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« Quoi ? » et « Qui ?» : à propos de l’investigation et de l’appropriation du processus de paix en Casamance

« Quoi ? » et « Qui ?» : à propos de l’investigation et de l’appropriation du processus de paix en Casamance

« Pour vous rassurer, nos « Quoi ? » et « Qui ?» ne donneront pas lieu à un paragraphe sur la doctrine phénoménologique qui nous amènerait à résoudre la question de la corrélation entre acte et corrélat visé. Le pari pris ici, est de vous intéresser à la manière dont se manifeste aujourd’hui la conscience de la Casamance à travers ses élites agissant pour la paix. »

« Et pour éviter d’ennuyer, « Investigation (quoi ?) et appropriation (qui ?)» s’arrêteront sur ce débat de la paix passablement accepté et qu’on ne voudrait confier qu’aux politiciens chevronnés alors que la Casamance actuelle a été refaçonnée autrement en politique.

Dans une région plongée dans une crise aussi vieille que la dernière génération de ses enfants, l’effet combiné d’une éducation intellectuelle et morale puisée dans les traditions locales (protégée par des politiques culturelles obligées de revalorisation de ces traditions) a favorisé l’éclosion de possesseurs d’un savoir objectif qu’ils veulent au service des acteurs politiques qui s’intéresseront à la Casamance.

Mais face à l’image négative que ces derniers (les politiciens chevronnés) charrient et devant les expériences passées qui démontrent que la vieille garde politique cherche à atteindre une finalité bien contraire à celle qu’elle vend à ses concitoyens, les premiers (possesseurs d’un savoir objectif) par leurs recherches effectuées auprès des populations concernées essaient de faire percevoir largement l’aboutissement de leurs efforts dans l’anonymat total.

La raison d’une telle situation, s’explique par le fait qu’il y a un conflit de génération et de culture. Nous voulons dire par là, qu’il y a conflit dans la compréhension de la manière dont une certaine élite témoin des débuts de la crise casamançaise avait choisi de vivre, de donner un sens à son existence et de la hiérarchie qu’elle avait établie avec les valeurs modernes et traditionnelles.

Cette élite-là, par instinct de survie impose une image de son passé, sachant qu’elle doit bientôt faire face à une jeune génération (politique ou pas) fière et imbue des valeurs casamançaises et qui trouve grave que dans un pays comme le Sénégal, les fils de la Casamance possesseurs de savoirs objectifs puissent tolérer encore une fois et silencieusement la comédie indigne de l’homme politicien sénégalais comme s’ils la prenaient au sérieux.

Ainsi donc, notre « Quoi ? » au sens stricte de l’approche d’exploitation de ressources exclusivement politiciennes dans le règlement de la crise Casamançaise et la question « Qui ? » relative finalement à l’appropriation des résultats de ce processus donnent lieu à un débat qu’on aurait voulu un peu plus riche en termes d’idées.

A propos, pour rendre à César ce qui appartient à César, c’est sur Scoop de Ziguinchor que nous avons retrouvé un texte intitulé, « On a beau être intelligent, il y aura toujours mieux outillé intellectuellement que soi » d’où nous tirons les « Qui et Quoi » du débat. L’auteur, Jean Marie François Biagui (JMF-Biagui) qualifie « Le Groupe de réflexion pour la paix en Casamance (GRPC) » de ‘‘groupe de je ne sais quoi composé de je ne sais qui’’.

Il invite ses lecteurs à méditer sur la question de l’investigation et de l’appropriation du processus de paix en Casamance. « Car, avance-t-il, de l’aveu même de son animateur, mais sans davantage de précision, il serait composé de deux entités, l’une s’activant en Casamance et l’autre à Dakar, dont des cadres du pays et pas des moindres, notamment d’anciens ministres et directeurs, bref de hautes personnalités ».

La délibération de JMF-Biagui pourrait être formulée en ces termes : faire le bilan du GRPC dans le processus de paix en Casamance, est en tant que tel inutile, parce qu’aucun observateur (lui en l’occurrence) ne pourrait leur reconnaître cela sans compromettre l’acte politique et historique posé par feu l’abbé Augustin Diamacoune Senghor en 2002.

