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Singhere veut éviter les sources de vols avec armes

Singhere veut éviter les sources de vols avec armes

L’Ambassade américaine à travers son aide pour le développement a fait un excellent travail de retour des personnes déplacées dans les villages frontaliers qui ont beaucoup souffert des conséquences du conflit armé en Casamance.

Le conflit ayant engendré d’autres sources de conflictualités, il s’est avéré que le vol de bétail a été enregistré comme une des formes d’attaques armées qui mettent en danger les populations de ces villageois. La zone, c’est une évidence, est propice aux vols armés des animaux par des filières organisées non identifiées ou supposément accusées d’être du MFDC et qui disparaissent facilement dans les pays voisins.

Le vol étant reconnu comme cause principale, à un moment où il est question de consolidation de la paix, les populations déplacées de retour craignent que la présence d’un cheptel au sein des villages ramènent les bandes armées pour perturber une situation encore fragile.

Nous partageons cet article lu sur kewoulo

C’est un climat de veillée d’armes qui sévit dans le village de Singhère depuis ce weekend. Interpellées par le préfet de Goudomp, qui voudrait leur imposer la présence d’un troupeau de boeufs qui risque de leur faire courir des dangers, les populations ont posé un ultimatum au représentant de l’Etat: ce sera elles ou le troupeau de Oumar qui vivra dans le village. Mais jamais les deux à la fois.

Situé à la lisière du Sénégal et de la Guinée Bissau, le village de Singhère Baïnounck est l’un de ces villages martyrs qui portent en eux les traces profondes du conflit casamançais. Et dans le coeur comme dans l’esprit de leurs habitants le souvenir amer de drames jusque-là pas encore cicatrisés. Drames qui ont conduit, en de nombreuses occasions, les populations à prendre le chemin de l’exode. Longtemps réfugiés errants dans leur propre pays, les habitants de Singhère -qui ont commencé tout récemment à rejoindre leur village- s’appretent, à nouveau, à prendre le chemin de l’exil.

Et, si c’étaient les exactions de groupes armés qui, dans un passé récent, les avaient poussé à fuir leur village après avoir vu tués de nombreux villageois, détruites leurs maisons et volé leur bétail, le responsable de cet exil en prépaption risque d’etre le représentant légal de l’etat dans le secteur.

Sénégal, brousse, jeune berger et son troupeau de vaches

Ce samedi, c’est le sous-prefet de Djibanar -en visite dans le village- qui a provoqué la colère des populations. A l’orignie du différend, se trouve un troupeau non désiré: un citoyen nommé Oumar qui avait l’habitude de garder ses boeufs à Goudomp a décidé, cette année, de ramener son cheptel à Singhère. Alors que tout le monde, ici, sait que les hommes armés organisent leur razzia en fonction de la présence ou non de cheptels dans des villages peu ou pas gardés par des militaires, cette volonté d’Oumar n’a pas plu aux villageois.

Et, puisque la présence militaire, dans la zone, est plus importante à Goudomp qu’à Singhère, les populations lui ont refusé son droit de transférer son troupeau à Singhère.

« C’est très simple, la première question que les rebelles posent, toujours, aux jeunes qu’ils capturent en brousse, c’est de savoir dans quel village ils pourront trouver des troupeaux. Et, ils organisent leurs braquages en fonction des effectifs militaires présents dans la zone. Puisque ce sont les troupeaux qui les attire, nous ne pouvons pas prendre le risque que celui de Oumar nous expose à nouveau à une descente commando des rebelles« , ont soutenu les populations qui voient mal les militaires, en cette période pluvieuse, venir à leur secours à la recherche de rebelles toujours en avance sur leurs poursuivants.

Face à ce refus légitime, Oumar s’en est ouvert à la gendarmerie qui a demandé l’intervention du préfet. Alors que c’est le préfet Demba Touré de Goudomp qui était attendu, ce samedi 18 aout, c’est Goudiaby, le sous-préfet de Djibanar, qui est envoyé au front. Pendant plusieurs minutes, il a fait un rappel à la loi. Et dit que « personne n’a le droit d’empêcher la présence du troupeau -en question- à Singhère. » Face à la loi, les populations ont opposé le principe de précaution. Dans des Etats de droit, lorsqu’on est pas à mesure maitriser les conséquences d’un acte légal, on s’abstient de provoquer son début d’exécution.

Et, comme un seul homme, le public a renouvellé son refus de voir vivre ce « troupeau de malheurs » dans son voisinage. Entouré de deux gendarmes, le sous préfet a écouté « la défense » des populations et promis de rendre compte à qui de droit. « Mais, notre message est trés clair. Si l’Etat veut nous imposer ce troupeau, alors nous lui laisserons Singhère débarrassé de tous ses habitants. Nous refusons, une fois de plus, de servir d’appâts aux rebelles« . Ont conclu les populations. Qui ont assuré que leur détermination ne souffre d’aucune ambiguïté.

Casamance: Le village de Singhère pose un ultimatum à l’Etat du Sénégal
Babacar Touré – août 20, 2018

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