Posted by on octobre 27, 2020 7:11
Tags:
Categories: Hinterland 2 - Oped w/Casav

Les « terres de la guerre » : une bombe à retardement en Casamance

Mon grand frère, Dr Simon Tendeng, ne m’avait-il pas prévenu ? « Figure-toi que ton combat pour le retour de la paix ne s’arrêtera pas avec la fin de la guerre ; il s’arrêtera quand et seulement quand tu auras désamorcé la « bombe des terres spoliées », me disait-il, il y a de cela une quinzaine d’années. Manifestement nous y sommes, ou presque.

Je débarquai alors à Ziguinchor, en provenance de Lyon, en France, ragaillardi à l’idée que la « paix définitive en Casamance » était tout proche.

C’est qu’elle paraissait vraiment proche, la « paix définitive en Casamance ». Il fallait donc me préparer à l’après-guerre immédiat ; ce à quoi Dr Simon Tendeng avait cru devoir s’évertuer de la sorte.

Or, le 17 juin 2020, sur les ondes de la radio Sud FM, comme en écho ou plutôt contre écho à l’alors avertissement de Dr Simon Tendeng, le patron du GRPC (Groupe de réflexion pour la paix en Casamance), Robert Sagna, déclarera :

« On a constaté qu’il y a des réticences du MFDC dans certaines zones. Le MFDC qui ne voulait pas cautionner le retour de ces populations déplacées dans leurs villages. Avec la proximité de leur cantonnement, le MFDC craignait l’arrivée des militaires dans leurs zones ; c’est ce que nous avons reçu comme explication. » (sic)

En fait d’explication, il s’agit en réalité d’une tentative de diversion, tendant à noyer son poisson en eau trouble.

Car, en effet, le MFDC n’a jamais spolié aucune parcelle de terre dans aucun village ou quartier en Casamance, abandonnés par les populations déplacées du fait de la guerre qui y prévaut depuis décembre 1982.

Pour cette raison, et pour cette seule raison, le MFDC ne s’aurait éprouver aucun intérêt d’aucune sorte à priver les populations concernées, une fois rentrées dans leurs villages et dans leurs quartiers respectifs, de la pleine jouissance de leurs propres terres ; des terres qui leur sont justement propres, et qui leur sont acquises, naturellement et légitimement, depuis la nuit des temps casamançais.

Faut-il rappeler, tout à propos, que la lutte que mène le MFDC participe précisément du combat pour la préservation et la sauvegarde de la Terre casamançaise en tant que telle et, plus trivialement, pour sauver ce qui peut encore l’être des terres casamançaises ?

Or, des terres, beaucoup de terres, de Bissine à Cabrousse, surtout à Cabrousse ; c’est-à-dire du sud-est au sud-ouest de la Casamance, et du nord-est au nord-ouest de la Casamance ; or donc beaucoup de terres dans ces zones ont été spoliées depuis le déclenchement en décembre 1982 du conflit en Casamance par des « voyous terriens ».

Où l’on voit bien qui du MFDC ou de ces derniers auraient tout intérêt à ce que la guerre en Casamance reste en l’état, sinon qu’elle dégénère en un foutoir autrement plus confus et plus obscur. Au seul bénéfice des « voyous terriens » !

Pour rappel, et par devoir de vérité :

Le 13 mai 2020, dans le secteur de Bissine/Bilasse – Diagnon, au sud-est de la Casamance, le MFDC a été tiré de son long sommeil, sans ménagement aucun, par l’Armée, pour des raisons occultes. Ce que nous regrettons, et condamnons avec la plus grande fermeté.

Il s’en est alors suivi des combats très rudes, qui se sont poursuivis sans répit toute la journée du 14 mai, le lendemain ; puis par intermittence, notamment les 20 et 29 mai, et du 15 juin à ce jour (20 juin), sans interruption.

Au vu de la violence des combats des deux premiers jours (les 13 et 14 mai), et pour stopper l’avancée de l’Armée, le MFDC a dû faire usage de mines anti-char.

Il s’agit donc là d’un acte ponctuel, circonstanciel, et isolé dans et par la nature même de l’incident. Ni plus, ni moins.

Alors, dire qu’il y aurait à nouveau une dissémination de mines en Casamance, qui plus est en tant le fait de bandes armées, n’est que pur mensonge éhonté, en plus d’être une vaine tentative diabolique de semer à nouveau la peur et l’insécurité en Casamance.

Dakar, le 20 juin 2020.

Jean-Marie François BIAGUI
Président du Parti Social-Fédéraliste (PSF)
Ancien Secrétaire Général du MFDC

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code