
Le samedi 24 juillet 2026, j’ai répondu aux questions de la RSI (Radio Sénégal Internationale) en préparation de la session matinale du 25 juillet 2026. Faute d’accès au streaming de cet entretien, je me prête ici à un exercice de mémoire pour reconstituer mes réponses.
Cet article, intitulé « Diplomatie sénégalaise : Le pari risqué de la confiance sous l’ère Diomaye », fait écho à des nos réponses aux questions d’actualité. Notre perspective mettait en lumière la crise de confiance majeure traversée par la diplomatie sénégalaise, désormais sous la direction du président Diomaye à la tête de la CEDEAO, dans un contexte marqué par sa rupture avec le Premier ministre Ousmane Sonko et la contestation par les organisations de droits de l’homme de la candidature de Macky Sall à l’ONU.
Première question
Le Sénégal préside la CEDEAO pour les 4 prochaines années à travers la Commission avec le choix porté sur l’ancien ministre des forces armées Général Birame Diop. Le président Bassirou Diomaye Faye est à la tête de la Conférence des Chefs d’Etat pour un an. Une consécration certes pour notre diplomatie mais le contexte est-il vraiment favorable ?
Réponse de mémoire (Rdm):
- Succès diplomatique avec la double présidence sénégalaise à la commission, le Général Birame Diop pour quatre ans et le Président Bassirou Diomaye Faye à la tête de la Conférence des Chefs d’État pour un an;
- nous avons nuancé en tenant compte du contexte régional marqué par des tensions, en parlant des retraits de certains États, des recompositions sécuritaires, de la contestation de la légitimité de la CEDEAO, et de la montée des souverainismes dont le programme politique qui l’a amené au pouvoir;
- Ainsi, la consécration existe, mais elle s’inscrit dans un environnement instable qui exige une stratégie d’autonomie, de médiation et de refondation…
Seconde question
La CEDEAO face au terrorisme et à la crise démocratique : a‑t‑elle réellement les moyens ?
(Rdm):
- Certes, la CEDEAO dispose de mécanismes de sécurité et de protocoles démocratiques,
- néanmoins, leur efficacité est limitée par les crises internes, les retraits d’États membres, la contestation populaire et la dépendance à des partenariats extérieurs;
- en conclusion, la CEDEAO a des outils, mais pas encore la cohérence politique, la légitimité sociale ni l’autonomie stratégique nécessaires pour répondre pleinement à ces deux défis.
Troisième question
Que fait la CEDEAO du chômage des jeunes qui les pousse à répondre à l’appel des terroristes ?
(Rdm):
- Nous avons souligné la mise en place par la CEDEAO de programmes de formation, d’intégration économique et de prévention de l’extrémisme violent;
- nous avons aussi relever que ces ces initiatives restent limitées, souvent déconnectées des réalités locales, et insuffisantes face à l’ampleur du chômage des jeunes, qui demeure un facteur majeur de vulnérabilité;
- nous en avons conclu qu’en l’état, la CEDEAO n’a pas encore les moyens structurels de traiter les causes profondes qui poussent certains jeunes à être recrutés par des groupes armés.
Quatrième question
Si les jeunes ne succombent pas aux sirènes des terroristes, ils continuent la dangereuse traversée de l’océan atlantique ou de la mer Méditerranée pour rallier l’Europe. On dénombre 144 morts ou portés disparus au large de la Mauritanie. A quand la fin de Barça ou Barsak ?
(Rdm):
- Partant de notre propre expérience migratoire, pour nous la fin de “Barça ou Barsak” ne viendra pas d’une seule politique migratoire ou sécuritaire;
- mais aussi d’une transformation profonde des conditions économiques, sociales, territoriales et politiques qui poussent les jeunes à risquer leur vie;
- si les hommes politiques ne prespectent pas leurs promesses politiques, les jeunes iront voir ailleurs;
- or en l’état, ni les États, ni la CEDEAO n’ont encore mis en place les leviers structurels capables d’inverser cette dynamique.