« En effet, l’heureuse accalmie notée ces dernières années en Casamance est un effet conjugué de deux volontés politiques, celles de l’Etat et du MFDC, et à la base desquelles il y a un acte politique et historique, en l’occurrence l’appel du 28 janvier 2002 du secrétaire général du MFDC à l’intention des populations casamançaises. Pour l’essentiel, au travers de cet acte politique et historique, le secrétaire général du MFDC appelait à la tenue d’assises casamanço-casamançaises pour la paix définitive en Casamance. » Et encore, « Par la grâce de Dieu, et avec la volonté de toutes les Socio-cultures de la Casamance et la détermination du MFDC, ces assises ont pu se tenir du 1er septembre au 6 octobre 2002 à Ziguinchor pour être couronnées d’un succès inespéré. » JMF-Biagui, à tout seigneur tout honneur : « Aussi, le président du MFDC, l’abbé Augustin Diamacoune Senghor, et moi-même, alors secrétaire général du MFDC, avons-nous entrepris de transformer cet essai politique lors des assises du MFDC du 6 au 8 octobre 2003 à Ziguinchor. Ce fut un succès tout aussi retentissant, d’autant que les services compétents du ministère de l’Intérieur avaient enregistré à cette occasion-là la présence d’au moins quatre mille délégués, alors que nos propres services doublaient, bien volontiers, ce chiffre. »

Au-delà de ce qui pousserait à réduire les propos de JMF-Biagui en simples « attaques contre le GRPC et donc contre les hommes et les femmes qu´il regroupe », nous pouvons dire effectivement qu’ils « nous renseignent et confirment, si besoin en était encore, que notre mission sur le chemin de la paix, ne sera pas simple. » C’est pourtant là la conviction de Monsieur Yaya Mané qui signe, « Pour Le GRPC, Yaya MANE, Secrétaire Permanent ».

Mais Secrétaire Permanent de « Quoi ? » et de « Qui ? »

Il y a bel et bien une redoutable menace permanente de confusion qui affecte l’ambition manifestée par Robert Sagna en question de ne pas refaire les mêmes erreurs que par le passé. Alors donc, nous aurions bien aimé donner raison à Scoop de Ziguinchor d’avoir spécifié, nous semble-t-il, que « la structure dirigée par le ministre d’Etat Robert Sagna a usé de son droit de réponse ». Et dans ce cas, JMF-Biagui et bien d’autres Casamançais ignorent encore que le ‘groupe’ a désormais un statut juridique avec un ‘secrétaire permanent’.

Nonobstant tout le questionnement autour du signataire, contentons-nous d’alourdir le texte avec ce groupe nominal « Pour Le GRPC, Yaya MANE, Secrétaire Permanent » pour qui, semblerait-il, JMF-Biagui aurait violé la règle que le GRPC veut poser dans la réflexion pour la paix en Casamance. En conséquence, ceci lui vaut un droit de réponse qui n’est en réalité qu’un échafaud pour exécuter de manière expéditive l’ensemble de son opinion participative parce que très critique envers le GRPC. Dans ce cas, sommes-nous réellement dans la réflexion ?

Pour y répondre, il faut chercher à savoir pourquoi le politicien – et non moins historien (c’est en réalité la spécialité de monsieur Yaya Mané), si soucieux de rigueur et de clarté, « Au nom de l´intérêt supérieur de la Casamance qui veut et souhaite la paix », et pour qui « ces attaques ne peuvent et ne doivent en aucun cas, entamer notre détermination individuelle et collective à aller de l´avant, dans le respect de chacun et des opinions diverses » –, a pu méconnaître en un instant ce qui fait la force historique et culturelle de la Casamance.

En effet, comme nous le soulignions plus haut en parlant de conflit de générations, quel Casamançais digne de ce nom renierait la disponibilité de l’esprit de ses élites de toutes générations aux dépens de la contradiction obligée du politique, entre comme dirait l’autre, l’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité qui a fait du politicien casamançais un Casa-manqué aux yeux de l’illustre Abbé Diamacoune Senghor ?

Cette contradiction que nous évoquons garde un goût amer en Casamance où à une période donnée, une élite politique s’est emmurée dans un silence qui a toléré l’intolérable – et c’est grâce à des hommes comme Pierre Sané d’Amnesty International avec ses quatre rapports entre 1990 et 1998 sur les droits de l’homme en Casamance, qu’une génération a pu vaincre la peur et le traumatisme de « la terreur en Casamance ». C’est ce goût amer que nous retrouvons dans la réponse de Monsieur Mané habité de son instinct de survie politique.

Mais la politique n’est pas un don de Dieu, et tout politicien fils de la Casamance de cette génération qui s’éteint inéluctablement s’empresse d’avoir « son jour des expiations » en cherchant à défendre une cause pacifique afin de se racheter une certaine image sur les pages à écrire de l’histoire politique de la Casamance.

