Les dividendes politiques du pont et l’avenir de la navigabilité du fleuve Gambie

Posted by on 19/02/2019 10 h 45 min
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Evident que pour les deux Présidents Sénégambiens, Ses Excellences, MM Macky Sall et Adama Barrow, le nouveau pont fait partie de leur bilan. Mais le côté ressemblant des avantages s’arrête là !

Au Sénégal, le Président Macky Sall peut déjà s’attendre à ce qu’une bonne partie de l’élite casamançaise en particulier qui peut désormais faire la Casamance en un temps record, lui soit acquis politiquement parlant.

Nous parons là, de ceux qui peuvent désormais passer un week-end en famille en Casamance en voiture (si elle ne se fait pas emmerder par les nombreux check points ). Ce qui nous permet d’ailleurs d’avouer que de nos jours, la longue durée du voyage en Casamance dépend de plusieurs facteurs dont bien évidemment le principal et le plus facile à relever quand il s’agit d’indexer l’autre: LA GAMBIE

Mais les bénéfices politiques qu’en tirerait le Président Macky Sall ne sont certainement pas les mêmes pour le Président Barrow qui doit d’abord attendre de voir si le pont ne réduit pas l’historique navigabilité du fleuve Gambie en simple anachronisme politique là où l’on pouvait s’attendre à une vision futuriste.

Les Sénégalais l’ignorent peut-être, mais le fleuve Gambie est le plus navigable dans nos contrées ouest africaines avec ses 1130 kms dont la moitié est praticable pour une République gambienne qui en fait juste le 1/3, soit 300 kms environ. (Voir citation)

The Gambia, le fleuve qui donne son nom au pays, constitue le seul axe qui puisse permettre à la Gambie de se doter d’infrastructures maritimes et un réseau de communications internes surtout.

Or, avec le pont de FarafenniBaba Tenda-Yelli Tenda pour les habitués (à une centaine de Kms de l’embouchure), la Gambie dont les principales régions sont façonnées par rapport au dit fleuve et non à l’océan, avec 4 points de traverse, devient de plus en plus un petit pays, pour ne pas dire un pays divisé en deux par la politique sénégalaise de continuité territoriale.

Ironique non ! ?
En cherchant à désenclaver la Casamance, le pont enclave une partie de la Gambie.
Car, ledit pont s’il n’est pas fait de manière à permettre le passage de bateaux même à l’avenir, ne donne aucune perspective de développement en termes de navigabilité et de construction d’infrastructures portuaires secondaires sur la Gambie.

Modernité quand tu nous tiens !!!

Rappelons que, le plus grand prétexte de Jammeh pour repousser la construction dudit pont était lié à son rêve fou d’un port intérieur rendant le fleuve navigable jusqu’aux limites de la République gambienne. 

AJJ Jammeh voulait positionner la Gambie en termes d’accès aux autres régions du Sénégal et des pays voisins comme la Guinée Conakry et le Mali. Mais, l’homme n’avait pas les moyens de ses rêves politiques et le Sénégal n’est pas si fou pour donner à la Gambie les moyens de le concurrencer !

Faire de la Gambie un Hub maritime (!?), Barrow ne baigne certainement pas dans ce nationalisme jammehesque quand on sait que c’est le Sénégal qui lui a tout donné et surtout qu’il veut un autre mandat.

Tel est son défi, l’équation de son existence en tant que chef d’un Etat souverain que quelques nationalistes populistes n’hésiteront pas à poser pour tester la faiblesse d’un homme qui s’est rendu au Sénégal ?

En tous les cas, opposants populistes ou pas, les Gambiens veulent savoir si le pont est mobile et attendent que les tests se fassent. On pourrait même dire qu’ils seraient tombés dans les promesses de Jammeh sans le savoir et ils auraient quelque part raison. Jammeh avait parfois de bonnes idées nationalistes, mais il était devenu trop autoritaire pour la Gambie.

Autres éléments de doute, c’est que les Gambiens sont au courant que sous Jammeh les entreprises respectaient leurs cahiers de charges. Or, l’entreprise en charge du projet de pont n’avait pas fini un autre chantier sur la RN6 financée par les Américains en Casamance…

Les « Jinnehs » de la Casamance seraient passés par là en engloutissant les bases du pont de Niaguis et les finances avec – car l’entreprise elle, elle a un savoir faire incontestable (il faut le préciser) !

