On aura décidément tout vu avec les politiciens sénégalais.

À peine installés dans les fauteuils du pouvoir, certains semblent oublier d’où ils viennent et se comportent comme s’ils étaient investis d’une autorité quasi divine. Bien évidemment, à force de leur dire que “Yalla moy Dioxé Nguur” (c’est Dieu qui élit), comme si Yalla avait une carte d’électeur sénégalaise, ils finissent par y croire !
Ujamom’sum !!!
Cette dérive n’est pas nouvelle, mais elle devient d’autant plus choquante lorsqu’elle touche des collègues que l’on a connus dans la lutte, dans l’engagement intellectuel ou syndical, et qui, une fois promus, se retournent contre les principes qu’ils défendaient hier.
Hier encore, je dénonçais l’attitude d’un collègue devenu ministre de l’Enseignement supérieur, qui avait choisi de militariser et compartimentaliser le principe de franchises universitaires au sein des campus, au lieu de l’apaiser et de le réformer avec intelligence.
(Voir l’article ci-dessous ou j’avais choisi d’évoquer comment le système utilisait certains pour neutraliser Ousmane Sonko, devenu le bouc émissaire commode de toutes les tensions. Le gouvernement à travers le MESRI avait préféré la logique de l’ordre imposé à celle du dialogue universitaire).
Aujourd’hui, c’est un autre collègue — désormais ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme du service public — qui me sidère. Lui qui fut syndicaliste, champion des plans d’actions, des débrayages, des grèves totales, des mots d’ordre pour les journées “chômées payées”… le voilà devenu le grand ordonnateur de sanctions contre des travailleurs qui ont simplement voulu honorer la mémoire de Serigne Touba.
On refuse de s’habituer au reniement, au volte-face, à l’amnésite politique et spirituelle !
Car sanctionner des croyants qui sont allés célébrer, un dimanche, un symbole aussi central que Serigne Touba, c’est ignorer ce que représente ce pilier de la résistance anticoloniale, ce moteur de dignité, de discipline morale et de liberté intérieure qui a façonné une grande partie de l’imaginaire sénégalais. C’est exactement l’analyse que nous faisons du discours du Président de l’Assemblée Nationale, Monsieur Ousmane Sonko…
En d’autres termes, ce que veut faire le Ministre fonction publique, du Travail et de la Réforme du service public, c’est en toute méconnaissance des réalités sociales, culturelles et spirituelles du pays que l’on prétend réformer.
Réformer, oui !!!
Mais réformer avec le pays, pas contre lui. Réformer en comprenant les rythmes, les croyances, les solidarités, les temporalités du vivre-ensemble. Réformer en respectant ce qui fonde la cohésion nationale.
Ce reniement d’un ministre ancien syndicaliste, n’est pas seulement individuel, il dit quelque chose de la tentation permanente du système de se couper du réel, de se croire au-dessus du peuple, de s’ériger en arbitre moral alors qu’il devrait être serviteur de l’Etat-nations.
Le Sénégal de demain ne se construira pas sur des sanctions aveugles, des postures autoritaires ou des oublis volontaires. Il se construira sur la mémoire, la cohérence, la fidélité aux valeurs qui ont permis au pays de tenir debout. Figure majeure de notre patrimoine spirituel, Serigne Touba mérite amplement que l’on suspende nos activités le temps d’une journée pour lui rendre hommage.
Akandijack
Yep, yep, yep fire