​ Par Amadou SYLLA

​Dans le dernier message à la Nation du Président Bassirou Diomaye Faye, un mot brillait par son absence : la Casamance. Ce silence n’est ni un oubli, ni une omission technique. C’est un acte politique délibéré, une stratégie de l’ellipse qui interroge sur la direction que prend le nouveau régime face au plus vieux conflit d’Afrique de l’Ouest.

Un silence qui dépolitise
​Le Président a évoqué la sécurité, salué les forces armées et insisté sur la stabilité du territoire. Mais en ne nommant ni la région, ni le conflit, ni le processus de paix, il opère un glissement sémantique majeur. On ne parle plus de « question politique » ou « d’identité », mais de « gestion de l’ordre ».
​Désormais, la Casamance semble traitée comme un simple défi sécuritaire. C’est la transition d’une crise historique vers une normalisation administrative : stabiliser par le contrôle plutôt que par le dialogue.

La stratégie de la “Paix de fait”
​L’objectif implicite est clair : obtenir une paix par l’usure et l’occupation du terrain. En renforçant les capacités militaires et en évitant toute médiatisation, le pouvoir cherche une « paix de fait » sans avoir à ouvrir le dossier complexe des négociations politiques ou de la mémoire.
​C’est une stratégie classique de l’État central : pacifier les zones d’instabilité par le développement technique et la présence régalienne, tout en refusant de légitimer des interlocuteurs rebelles en les nommant publiquement.

Les risques de l’oubli
​Pourtant, le silence ne vaut pas résolution. Une paix exclusivement militaire est, par définition, fragile. Ignorer les réalités profondes de la Casamance — l’enclavement persistant, les traumatismes des populations civiles, le besoin de justice et de reconnaissance — c’est laisser la crise à l’état latent.
​Peut-on construire une unité nationale solide en ignorant les cicatrices du Sud ? Le risque est de voir un décalage s’installer entre la parole officielle, lissée et sécuritaire, et la réalité vécue par des populations qui attendent d’être entendues, et non simplement “surveillées”.

Pour une parole de courage
​Une parole politique forte ne consiste pas seulement à célébrer les succès, mais à affronter les zones d’ombre. Un discours courageux aurait pu :
​Reconnaître la souffrance des victimes.
​Affirmer une volonté de dialogue inclusive.
​Proposer une vision de développement qui dépasse la simple sécurisation.

Conclusion : La Nation face à ses tabous
​Le pouvoir actuel semble privilégier la stabilité au détriment de la vérité politique. En choisissant la gestion plutôt que la résolution frontale, il garde la maîtrise du calendrier, mais il manque une occasion de sceller définitivement l’unité du pays.

​La Casamance est absente du discours, mais elle est au cœur de ce qu’il révèle de notre République : une Nation ne se construit pas seulement sur ce qu’elle dit, mais sur ce qu’elle ose enfin regarder en face. L’unité nationale ne pourra faire l’économie d’une parole franche sur la Casamance.

Amadou SYLLA
Militant Associatif
Delegué General de l’association SOS Casamance

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