Dès lors, s’il est vrai que « La stratégie d´action voulue et animée par le Ministre d´Etat Robert SAGNA, fondée sur une démarche inclusive d´unité, d´ouverture et de rapprochement des visions et des positions, autant que faire se peut, y compris des positions les plus tranchées et les plus farfelues, est, et reste la bonne », alors les interrogations de JMF-Biagui, aussi indiscrètes soient-elles, mériteraient un peu plus de considérations.

De toute évidence, ce n’est pas ce qui ressort des différents paragraphes « Pour Le GRPC, Yaya MANE, Secrétaire Permanent » qui soutient d’ailleurs que, « Visiblement notre frère BIAGUI est très mal informé sur les missions, les réflexions et les activités du GRPC. Ou alors il est de mauvaise foi. Nous lui en donnons acte. » Ne faut-il d’ailleurs pas rassurer Monsieur Mané en lui disant que si tous les Casamançais se mettaient à écrire sur la démarche du GRPC, nous sommes certains que la grande majorité risquerait de tomber sous les schèmes de sa caricature.

Est-ce donc de leur faute quand transparait dans les propos mêmes de celui qui signe pour le GRPC une certaine forme d’étroitesse d’idée et de sectarisme fermé quand il décrète : « Qu’il fasse ce qu’il doit faire, et que le GRPC fasse ce qu’il doit faire pour l’intérêt de la Casamance, et évitons de nous taper dessus, ainsi tout le monde ne s’en portera que mieux. » Pharisaïsme quand tu nous tiens !

Car, « Pour Le GRPC, Yaya MANE, Secrétaire Permanent » ne s’interdit pas d’utiliser lui aussi et de manière contradictoire des expressions « aux contours blessants voire injurieux » en concluant : « Au-delà des excès qui caractérisent les attaques de BIAGUI aux contours blessants voire injurieux, ses élucubrations vont très certainement nous aider, sans aucun doute, à alimenter et enrichir nos réflexions, à mesurer l’ampleur du travail à faire, et surtout à ne pas nous laisser divertir. »

Il aura fort à faire, s’il s’engage dans une telle démarche, alors qu’il n’a encore rien vu!

Par conséquent, le GRPC se doit d’agir raisonnablement. Il n’aura la valeur d’un groupe de réflexion que quand il acceptera le fait qu’il est fait pour faire face et recevoir les récriminations, les discussions, voire les engueulades des Sénégalais en général et des fils de la Casamance en particulier. On le reconnaitra comme groupe de réflexion que si ses membres arrivent à se justifier comme tels, c’est-à-dire comme humbles acteurs du progrès vers la vérité et la paix en Casamance. Et qu’après réflexion, ils prendront une décision courageuse qui donnera la meilleure chance d’atteindre le but visé.

Quant à certaines sorties, si elles se veulent intellectuelles et non pas politiques, elles doivent éviter d’épouser les méthodes des Ayatollah de la pensée qui tenteraient d’arrêter et de comprimer toute vertu de dialogue et de débat sur le processus de paix. Ce n’est pas ce qu’on attend du GRPC qui doit innover en incitant ce débat ouvert.

En outre, le défi premier de Robert Sagna à travers le GRPC, c’est d’arriver à démontrer que c’est aujourd’hui un retraité de la politique sénégalaise animé d’une conviction pacifiste qui tente de mériter cette nouvelle confiance auprès des Casamançais. Par conséquent il ne doit ménager aucun effort pour que l’éthique propre à sa nouvelle activité à travers le GRPC soit conforme à sa finalité, en refoulant les sentiments qui le lient à l’objet, les jugements de valeur qui commandent son attitude à l’égard de la société [et quoi qu’il en ait sauvegardé de son passé de politicien, le détruire et changer aux yeux des populations casamançaises].

Pour faire court, il doit réussir à nous montrer comment la vue politico-naïve entretenue par le passé dans le règlement de la crise de l’Etat-nation sénégalais en Casamance est comprise et dépassée par une vue socio-historique réfléchie que lui et le GRPC auront produit. Et même après cela, il serait illusoire de croire que le débat sera clos. Leurs réflexions seront exploitées par les politiques, mais la quête scientifique doit suivre son court. Ainsi, politique et science, deux vocations divergentes certes, mais dont la dialectique constituera désormais la ligne directrice dans le processus de recherche et de consolidation de la paix définitive en Casamance.

« Oussoforal, »

Dr. Pape Chérif Bertrand Akandijack Bassène

Auteur de « l’Histoire authentique de la Casamance : Le pays Ajamaat, influences adventives, entraves des institutions traditionnelles et manifestation de l’Etat dans la Colonie française du Sénégal c. -1500 – c. 1947. La Brochure, Toulouse, 2011. »

ScoopdeZiguinchor – 2014-02-27

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