Lorsqu’on replace les actes posés par le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye dans une trajectoire politique sous-régionale (ce que j’appelle ici la Sierragambie), il est possible de dégager des constantes structurelles majeures. Sans aucune prétention politiste, il s’agit d’historiciser les logiques profondes qui orientent les choix de ce qui fait désormais le [Diomaye Moy-Toul Sonko] et d’identifier, par analogie, les zones de vigilance (ce que le Pastef semble avoir réussi jusque-là).
Cette mise en perspective invite à inscrire le [Diomaye Moy-Toul Sonko] dans un modèle régional de consolidation du pouvoir. On peut reposer ce modèle sur trois dynamiques structurantes, que sont le clientélisme diplomatique pour sécuriser le voisinage immédiat, la centralisation progressive de l’exécutif et la reconfiguration opportuniste des alliances politiques.
Un élément opératoire traverse ces trajectoires, il s’agit pour nous, du départ du Président Jammeh de la Gambie qui coincide avec l’arrivée de présidents sous perfusion du régime sénégalais sous Macky Sall. Ainsi, pour notre hypothèse, depuis 2017, l’ascension politique d’un leader qui devient “Président par défaut”, repose initialement sur un parti fort, structuré et porteur d’un idéal mobilisateur. Et une fois au pouvoir, ces leaders tendent à affaiblir, contourner ou dissoudre ce parti.
Ironiquement, alors que la maturité démocratique du Sénégal n’est plus discutée, cette dynamique, visible chez Adama Barrow en Gambie et Umaro Sissoco Embaló en Guinée-Bissau, constitue une matrice sierragambienne qui éclaire d’un jour nouveau les choix actuels de l’exécutif à Dakar.
La diplomatie de voisinage « des peuples frères » et des présidents “jeunes frères, grands frères”
L’agenda international déployé par le régime sénégalais dessine les contours d’une stratégie de voisinage cohérente, systématiquement centrée sur les pays limitrophes, avec lesquels des liens fraternels ont été tissés et où les présidents peuvent s’appeler « petits frères, grands frères ». Cette régularité (entre rencontres officielles et officieuses ou culturelles comme en décembre 2024 pour commémorer 80 ans de Thiaroye 44) dépasse les simples exigences du protocole diplomatique. Elle traduit une volonté manifeste de maîtriser l’environnement géopolitique proche, un espace critique où se nouent et se dénouent les équilibres de sécurité, les réseaux d’influence et les sources de légitimité sous-régionale.
Durer au‑delà des régimes, l’exemple bissau-guinéen

La chronologie des relations avec Bissau illustre parfaitement cette approche incrémentale. Dès avril 2024, soit à peine investi, le chef de l’État sénégalais effectuait une visite de travail et d’amitié pour y rencontrer Umaro Sissoco Embaló, afin de stabiliser les relations de bon voisinage, ou plutôt de fraternité, entre « grand frère et jeune frère ». Le président a ainsi surpris son hôte, qui a trouvé en lui « quelqu’un qui a la tête sur les épaules, calme, poli et intelligent ». Compte tenu des conditions d’accession au pouvoir du Pastef et des tensions liées à la « Guerre Incivile sénégalaise » (Bassène, 2025) dont les éléments de language ont été utilisés pour cibler Ousmane Sonko, une telle déclaration s’avère étonnante. Elle provient, de fait, d’un chef d’État ouvertement lié au régime sortant.
En mai 2025, quatre mois après la visite culturelle pour les 80 ans de Thiaroye 44, ce rapprochement s’est matérialisé par une visite d’État axée sur la conclusion de partenariats économiques structurants dans les secteurs de la pêche et de l’industrie. Enfin, en janvier 2026, l’implication du Sénégal a pris une tournure multilatérale lorsque Bassirou Diomaye Faye s’est rendu à Bissau dans le cadre d’une mission de haut niveau de la CEDEAO, aux côtés du président sierra-léonais Julius Maada Bio, afin de contribuer aux efforts de stabilisation politique du pays.