Cinquième question
Au total, plus de 40 000 personnes sont arrivées en Europe depuis le début de l’année par les principales routes maritimes. A ce rythme, l’Afrique ne risque-t-elle pas de voir se vider de toute sa jeunesse ?
(Rdm):
- Toujours sur notre expérience propre, nous pensons que l’Afrique ne va pas “se vider” de sa jeunesse au sens démographique strict;
- de manière cynique, nous avons donné l’exemple de la catastrophe du bateau le Joola qui n’a pas empêché la Casamance d’avancer;
- quid de la croissance naturelle qui reste très élevée en Afrique, les Africains se marient homme avec femme et continuent de faire des enfants…
- Par contre, pour nous, on risque de parler de risque qu’une génération se vide, c’est‑à‑dire de se vider de sa force sociale, de son énergie politique, de son potentiel économique en une période donner , si les conditions territoriales, institutionnelles et symboliques ne changent pas;
- en somme quand 40 000 jeunes africains arrivent en Europe depuis, ce n’est qu’un signal qu’une génération d’africains a choisi l’Europe, c’est un épisode dans l’histoire de nos civilisations, mais l’Afrique ne se vide pas.
Sixième question
Décidément la CEDEAO ne va pas chômer. L’opposition bissau-guinéenne l’accuse de faire le jeu des militaires au pouvoir avec ce référendum prévu en août de manière cavalière. Est-t-elle trop conciliante avec ces putschistes ?
(Rdm):
- Nous avions la possibilité ici de revenir sur la crise de légitimité de la CEDEAO;
- Quid des promesses politiques qui ont amené le PASTEF au pouvoir, si Diomaye s’y conforme, il peut apporter une solution en rapport avec l’AES;
- Il ne s’agit pas de les faire revenir, mais comme on s’accorde qu’il faut réformer la CEDEAO, il peut arriver à des accommodements raisonnables avec ses pairs de l’AES;
- mais nous avons aussi donner un exemple par rapport à la crise Bissau-guinéenne à travers la réalité sous-régionale depuis le départ de Jammeh en 2017
Septième questions
- Le principal opposant Domingos Simoes Pereira a dû être évacué pour raisons médicales au Portugal suite à son incarcération depuis le 10 juillet. Et si les militaires l’empêchaient de rentrer au pays pour être candidat à l’élection présidentielle vers la fin de l’année ? Et si les militaires empêchaient Domingos Simões Pereira de rentrer pour être candidat ?
(Rdm):
- Nous avons insisté sur le fait que c’est le Sénégal qui est responsable de ce qui se passe en Guinée-Bissau;
- si le Sénégal voulait la stabilité, on n’aurait pas laisser Embalo venir tranquillement au Sénégal s’en aller, tandis qu’on laisse l’opposition seule face à une situation qu’il a créé;
- et puis le même Embaló revient au Sénégal pour faire la campagne du Président Macky Sall à l’ONU….
Huitième question
Les six candidats déclarés quatre femmes et deux hommes pour diriger les Nations Unies ont pris part à un débat. L’ancien président Macky Sall était de la partie. Qui en est sorti vainqueur ?
(Rdm):
- Pour nous, il n’y a pas de vainqueur, c’est l’ONU qui se révèle;
- Nous avons saisi l’occasion pour faire la différence entre l’ONU et la CPI, en soulignant le fait ainsi que les critères de l’ONU qui sont basés sur le lobbying diplomatique – certains chefs d’Etats n’étant pas plus aptes que d’autres – tandis que la CPI elle cherchent à bâtir la démocratie à travers les questions de droit de l’homme;
- on peut vouloir la condamnation de Macky Sall par la CPI, mais cela n’est pas forcément un critère éliminatif à l’ONU (il suffit de voir l’histoire de cet organisme par rapport aux questions des droits de l’homme pour s’en rendre compte).
(En s’affichant aux côtés du candidat Macky Sall et de son soutien Umaro Sissoco Embaló, le président Diomaye relance inévitablement le débat sur la crise de confiance).
Nota bene: Les (Rdm) réponses de mémoire donnent une idée de nos réponses audios et malheureusement, nous n’avons pas encore trouvé de streaming de l’émission en question.