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Un « miracle » est toujours possible, mais l’espérer comme un épilogue du ‘‘procès Khalifa Sall & Cie’’ est humain

Un « miracle » est toujours possible, mais l’espérer comme un épilogue du ‘‘procès Khalifa Sall & Cie’’ est humain

Ce que nous appelons communément ‘la justice’ a la particularité d’être à la fois un métier et un privilège, qu’elle tient de son statut de 3ème pouvoir en démocratie. Il n’empêche qu’elle a la réputation, au Sénégal, d’être corrompue.

Je ne sache pas qu’il y ait jamais eu chez nous – à moins que, en l’espèce, je n’aie loupé un épisode – un magistrat, un seul, qui ait jamais porté plainte pour quelque tentative de corruption dont il aurait fait l’objet.

Et pourtant, la majorité des Sénégalais est formelle sur la question. Pour eux, en effet, la justice, au Sénégal, est corrompue.

En substance, les Sénégalais pensent que la justice, au Sénégal, est peureuse, poltronne : elle manque de courage. Et en clair, ils affirment qu’elle est poreuse et corrompue.

C’est qu’on ne peut être juste, si on manque de courage. Qui plus est, redouter ce que l’on risque en étant juste, c’est-à-dire en faisant preuve de justice, et donc de courage, c’est, déjà, être corrompu.

Il ne suffit donc pas de succomber à des espèces sonnantes et trébuchantes ou aux effluves d’une promesse de promotion socio-professionnelle pour être corrompu ou considéré comme tel.

En fait, c’est une lapalissade, la justice est toujours à faire et à prouver, précisément parce que le courage est toujours à faire et à prouver. On n’est jamais juste, ni courageux, pour de bon.

Etre juste, et par conséquent courageux, est ainsi possible, si et seulement si on est-en-automouvement, en toutes circonstances, mais guère-mu. Mais on n’est jamais courageux que seul. Comme on meurt seul. Ça n’est d’ailleurs pas par innocence, ni par hasard, que, face à la mort manifestement imminente d’un proche, l’on est toujours prompt à convoquer pour lui le courage. Et rien d’autre. Car là où il y a courage, il n’y a pas équivoque, il n’y a pas tricherie, il n’y a pas injustice. Là où il y a courage, là est justice.

En l’occurrence, un magistrat, pour être juste, se doit d’être courageux seul. C’est-à-dire individuellement avec lui-même, mais guère collectivement avec ses pairs. Et c’est bien le courage cumulé des magistrats, et plus globalement des acteurs judiciaires, qui fait le courage de la justice, et lui confère par là-même ses lettres de noblesse.

Aussi, à la lumière de ce qui précède, et au vu des multiples hésitations ainsi que de la foultitude de va-et-vient et autres yo-yo dans le ‘‘procès Khalifa Sall & Cie’’, ne sommes-nous pas fondés à considérer que les principaux acteurs, et au premier chef les magistrats concernés, ont constamment manqué de courage ? Et qu’ainsi, constamment, ils ont manqué de faire preuve de justice ?

J’ai dit qu’il suffit de redouter ce que l’on risque en étant juste, pour être corrompu ou considéré comme tel. J’ai dit ‘‘redouter…’’ Je n’ai donc pas dit ‘‘éprouver la peur ou les difficultés ou encore les contingences’’ liées – naturellement devrais-je dire ! – à la dynamique même de la justice.

Car, justement, c’est en éprouvant ces dernières qu’en l’occurrence l’on est courageux. Et si cela se produisait de la sorte, chez nous, au Sénégal, aussi bien en amont qu’en aval des tribunaux, et dans les tribunaux mêmes ; et si, de surcroît, cela se capitalisait d’année en année, nul doute que les Sénégalais le verraient. C’est-à-dire que, nécessairement, ils verraient dans la justice sénégalaise, une justice juste, parce que courageuse.

Le 30 août 2018, le ‘‘procès Khalifa Sall & Cie’’ connaîtra son épilogue en appel. Mais il faudra certainement un miracle – en tant que ‘suppléant radical nécessaire’ de l’épuisement objectif de ses ressources propres – pour en obtenir l’acquittement tant attendu du député-maire de Dakar et de ses codétenus.

Plaise à Dieu qu’il en soit ainsi !

Dakar, le 12 août 2018.

Jean-Marie François BIAGUI – Président du Parti Social-Fédéraliste (PSF)

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