Derrière cette continuité chronologique se cache un fait majeur, c’est la pérennisation d’un système institutionnel post-Embaló. Bien que le président Embaló ait été renversé le 26 novembre 2025, la configuration politique actuelle de la Guinée-Bissau prolonge paradoxalement les dynamiques qu’il avait lui-même anticipées. À l’instar de l’ancien président sénégalais Macky Sall, qui évoquait durant la crise électorale l’existence d’« autres forces » prêtes à prendre le relais en cas de vide, Umaro Sissoco Embaló a orchestré une transition de fait en laissant les commandes à l’armée, sous prétexte d’un coup de force.
L’une des critiques majeures que l’on pourrait formuler à l’encontre d’Ousmane Sonko est d’avoir paraphé, en tant que Premier ministre, des accords de paix illusoires en Guinée-Bissau. Cette véritable mascarade s’apparentait à un piège prévisible : les simulacres de coups d’État à Bissau ont historiquement permis à Umaro Sissoco Embaló de consolider son pouvoir en érigeant systématiquement le MFDC en ennemi du régime et en complice des putschistes.
En feignant de minimiser ces dynamiques, tout comme lors des troubles politiques au Sénégal où les médias agitaient le spectre de forces occultes dans la capitale, Ousmane Sonko semble ignorer que le MFDC fait office d’éternel bouc émissaire lors des crises en Gambie ou en Guinée-Bissau. Il était donc prévisible que de futures secousses régionales ou de sombres calculs politiques à Dakar l’impliquent personnellement pour s’être ouvertement affiché et avoir signé des protocoles avec ces factions rebelles. Le système étatique a pourtant déjà prouvé son absence de scrupules en condamnant René Capain Bassène à la réclusion criminelle à perpétuité dans l’affaire de la tuerie de Boffa-Bayot, simplement en exploitant sa proximité professionnelle avec l’aile Attika du MFDC.
La crainte d’une recomposition brutale et préemptive de l’appareil d’État sénégalais, le retour en force du système, visant à neutraliser les contre-pouvoirs internes ou à favoriser les dissidences au sein de l’ancienne majorité, comme le faisait Embaló, peut influencer les choix sécuritaires et politiques à Dakar et dans l’axe sierragambien. Les analyses prospectives des tensions institutionnelles actuelles peuvent s’appuyer sur les indiscrétions de l’exécutif sénégalais, qui menace de faire dans le nihilisme, perdre le pouvoir, lui comme le Pastef. Qui serait le troisième larron dans ce cas de figure ?
Une priorité stratégique assumée en Gambie

L’analyse de l’axe Dakar-Banjul révèle une orientation tout aussi calculée. En choisissant la Gambie pour sa première visite officielle, le 20 avril 2024, Bassirou Diomaye Faye a envoyé un signal politique fort quant à la centralité absolue de l’espace sierragambien. Comme Embaló, Barrow venait au Sénégal pour le 1er décembre 2024. Cette dynamique s’est confirmée en mai 2026, lors d’un second voyage officiel marqué par une rencontre en tête-à-tête avec le président Adama Barrow, visant à accélérer la mise en œuvre de projets d’infrastructure communs.
Mais cette visite discrète du président sénégalais a été analysée par les Gambiens eux-mêmes, comme une démarche stratégique visant à s’inspirer de la survie politique d’Adama Barrow, notamment en s’affranchissant de la tutelle de son parti, le PASTEF, et d’Ousmane Sonko. Ce rapprochement suggère que Faye pourrait reproduire le modèle de Barrow, qui s’était séparé de l’UDP d’O. Darboe, pour bâtir sa propre indépendance politique avec l’aide de Jammeh.
Ces mouvements s’inscrivent dans un triangle diplomatique entre Dakar, Banjul et Bissau, mis en évidence par une succession de jalons clés :
- -octobre 2025 : les présidents gambien et bissau-guinéen marquent leur soutien à la politique économique sénégalaise en assistant au Forum Invest in Senegal ;
- -novembre 2025 : c’est par Dakar qu’Embaló transite lors de son auto-exfiltration sous l’égide de la CEDEAO;
- -en juin 2026, Adama Barrow revient seul pour sceller la réciprocité de ces échanges en se rendant à Dakar pour le Conseil présidentiel sénégalo-gambien.
Ce triangle ne relève pas de la diplomatie de salon ; il configure un espace de sécurité mutuelle et de négociation politique dans lequel chaque chef d’État cherche à sanctuariser ses marges de manœuvre face aux turbulences intérieures.
