
Nous reprenons une formule de l’Abbé Diamacoune Senghor quand il parle de l’Etat du Sénégal surtout sous les régimes Abdou Diouf et pour critiquer le double jeu qui ressemble plus parfois à un recul stratégique, quand on annule un acquis moral par exemple.
Pour l’exemple, ces jours-ci je me suis fendu d’un “Big up” à l’endroit de mon ami et frère dans le combat pour la vraie paix en Casamance, j’ai nommé Monsieur Ousmane Sanding, Maire de Boutoupa Camarakunda; pendant donc qu’on relocalise les populations déplacées dans le sud, au nord vers le Fongi Kombo, on délocalise … Un vrai “Gni di soul, gni di gass“, voilà pour résumer le système en Casamance. C’est aussi ce que l’on constate en France où l’on peut parler de revers de la loi Taubira de 2021 avec le double jeu de la diplomatie mémorielle française.
En effet, le refus du gouvernement français, sous la présidence d’Emmanuel Macron, de la diplomatie donc française de soutenir à l’Assemblée générale des Nations unies (ONU) la résolution présentée par le Bénin, érigeant l’esclavage en « plus grand crime contre l’humanité » marque un tournant lourd de conséquences. Ce geste, en apparence purement diplomatique, porte en réalité une charge symbolique considérable, parce que c’est avant tout un message fort donné aux Africains et aux descendants d’anciens esclaves (pour parler comme Aimé Césaire).
Pour nous autes qui avons travaillé sur la mémoire de l’esclavage et de la traite atlantique et qui se souvenons de la Loi Taubira (2001), c’est un message fort qui ternit l’image d’un pays qui fut pourtant le premier à reconnaître, par ladite loi Taubira, la traite négrière comme crime contre l’humanité. En se détournant de cette avancée historique, la France retire comme nous le disions, de la main gauche ce qu’elle avait donné de la main droite; le régime du Président Macron vient de renier une part de son engagement moral et s’isole davantage d’un continent africain où cette mémoire demeure vive et structurante.
En ce 21e siècle, chaque fois que la France fait un recul de ce type, comme si elle suivait les Etats-Unis alors qu’elle devrait donner l’exemple, eh bien la France creuse un peu plus le fossé avec l’Afrique francophone, malgré les discours officiels sur le « renouveau » des relations diplomatico-culturelles. Il devient difficile de parler de diplomatie mémorielle ou de partenariat équilibré lorsque, dans les enceintes internationales, Paris hésite encore à reconnaître la gravité absolue des crimes qui ont façonné l’histoire des peuples africains.
Cette volte-face soulève dès lors une question cruciale, la question que le gouvernment du Sénégal doit poser et nous pouvons compter sur le PM Ousmane Sonko pour le faire, c’est celle de savoir si la France est sincère lorsqu’elle affirme vouloir affronter son passé colonial, notamment au regard du massacre de Thiaroye:
Comment prétendre bâtir une mémoire partagée entre la France et son ancien empire colonial, la Francophonie donc, si l’on refuse de soutenir une résolution qui consacre l’esclavage comme crime suprême contre l’humanité ?
Thiaroye n’est pas un simple épisode tragique ; c’est un symbole de la violence structurelle de la relation coloniale dans sa connotation esclavagiste (comme dirait Ibrahima Thioub). L’attitude actuelle de la France interroge donc la profondeur réelle de sa volonté de vérité, de justice et de réparation morale…
Portons aussi un regard critique sur notre propre diplomatie culturelle. Celle-ci semble avoir égaré l’héritage de Léopold Sédar Senghor, dont les politiques avaient pourtant solidement ancré la mémoire de l’esclavage au cœur des politiques culturelles sénégalaises. Ce recul actuel est partagé, au-delà de la France, cela met aussi en lumière ce qu’on pourrait qualifier de perte de vue de la vision culturelle du Sénégal.
Pendant des décennies, notre pays a su partager avec la France un dialogue exigeant et fécond, transformant une histoire douloureuse en une mémoire assumée. Ce patient travail de reconnaissance, pilier de notre influence internationale à travers l’UNESCO par exemple, apparaît aujourd’hui dangereusement fragilisé par une forme de passivité. L’épisode actuel sonne comme une alerte, il y a urgence quelque part de réaffirmer une politique mémorielle cohérente et lucide entre la France et le Sénégal singulièrement. Ça ne se fera peut-etre pas sous le régime du Président Macron, mais la nouvelle relation entre la France et les Pays de l’ancien empire ne peut se bâtir que sur l’exigence de vérité historique et mémorielle, loin des silences diplomatiques et des ambiguïtés que nos peuples ne tolèrent plus.
Akandijack