Au-delà des dossiers judiciaires qui ont en commun la colonialité, le sort de la prêtresse Dyissek Alandisso Bassène qui fut comdamnée à perpétuité et la condamnation à perpétuité de René Capain Bassène semblent dessiner les contours d’une même stratégie de neutralisation des voix d’influence en Casamance. En criminalisant ces figures de proue, la grand-mère et le petit fils, le système semble moins chercher à punir des crimes qu’il ne peut prouver qu’à décapiter les référents moraux et informationnels capables de mobiliser ou d’éclairer la conscience casamançaise, rappelant ainsi la colonialité d’un Sénégal qui perpétue les heures sombres de la répression coloniale contre les leaders d’opinion indigènes jadis, Casamançais aujourd’hui. Pour la liberté de René Capain Bassène !
Akandijack Akintodijack Bassène

(Archive)
A Monsieur l’Administrateur supérieur de la Casamance – Ziguinchor

J’ai l’honneur de vous transmettre une demande de remise de peine par la nommée Dyissek Alandisso (Bassène), détenue à la prison civile de Ziguinchor.

Cette détenue a été condamnée le 15.02.1919 par le tribunal militaire de Kamobeul à la prison perpétuelle pour séquestration et blessures ayant entrainé la mort. Il a été impossible de retrouver le registre du tribunal militaire de Kamobeul correspondant à l’année 1919.

Il a été soit détruit par les termites, soit perdu pendant le transfert des archives de Kamobeul à Ziguinchor.  Dans le registre d’écrou, on relève une anomalie, l’âge donné en 1919 à cette condamnée est 40 ans.

A l’heure actuelle après 14 ans d’emprisonnement, il est difficile de lui donner plus de 35 ans. Son frère aîné habitant Bandial (Sighédjibo) n’a pas plus de 40 ans. Des raisons surtout politique semblent avoir motivé un jugement aussi sévère à l’égard d’une jeune femme.

Dyissek Alandisso était la féticheuse la plus réputée de toute la région de Kamobeul, son influence était très grande sur toute la poppualtion diola, alors peu tranquilelle, des des cantons de Brin-Séléki, des Essygnes et des Bayottes. D’après l’eenquête faite au sujet de cette affaire et d’aprè !s les témoiganges de vieux dioal, les faits auraient été les suivantes :

Ens septembre 1918, une épidémie de grippe sévit chez les Diolas de Séléki – (beaucoup de morts) et de tous les villages les malades viennent demander guérison au « Békin » (fétiche) d’Étama dont Alandisso est la prêtresse. Des sacrifices d’animaux sont ordonnés. Il arrive qu’un jeune homme nommé Simabia refuse d’envoyer son porc en offrande au fétiche. Les partisans zélés du « Békin » s’en emparent de lui et le maltraitent durement. Il est trainé devant le « Békin » pour qu’il demande pardon de sa faute. Il meurt quelques heures après.

D’épidémie signalée par les rapports du Commandant de cercle de Kamobleul, jette le trouble de l’inquiétude chez les diolas qui croient à la vengeance de fétiches délaissées à la suite de l’installation à Séléki d’un catéchise catholique ; aussi lorsque un jeune Diola refuse l’offrande due au fétiche, les diolas inquiets sont tout prêts à se livrer à des violences. Lors que les fétiches osnt en col !ère, ce n’est point le moment de les offenser. Ces raisons psychologiques me semblent être les causes principales des mauvais traitements dont Simabia est mort.

Pendant quatre mois, le Comandant de Cercle de Komobeul reste dans l’ignorance de ces faits. Ce n’est qu’en février 1919 qu’n rapport du Cdt de Cercle daté du 17 février signale ces faits, Alandisso et onze habitants de Séléki sont arrêtés et condamnées à des peines diverses (de la prions perpétuelle à 5 ans de prions. Alandisso est condamnée à perpétuité comme tant l’instigatrice du meurtre de Simabia, ce dont elle s’est toujours défendue énergiquement depuis qu’elle est en prions.

Les autres condamnées sont soit morts, soit libérés. Le Capitaine Balési Cdt de Cercle de Kamobeul dans un rapport du 31 mars 1919, signale que le jugement a eu dans le pays Diola, un grand retentissement ; il signale en outre qu’une députation de tou s les villages est venue offrir un somme de 10.000 francs pour la libération d’Alandisso.

Ce rapport montre bien que le sévère jugement prononcé était motivé par des raisons politiques. Il était à ce moment-là nécessaire d’écarter de Séléki, une féticheuse ayant tant d’influence sur les Diolas.

A l’heure actuelle, ces raisons politiques ont perdu de leur force. Une mesure de grâce serait accueillie avec faveur par les Diolas. D’ailleurs, Alandisso qui a toujours prouvé en prison d’un excellent esprit à l’égard de l’administration n’a pas d’intention de revenir dans le canton de Séléki. Elle parle maintenant un peu français ; à un fils qui fréquente l’école française et son but serait de se fixer à Ziguinchor.

Elle a déjà rendu des services à l’administration lors de l’affaire des nécrophages en 1927 et maintenant, elle peut servir d’indicatrice par sa connaissance des féticheuses diola.

Sur une mesure de bienveillance intervient en sa faveur il est certains qu’Alandisso emploiera l’influence qui lui reste pour les Diolas, à favoriser les buts de l’administration française.

J’émets en conséquence un avis très favorable à la remise de peine de cette détenue.

Ziguinchor le 19 septembre 1933. ANS. 11D1.305, « Casamance justice indigène… »

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *