Condoléances au peuple iranien… en ce mois de ramdan RIP Ayatollah Khaménei !

L’idée de « guerre juste » constitue l’un des mythes fondateurs de la modernité occidentale. Elle repose sur une fiction morale, celle qui prétend que la violence peut être légitimée par des principes universels renseignés par le mode de penser. Or, cette fiction n’est qu’un masque, car derrière elle se cache une entreprise de domination qui réduit la mémoire des peuples à des récits commodes, transformant la tragédie en victoire et l’assassinat d’un chef en symbole de justice. Trump et Netanyahu sont devenus des adepts de la ritualisation de la mort et la confiscation du sens car ils auront imposé au monde entier la barbarie de la première moitié du 20e siècle qu’on avait cru dépassée.
Et ce qu’ils ignorent, c’est que dans certaines cultures, la mort d’un guide est ritualisée comme l’accomplissement d’une mission collective, inscrite dans une continuité générationnelle. Ce n’est pas le cas en occident où mourir pour une croyance est vu comme une bêtise, du fanatisme, il faut plutôt tuer, mourir pour l’argent mais pas pour une cause mystique dans l’espoir d’être entouré de vierges. L’impérialisme qui a ritualisé le capitalisme mortifère au bout du fusil, va donc nous imposer une critique sociale, une propagande qui efface la dimension criminelle de sa violence, et transforme la mémoire en instrument de légitimation de celle. La mort n’est plus un passage vers l’au-delà, les dirigeants occidentaux en ont fait une justification.
L’impérialisme comme machine de destruction, Aimé Césaire l’avait dénoncé, il nous avait bien dit que l’universalisme occidental est une ruse, qu’il proclame des principes qu’il trahit sans cesse, et détruit tout système qui cherche à émerger hors de son hégémonie. Frantz Fanon, de son côté, a montré que la violence coloniale ne se contente pas d’asservir , elle déshumanise, elle impose un récit qui nie l’existence même des peuples colonisés. Ngũgĩ wa Thiong’o a prolongé cette critique en insistant sur la nécessité de décoloniser la mémoire et les imaginaires, car l’impérialisme agit autant par les armes que par les récits.
Nous devons être inspirés par ces penseuers, car ce qui est en jeu, c’est la capacité des peuples à se souvenir autrement. L’impérialisme impose l’oubli, il efface les alternatives, il réduit l’histoire à une succession de victoires militaires. Restaurer la mémoire, c’est restaurer l’agency, la capacité des peuples à se penser hors du miroir occidental que nous renvoient les archives coloniales, à reconstruire leurs propres récits, à affirmer que leur histoire ne se réduit ni à la mort d’un chef ni aux ruses de l’universalisme.
L’occident annonce la mort de l’Ayatollah Ali Khamenei; dans ma culture ajamaat, la mort d’un guide, par exemple Djiganbo Bassène en 1906, serait célébrée comme l’accomplissement d’une mission. Il a rempli sa mission ce “anifan bukhut”, charge aux générations générations suivantes – car tout initié ajamaat devient un Attika, c’est à dire au stade de compréhension de son existence temporelle et spirituelle (“les morts ne sont pas morts”), entre une dimension active primaire (la vie) et une dimension active terminale (la disparition) – de remplir la leur. Pour une rapide illustration de notre exemple casamançais, là où les Ajamaats donnaient un sens à la perte de Djignabo qui se présentait comme martyr donc, le système colonial français avait cru pouvoir instrumentaliser celle-ci pour perpétuer un système de domination. Cela n’a pourtant fait que revigorer la volonté des Ajamaats à résister contre la présence française !
En un mot, la « guerre juste » n’existe pas et quand elle est menée contre un peuple qui croit encore au martyr, elle n’est que source de conflictualité. Ce qui existe par contre, c’est une violence travestie, une mémoire confisquée par la propagande, et une nécessité urgente de reconstruire nos récits, refuser l’oubli imposé, et affirmer que l’histoire des peuples est une histoire de résistance, de créativité et de monde à inventer. Réinventons nos histoires de résistance et réfusons que l’occident nous le dicte !
Akandijack
Yep yep yep fire…