Bassirou Diomaye Faye et l’ombre de ses pairs Sierragambiens: le modèle 2017

Au-delà des contingences diplomatiques, une analyse comparative des trajectoires met en lumière un modèle de gestion du pouvoir similaire entre Bassirou Diomaye Faye, Adama Barrow et Umaro Sissoco Embaló. En effet, ce modèle repose sur un paradoxe central selon lequel les présidents doivent leur ascension politique à un parti fort, mais une fois au pouvoir, ils cherchent à l’affaiblir pour consolider leur autonomie politique.
Dans les trois cas comparés, le parti d’origine (UDP, PAIGC, PASTEF) joue un rôle déterminant au début, car c’est lui qui structure la mobilisation, porte l’idéal de rupture, fédère les masses voire même l’opposition, et confère une légitimité historique. Mais une fois installés au sommet de l’État, les dirigeants perçoivent la formation fondatrice comme un obstacle quand elle n’est pas jugée trop structurante, trop idéologique et trop autonome devant “El Grand Jefe”. Les heureux élus s’emploient alors à neutraliser le parti fondateur, à disséquer la coalition initiale, à créer leur propre appareil ou à pactiser avec les forces qu’ils combattaient hier.
Ce “modèle de transition de 2017” se déploie de manière presque mécanique en quatre étapes distinctes :
- – l’accession par la crise, qui voit un leader arriver au pouvoir dans un contexte de forte tension politique ou de rupture démocratique, la quête d’unité de l’opposition servant alors de tremplin exclusif ;
- – le reniement des engagements, phase durant laquelle l’élu opère un détachement progressif vis-à-vis du parti de masse ou des coalitions électorales qui l’ont porté au pouvoir, amorçant ainsi une distance vis-à-vis des exigences populaires initiales ;
- – ce détachement favorise l’hyper-présidentialisation, caractérisée par une concentration agressive des leviers décisionnels au sein du palais présidentiel, souvent au détriment des promesses de gouvernance inclusive ou de réformes constitutionnelles équilibrées ;
- – Enfin, le cycle s’achève par la rupture et la recomposition, où le président consomme le divorce avec son parti ou ses alliés historiques pour nouer des alliances d’opportunité, parfois avec les vestiges de l’ancien régime ou des forces autrefois combattues.
Barrow et Embaló comme matrices comparatives
-Adama Barrow et la fragmentation post‑victoire
En Gambie, Adama Barrow a accédé à la magistrature suprême en portant les espoirs d’une coalition hétéroclite unie uniquement par le rejet du régime de Yahya Jammeh. Cette coalition était portée par l’UDP et Ousainou Darboe, qui était en prison en 2016, à la veille des élections (tout comme Ousmane Sonko). Une fois installé, le président Barrow s’est progressivement émancipé de sa tutelle politique originelle. Pour asseoir sa majorité et contrôler l’Assemblée nationale, il n’a pas hésité à pactiser avec l’ancien parti du « Big Man » déchu, qu’il traitait de dictateur.
Sa relation avec Ousainou Darboe, figure de proue du parti qui l’avait parrainé, illustre parfaitement ce cynisme politique, d’abord gracié et nommé aux plus hautes fonctions de l’État, Darboe a finalement été limogé par la suite dès que la position du président s’est trouvée consolidée. Le parti qui l’avait porté au pouvoir est devenu, par un retournement classique, l’adversaire principal à neutraliser. Un combat politique à mort, Barrow contre Darboe, s’est ainsi institué.
-Umaro Sissoco Embaló : la néo-rupture ascensionnelle d’un ancien PM
En Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embaló doit sa stature politique initiale au PAIGC, le parti historique du pays. L’ancien Premier ministre (2016/2018) devient un néo-opposant à la veille des élections de 2020 et profite d’un cadre électoral douteux dans l’entre-deux-tours pour ensuite se retourner contre lui.
Après s’être proclamé président en dehors de tout cadre légal, il a échoué à obtenir la majorité à l’Assemblée nationale, ce qui aurait pu légitimer son auto-intronisation post-électorale. Il a ensuite choisi de gouverner par décrets, en contournant systématiquement le Parlement. Prétextant une tentative de coup d’État, il a fini par la dissoudre en décembre 2023, marginalisant au passage les forces progressistes dont il était issu.
Une fois de plus, la matrice se confirme, le parti formateur est perçu comme l’ennemi à éliminer pour sanctuariser un pouvoir personnel.
