Pourquoi la Casamance n’est pas indépendante. Une introspection prospective (extrait)

Posted by on 11/02/2018 3 h 30 min
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Quand un simple cumul de fonctions sème la confusion et la discorde puis bientôt la guerre… Juste un petit détour par le passé, pour un peu d’histoire : « II)- La Casamance et la Colonie du Sénégal : essai d’un éclairage historique
(Source encyclopédique : PETIT Maxime, 1900, « Les Colonies Françaises », tome 1, p.52-64; p.606-610.)

1)- La Colonie du Sénégal proprement dite

La Colonie du Sénégal proprement dite se composait de pays annexés, qui se subdivisaient eux-mêmes en territoires de communes constituées et de plein exercice et en territoires d’administration directe.

Les territoires de communes constituées et de plein exercice étaient les villes de Saint-Louis, Gorée, Dakar et Rufisque, constituées sur le modèle des communes de la métropole, depuis un décret du 10 août 1872.

Les territoires d’administration directe ne s’étaient pas constitués en communes et formaient, sous le nom de Cercles, les circonscriptions administratives suivantes : Bakel, Matam, Podor, Dagana, Louga, Cayor, Dakar-Thiès, Sine-Saloum et le district annexé de la Casamance.

Ces deux catégories de territoires (les pays annexés et les territoires d’administration directe) avaient un caractère commun, en ce sens que la juridiction du Conseil Général de l’AOF s’exerçait sur eux, tout comme le budget local s’appliquait à eux. Il faut également noter que le Conseil Général était composé de 20 membres : 10 pour Saint-Louis, 5 pour Gorée-Dakar et 5 pour Rufisque, tous élus au suffrage universel par des collèges électoraux constitués par les populations des pays annexés.

C’étaient, du reste, ces mêmes collèges électoraux qui élisaient un Député en tant représentant de la Colonie du Sénégal au Parlement français, alors que les autres Colonies de l’AOF devaient se contenter d’envoyer un Délégué Spécial au Conseil Supérieur des Colonies.

2)- La Colonie du Sénégal étendue aux pays de protectorat

La grande caractéristique des pays de protectorat dans leur organisation, c’est qu’ils étaient placés directement sous l’autorité et l’action administrative du Gouverneur Général de l’AOF. Ils échappaient, ainsi, entièrement, au Conseil Général (cette émanation des seuls pays annexés).

Or, le Gouverneur Général de l’AOF était en même temps Gouverneur de la Colonie du Sénégal proprement dite : une confusion qui faisait dire à certains, à dessein, que le Gouverneur Général administrait la Casamance, devenue pays de protectorat, en sa qualité de Gouverneur de la Colonie du Sénégal plutôt qu’en vertu de ses attributions comme Gouverneur Général de l’AOF.

Les pays de protectorat se composaient comme suit :

a)- Les territoires de protectorat politique : situés sur la rive droite du fleuve Sénégal, ils étaient peuplés de Maures Trarzas, Bracknas et Douaïchs. En fait, la Mauritanie.

b)- Les territoires de protectorat immédiat ou d’administration indigène : répartis en 13 Cercles, dont plusieurs comprenaient aussi des pays d’administration directe, ces pays de protectorat immédiat étaient : Bakel, Kaëdi, Matam, Podor, Dagana, Louga, Cayor, Dakar-Thiès, Sine-Saloum, Nioro, Niari-Ouli, Sédhiou, Carabane.

Il faut cependant noter que, dans le cadre de sa politique des désannexions, validée par le Conseil d’Etat suite à une protestation du Conseil Général, le Gouverneur Général de l’AOF avait désannexé le pays annexé de la Casamance (district de la Casamance), faisant alors de la Casamance toute entière un pays de protectorat immédiat et ramenant ainsi à 12 le nombre de pays de protectorat immédiat. Or qu’est-ce qu’un protectorat?

Dans son acception juridique, le protectorat est l’institution en vertu de laquelle un Etat en prend un autre sous sa protection, pour le défendre soit contre les agressions extérieures, soit contre les troubles intérieurs, soit contre les deux à la fois. Né d’un traité, le protectorat doit normalement s’éteindre avec l’acte qui l’a créé.

3)- La Colonie du Sénégal étendue aux territoires de l’ancien Soudan

Les territoires de l’ancien Soudan, rattachés à la Colonie du Sénégal par le décret du 17 octobre 1899, comprenaient les Cercles de : Kayes, Bafoulabé, Kita, Satadougou, Bamako, Ségou-Sikoro, Djenné, Nioro, Goumbou, Sokolo, Bougouni.
A ces territoires étaient par ailleurs rattachés trois grands territoires militaires formés comme suit :
– Le 1er, par les Cercles ou Résidences de Tombouctou, de Soumpi, de Goundam, de Dori et de Ouahigouya.
– Le 2ème, par ceux de San, de Ouagadougou, de Léo-Gourounsi, de Kouri, de Sikasso, de Bobo-Dioulasso et de Djébougou.
– Le 3ème, par les Régions situées entre le fleuve Niger et le lac Tchad et par le poste de Zender. »

(Extrait de notre pamphlet : »Pourquoi la Casamance n’est pas indépendante.Une introspection prospective »,éd.Clairafrique,2008,Dakar).

Source – Facebook
Jean-Marie François Biagui