Point de presse du gouvernement à la Primature du Sénégal du 10 février 2026
Après exploitaiton de l’archive vidéo nous retenons cette problématique: Franchises universitaires, campus social et confusion d’État
Sur la violence d’Etat lire…
Dans un communiqué du 23 janvier 2026 sur le compte Twitter du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (@mesrisenegal) relatif au “contrôle au sein des résidences du Coud”, on y apprenait la « vive préoccupation » du professeur Daouda Ngom face à la circulation d’objets dangereux « dans un espace universitaire qui doit rester un lieu de savoir, de tranquillité et de sécurité ».
Dans ce communiqué, le ministère parle du COUD comme d’un espace universitaire. Le ministre rappelait ensuite “l’interdiction des armes dans tous les établissements d’enseignement supérieur et promettait des mesures préventives en collaboration avec les autorités académiques et les forces de sécurité”.
À aucun moment, il n’est possible de distinguer dans la communication du ministère que le campus académique, régi par la loi 94-79 est différent du campus social.
À aucun moment, il n’était permis de reconnaître que les œuvres universitaires ne relèvent pas des franchises universitaires.
Quelques jours plus tard, le 6 février 2026, le même @mesrisenegal relayait cette fois un communiqué de l’intersyndicale du COUD dénonçant les « tensions » liées à ce que nous appelons les pratiques culturelles estudiantines, le fameux #nghéntéToubab (journées sans tickets restaurant).
Là aussi, une confusion s’installe en autorisant l’intersyndicale à faire sa communication sur le compte Twitter du ministère: le campus social apparaissait comme une extension naturelle de l’université. Le ministère donnait une certaine visibilité institutionnelle au personnel du COUD, comme s’il participait à la gouvernance universitaire?
Et pour cause, le directeur du COUD siège bel et bien au conseil d’administration de l’université. Cette présence traduit une intégration fonctionnelle, même si le COUD reste juridiquement (art.2) un établissement public distinct.
Mais qu’est-ce qui se tramait quand Mesri et syndicat communiquent négativement sur les étudiants ?
Jusqu’au drame…
Une intervention policière sur le campus social le 09 février 2026, sans demande du recteur et de son conseil d’administration, qui n’ont donc rien à voir avec le COUD, coûta la vie à un étudiant.
Et soudain, le ministre change de discours : il accuse les journalistes de se tromper et affirme que l’État n’a jamais violé les franchises, car celles-ci ne couvrent que l’espace académique et non les œuvres sociales.
Ce raisonnement est toutefois juridiquement fragile. L’article 2 de la loi sus-citée définit en effet l’espace universitaire comme comprenant les facultés, les UER et les instituts. Les œuvres universitaires n’y figurent pas.
Cependant, l’article 6 prévoit que l’autonomie de police administrative s’exerce également lorsque « la sécurité des biens mis à la disposition de l’université » est menacée.
Or, le COUD pour rappel, dont le directeur siège au conseil d’administration, peut être considéré comme un bien mis à la disposition de l’université.
Cette articulation que vit la majorité des acteurs au sein de l’université, crée une zone grise que le ministre lui-même a entretenue pendant des semaines avant de s’en servir pour se dédouaner juridiquement.
La vérité est simple : géographiquement, c’est parfois difficile de séparer université et oeuvres sociales, et historiquement, – policiers et étudiants avaient les murs du campus social comme frontières, car les bavures se produisent quand ces limites sont franchies -, l’État ne fait jamais la distinction entre campus académique et campus social, sauf lorsqu’il s’agit d’échapper à la responsabilité d’une intervention policière meurtrière, comme dans ce cas de figure.`
En renvoyant la faute aux forces de l’ordre, le ministre de l’Enseignement supérieur engage désormais la responsabilité du ministre de l’Intérieur, M. Mouhamadou Bamba CISSÉ qui nous a fait du Félix Antoine Diome sans M. Diome.
Nous n’avons jamais cru aux alibis sous le régime du président Macky Sall, et nous ne commencerons certainement pas à avaler ce narratif sous celui de SEM PR Bassirou Diomaye Faye.
Mais la question demeure : comment croire que les policiers, dont certains sont d’anciens étudiants, peuvent distinguer juridiquement le campus social du campus universitaire, alors que le MESRI lui-même entretient cette confusion dans ses communications initiales ?
En termes de solutions, la loi sur les franchises et libertés universitaires doit être clarifiée (l’article #6 qui parle de “biens à la disposition de l’université” doit pouvoir élargir le champ d’application de l’article #2) et le SAES est ici interpellé…Il faut couvrir les étudiants jusqu’au campus social qui doit être inclus juridiquement dans l’espace universitaire !
Tant qu’elle ne le sera pas et que le campus social restera dans une zone grise, les mêmes dérives risquent de se répéter sous ce régime, qui vient de réviser la compréhension traditionnelle du campus social, qui ne serait plus un « no man’s land » (zone de non droits) pour les forces de l’ordre.
Sinon, nous continuerons de découvrir, trop tard, que l’ambiguïté juridique et l’absence de justice que réclament les ouvriers de la révolution de mars 2024 peuvent coûter des vies.
Akandijack
Yep yep yep fire