Le parallèle structurel avec le Sénégal
Ces trajectoires régionales nous enseignent que les partis forts et leurs coalitions mécaniques victorieuses dans les contextes électoraux à partir de 2017 en Sierragambie, se fragmentent invariablement, que les partis fondateurs qui ont fabriqué les candidats par défaut arrivés au pouvoir, subissent des tentatives d’affaiblissement au profit d’un recentrage exclusif autour de l’exécutif et que les alliances se recomposent avec des éléments de l’ancien régime.
C’est cette grille de lecture précise qui permet d’analyser le cas sénégalais où Ousmane Sonko et le Pastef avait anticipé sur « un avant 8 novembre et un après 8 novembre 2025 ».
L’anticipation stratégique du Pastef comme arme d’usure institutionnelle
C’est précisément à l’aune de cette matrice sierragambienne que prend tout son sens la manière dont le Pastef a décidé d’agir. La séquence politique ouverte autour de la date charnière du 8 novembre 2025 marque une rupture nette au Sénégal. Elle met en lumière une stratégie d’anticipation critique conçue pour gripper et fatiguer la mécanique classique du régime présidentiel. Conscient du risque d’effritement inhérent aux modèles sierragambiens, le parti a choisi de court-circuiter le scénario Barrow/Embaló.
DEUX MODÈLES DE GESTION DU POUVOIR
| Régime Présidentiel | PASTEF |
| Mercantilisation d’État Massification opportuniste Clientélisme politique | Automatisation militante Évaluation de la résilience Planification long terme |
Refuser la coalition pour court-circuiter le clientélisme transpartisan
La confiance n’excluant pas le contrôle, le premier coup d’anticipation a été joué bien avant, lors des élections législatives. En refusant délibérément de se présenter aux élections législatives (anticipée de novembre 2024) sous la bannière d’une coalition hétéroclite, le PASTEF a devancé le moment où le compromis partisan initial aurait cédé la place à des ralliements technocratiques ou transpartisans.
Aujourd’hui, on assiste d’ailleurs à un clientélisme politique quand l’État diffuse le parfum de la financiarisation de ses rapports avec certaines municipalités pour espérer détacher à travers eux, les électeurs de la dynamique de rupture prônée par Ousmane Sonko. Paradoxalement, ces maires, s’ils n’ont pas été élus par le Pastef, sont au moins issus de l’ancien parti au pouvoir et ont soutenu le candidat choisi par leur parti et qui a pourtant vu leur parti perdre.
Si le choix d’aller seul n’a pas fini de convaincre le naturel des politiciens traditionnels, il a en tous les cas permis, jusqu’à présent, de bloquer la mutation classique vers un « pouvoirisme » opportuniste, centré sur la quête du pouvoir pour le pouvoir.
En prenant la tête de l’Assemblée nationale, et en le confiant à des hommes de confiance, la formation patriotique a également anticipé la technicisation des réformes constitutionnelles. Cette position stratégique lui donne aujourd’hui la latitude d’analyser les révisions institutionnelles poussées par le sommet de l’État non pas selon leur rhétorique, mais selon leur impact réel sur les contre-pouvoirs.
Dualisme fonctionnel entre la machine d’État contre l’appareil automatisé
Désormais, alors que l’exercice du pouvoir révèle enfin la vraie nature du régime présidentiel, le choc des doctrines est total :
- – La logique du régime : l’appareil d’État cherche à massifier son parti en mercantilisant le pouvoir d’État et en utilisant les ressources publiques comme levier de cooptation.
- – La logique du PASTEF : ayant pris les devants, le parti a automatisé son appareil partisan. Il se détache des structures d’influence classiques pour évaluer froidement sa propre capacité à résister aux assauts du régime sur trois horizons temporels que sont, le court, le moyen et le long terme.
En refusant de se laisser dissoudre ou affaiblir par la fonction présidentielle, cette structure cherche à briser le cycle de l’hyper-présidentialisation rampante et à faire de l’anticipation un dogme de survie politique.
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Focus basée sur la presse (avec ses limites)…
Le Président Ousmane Sonko et l’Assemblée nationale comme laboratoire de la rupture institutionnelle
La stratégie d’anticipation du PASTEF ne relève pas de la théorie ; elle s’est traduite par une véritable bataille des institutions. En prenant le contrôle de l’hémicycle, le parti cherche méthodiquement à mettre en œuvre des réformes structurelles conçues comme des verrous contre l’hyper-présidentialisation.

