La souveraineté que nous célébrons aujourd’hui 4 avril 2026, rappelons-le, ne s’est réellement matérialisée que le 20 août (08) 1960, avec comme héritage la signature des accords de transfert de compétences entre la France et la Fédération du Mali. Ainsi, chaque année, le Sénégal commémore le 4 avril par une parade militaire ou une prise d’armes, symbolique devenue, au fil du temps, le rituel central de la fête nationale.

Toutefois, si l’on revient à l’histoire de cette symbolique telle qu’elle s’est véritablement déroulée, cette date ne marque pas un acte militaire, mais un tournant politique majeur ; d’abord la naissance de la Fédération du Mali, un 4 avril 1960, comme nous l’avons rappelé, et c’est dans ce cadre que le Sénégal amorce ensuite sa souveraineté qui date avec la fin de celle-ci (20 août 1960).

Dès lors, une question s’impose ; aujourd’hui, alors que l’avènement d’Ousmane Sonko conduit une partie des Sénégalais à envisager un retour à l’esprit des années 1960 et pose ainsi la problématique d’une « renaissance politique », comment renaître à travers un 4 avril que l’on continue pourtant de célébrer comme une démonstration de puissance militaire, alors que cette date renvoie d’abord à un projet politique, intellectuel et panafricain ?

La fête de l’indépendance, telle que nous la célébrons, relève d’un patrimoine cérémoniel importé qui réduit la souveraineté à un défilé d’armes. Il nous appartient peut‑être de redonner à cette journée sa profondeur historique, sa dimension citoyenne et son souffle créatif.

La souveraineté n’est pas forcément un spectacle martial, contrairement à ce que l’on cherche parfois à imprimer dans l’esprit des jeunesses africaines. Avec toute la nuance nécessaire, rien dans l’histoire sénégalaise ne montre que la lutte armée ait joué un rôle décisif dans l’accession à l’indépendance. Celle-ci fut avant tout un processus, une construction collective, un horizon partagé. L’armée, elle, est surtout intervenue pour entériner des ruptures politique.
« Si si si », comme par exemple, la fin de l’éphémère Fédération du Mali, ou encore la séparation entre Senghor et Mamadou Dia.

Dès les années 1950 – tant qu’on peut parler de conscientisation dans le contexte de l’époque – l’idée d’indépendance s’est nourrie de pensée, de culture, de mémoire, de participation citoyenne et indigène de la coloniale. Elle se vivait dans les écoles, dans les quartiers, dans les champs, dans les ateliers, dans les universités françaises — ces lieux de mémoire où elle se façonnait lentement.

Dans cette perspective, le 4 avril pourrait devenir UNE JOURNÉE DE LA SOUVERAINETÉ, un moment où l’on célèbre les idées, les textes et les visions qui ont façonné la trajectoire politique du Sénégal. Une journée où les universités ouvrent leurs portes, où les lycées débattent, où les citoyens se réapproprient leur histoire. Une journée où l’on lit, où l’on pense, où l’on discute de ce que signifie être souverain au XXIᵉ siècle, où l’on analyse les projets politiques contemporains et les dynamiques sociales qui les accompagnent.

Notre souveraineté est le fruit d’une école de pensée, non d’une école militaire. Elle est donc culturelle. Elle devrait s’exprimer dans nos langues, nos arts, nos traditions, nos innovations. Dans un contexte où l’on évoque un Acte IV de la décentralisation, elle pourrait devenir une fête où chaque macroterritoire — comme la Casamance historique — mettrait en avant la richesse de sa diversité à travers ses expressions artistiques, ses savoir-faire, ses récits, ses symboles. Une fête qui montrerait la diversité du pays, non comme une menace, mais comme une richesse constitutive de la nation.

Et puisqu’il est aussi question d’écosystèmes, pourquoi ne pas imaginer un 4 avril consacré à l’ACTION CITOYENNE avec des activités de reboisement, des initiatives communautaires, des projets écologiques, des campagnes de santé publique. Une journée où l’on construit, où l’on répare, où l’on embellit. Une journée où l’on fait nation par l’action, en exhibant le BALAI du JJJ et non par la démonstration de force.

Réinscrire cette fête dans la GÉOPOLITIQUE LOCALE permettrait également de rappeler que la Fédération du Mali n’était pas un accident de l’histoire. Elle exprimait un imaginaire politique africain, malgré les intérêts divergents qui ont empêché l’intégration de la Gambie ou nourri des craintes quant aux revendications casamançaises — comme l’a montré Futik. La Guerre Incivile. Elle portait une volonté de dépasser les frontières coloniales et de renouer avec les logiques fédératives anciennes. En Casamance, le 4 avril pourrait devenir un moment pour revisiter nos civilisations précoloniales, nos systèmes politiques endogènes, nos héritages techniques et sociaux avec la Gambie et la Guinée-Bissau. Un moment pour reconnecter les ambitions de l’Acte IV — cette possible « décentralisation rebelle » — à leurs racines profondes.

En somme, pour qu’un 4 avril soit fidèle à son histoire politique et utile à son peuple, le Sénégal n’a pas besoin d’une fête nationale qui répète les formes héritées d’un autre temps colonial. Il a besoin d’une célébration qui parle à son histoire réelle, à ses aspirations profondes, à ses défis contemporains. Une fête qui éduque, qui mobilise, qui crée du lien. Une fête qui rappelle que la souveraineté n’est pas un héritage figé, mais une œuvre collective, toujours en devenir.

À la lecture des projets politiques actuels et des discours qui les accompagnent sous le régime Diomaye Moy-Toul Sonko, une idée revient avec force et essaie de coller à l’esprit de la Révolution de mars 2024 : UN PEUPLE SOUVERAIN NE SE CONTENTE PAS DE DÉFILER ; IL PENSE, CRÉÉ, IL S’ADAPTE, IL AGIT, IL SE RACONTE…

Akandijack

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