky Sall. Mais, Elles ne le feront pas seules.

C’est-à-dire que nous devons leur faire comprendre que le procureur est détenteur d’une procuration de l’Etat. Et que dans cette situation qui a ému tout le Sénégal, il est appelé en sa qualité de mandataire de la République de rendre compte de la situation, et la manière dont il fait usage de son mandat durant cette « crise de la coupe de bois illégale » n’engage que lui.

Tandis que les personnes accusées, ont elles aussi droit à leurs versions et à leurs défenseurs.

Il reviendra après et uniquement après que la justice ait écouté toutes les différentes versions des accusés aussi, d’en tirer toutes les conclusions.

C’est cela que les casamançais doivent entendre pour ne pas tomber dans le piège de la pédagogie mercantiliste des titres de presse.

Filles et fils de la Casamance, cher/es concitoyen/nes…
Longtemps, les élites et singulièrement les élites casamançaises ont failli à jouer ce rôle de transmission des règles de la démocratie auprès des populations. Responsabilité qui nous incombe à nous tous, de Matam à Mamatoro, de Bandia à Bandial…

Prompts à accuser les branches armées du MFDC qui ont bon dos, nous ne nous sommes jamais demandé quel rôle nous pouvions jouer pour la paix en Casamance.
Aujourd’hui, nous voulons que justice soit rendue, mais peut-on rendre une justice sans défense des accusés qui sont innocents jusqu’à ce que le juge se prononce ?

Ils ont droit à une présomption d’innocence ce d’autant plus que, pendant très longtemps les hommes en tenue étaient mal vus en Casamance, font peur aux Casamançais ; raison pour laquelle nous ne cessons de demander le retour de la gendarmerie dans le Territoire.

Mais de quelle manière faire ce retour et lors d’une enquête surtout, dans quelle langue (Ajamaat-bayotte-bandial-baynunk-fogni-kassa…), la gendarmerie a obtenu les déclarations qui incriminent les personnes arrêtées  dans ces villages de la Casamance ?

Ne risque-t-elle (la gendarmerie) pas de maintenir une situation de rapport de force abusif en faveur des représentants de l’Etat qu’ils sont, ce qui instiguerait certaines déclarations pour ne pas dire la délation ?

Mais enfin, si nous voulons réellement que la justice soit rendue, sommes-nous prêts à aider ces villageois à se défendre en payant pour eux leurs avocats (tout en disant merci à ceux que l’Etat aurait commis d’office) ?

En tous les cas, pour nos populations qui veulent la paix, nous pouvons nous engager vers elles en leur faisant comprendre qu’elles peuvent trouver des avocats pour leur défense et que nous pourrions potentiellement les aider à honorer les frais occasionnés.

C’est une approche peacebuilding, consolidation de la paix si vous voulez, qui est de notre responsabilité à nous tous au nom de la paix dans la justice et la dignité des personnes accusées !

Akandijack, Pape cHb Bassène