Le problème est ailleurs ….
Le Sénégal n’hésitera certainement pas à réaccuser les « Jinnehs » et autres crocodiles (Baba/Yelli Tenda) d’avoir engourdi le mécanisme d’un pont mobile sur le fleuve Gambie. Car, il suffirait d’une petite marée haute ou d’une petite saison des pluies pour remplir le fleuve Gambie et ainsi empêcher même à un petit chaland de passer sous !

Posons la question à poser….
Quel serait donc l’avenir de la Gambie où plutôt des autres régions de la Gambie qui devraient dire à dieu à de potentielles infrastructures portuaires parce qu’aucun bateau ne pourrait passer en dessous de ce pont de la Trans-gambienne… ?

Que dis-je, il ne s’agit plus de « Trans-Gambian Bridge » (Transgambien) mais du pont Sénégambien.

Autres griefs de nos voisins Gambiens qui viennent confirmer cette autre idée que Barrow aurait « retiré leur fierté nationale pour faire plaisir à Macky Sall et au peuple sénégalais ». Ils doivent en plus dire « bye bye » à un « Trans-Gambia Bridge », ce nom qui colle au régime Jammeh qui avait enfoui la première pierre dudit pont au nom de cette (petite) route qui traverse la Gambie: « Trans Gambia Highway » (encore du Jammeh).

Pour les Gambiens, cette « autoroute » et ce pont se situent en Gambie d’où cette notion de « Trans gambienne », et témoigne une certaine appropriation. Outil moderne d’intégration et de développement sous régional dans le cadre plus général de la CEDEAO certes, mais c’est une route et un pont qui relie la Gambie elle-même avant de relier le Sénégal et le sud. 

Paradoxalement, ce sont là des infrastructures plus utiles à la mobilité interne à la Gambie, à la continuité territoriale gambienne que sénégalaise. Mais la Gambie n’a jamais eu les moyens de sa politique et conséquemment, quand elle dépend beaucoup de ses voisins pour résoudre ses problèmes, elle court le risque de voir les solutions apportées engendrer de nouveaux problèmes. 

La Gambie rêvait d’un pont qui devait résoudre la question de la traversée tout en tenant compte de la navigabilité historique du fleuve Gambie. Le « pont sénégambien » est là, mais la navigabilité du fleuve lui survivra-t-il ?

Certain !, Barrow devra convaincre sur ce plan ses concitoyens souvent soucieux de rappeler que la Gambie est souveraine.

Quant au Président Macky Sall, après cette prouesse, il a d’autres chats à fouetter désormais…

A RETENIR

The Gambia, c’est d’abord et avant tout un fleuve qui prend sa source en Guinée et s’étend sur environ 1130 Kms jusqu’à la mer et autour duquel, les puissances coloniales ont imaginé au bout du canon (selon le mythe) l’intervalle de bande de terre qui devait de chaque côté du fleuve constitué le pays.

En largeur, 25 kms ont été acquis du côté du Sine-Saloum et le double, 50 kms, du côté du Fogni dans la Casamance Naturelle avec 80 kms de littoral. Tandis qu’en longueur, le colonisateur a arbitrairement imaginé 300 kms hasardeusement délimités des deux côtés du fleuve.

Le fleuve Gambie est navigable dans la majeure partie de sa longueur et donne accès aux régions intérieures du Sénégal et de la Guinée Conakry. Les navires océaniques peuvent atteindre Georgetown, à environ 280 km en amont, et en termes de développement toutes les régions de la Gambie peuvent avoir des accès maritimes avec la construction de ports intérieurs.

A, à peine 100 Kms de l’embouchure du fleuve Gambie, se trouve le lieu de passage le plus fréquenté pour se rendre au sud comme au nord du Sénégal, et c’est là où un nouveau pont a été construit et inauguré ce 21 janvier 2019.

Pont qui risque, si l’on n’y fait pas attention, de mettre fin à l’historique navigabilité du fleuve Gambie désormais divisé en deux ?