Trois dynamiques concrètes illustrent cette volonté de sanctuariser le législatif face aux velléités de centralisation de l’exécutif :
- – le rééquilibrage de l’exécutif, avec une dé-présidentialisation et un bicéphalisme réel ;
- – le basculement majeur s’est opéré à travers l’adoption de la proposition de loi de révision constitutionnelle. Portée par la majorité parlementaire contre les amendements du gouvernement (systématiquement rejetés), cette réforme attaque le cœur même du présidentialisme.
- – la fin du président-chef de parti : le texte interdit désormais formellement au chef de l’État de diriger un parti politique ou une coalition ;
[Faire la différence entre les ressources de l’État et la machine électorale du président.] - -La co-définition de la politique de la Nation
[Traditionnellement domaine exclusif du palais, fort de son passage à la Primature, Ousmane Sonko a su démontrer combien l’élaboration du programme gouvernemental devrais être désormais subordonnée à une concertation obligatoire avec le Premier ministre, qui hérite par ailleurs du pouvoir de nommer aux emplois civils.] - -La sanctuarisation des périodes de transitoire [Il s’agit de mettre fin aux « cadeaux de fin de mandat », la réforme restreint le pouvoir de signature du président sortant entre l’élection et l’installation de son successeur].
L’asymétrie des pouvoirs de dissolution et de censure
Face à la menace constante d’instabilité, la majorité a introduit une asymétrie institutionnelle inédite, modifiant le rapport de force traditionnel.
- – la protection du Parlement ;
[Le droit de dissolution dont dispose le président de la République a été drastiquement rationalisé et limité à une seule fois par mandat.] - -Armement du législatif : en contrepartie, la faculté pour les députés de déposer une motion de censure a été élargie, leur permettant de fragiliser ou de renverser le gouvernement jusqu’à dix fois au cours d’une même législature. Cette asymétrie fait de l’Assemblée un bastion difficilement attaquable, forçant l’exécutif à la négociation continue plutôt qu’au passage en force. La modernisation éthique et la transparence des procédures internes.
- Parallèlement à la Constitution, la refonte du règlement intérieur de l’Assemblée nationale (loi organique no 2025-11) a achevé de techniciser le contre-pouvoir.
- – institutionnalisation de l’audit public : création d’un comité permanent d’évaluation des politiques publiques et renforcement des prérogatives des commissions d’enquête parlementaires (notamment sur les secteurs stratégiques, comme le foncier et l’énergie) ;
- – transparence financière interne : instauration d’une cellule de passation des marchés et d’une cellule de contrôle interne au sein même de l’Assemblée pour priver l’exécutif de tout argument de « malgouvernance » à l’encontre des députés.
- – A propos de la Cour constitutionnelle [préparer le terrain pour la transformation du Conseil constitutionnel en une Cour constitutionnelle élargie, afin d’extraire le pouvoir judiciaire de la tutelle exclusive du ministère de la Justice.]
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Pour conclure….
L’annonce par le président de la République de son intention de soumettre cette réforme constitutionnelle à un référendum confirme l’efficacité de la stratégie du PASTEF. Bloqué dans sa logique d’immobilisme par une Assemblée devenue forteresse, l’exécutif est contraint de s’en remettre à l’arbitrage populaire. Le cas de Diomaye ne se lit donc plus comme une simple réplique des dérives de Barrow ou d’Embaló, mais comme le théâtre d’une confrontation inédite où l’on a d’un côté, un appareil d’État qui tente de déployer le logiciel classique de l’hyper-présidentialisation ; de l’autre, une majorité parlementaire qui a constitutionnalisé l’anticipation pour survivre… Li’ssu de cette bataille va déterminer l’avenir des pouvoirs en Gambie et en Guinée-Bissau qui préfèrent la continuité de 2017, plutôt la rupture qui s’annonce.
Pape Chérif Bertrand Bassene, Akandijack (2025)
Futikh. La guerre incivile sénégalaise Stasiologie : « des évènements de Casamance aux évènements de Ngor (1981-2023). Suivi de …Exercice de démocratie. Kmanjen Productions: 286 pages