Natif de la Casamance historique, nous sommes ancré dans les valeurs sierragambiennes. Et pourtant, grâce à la Sénégambie, et singulièrement au Sénégal, le terme « goor jigéen » circule dans nos conversations comme un mot familier, parce qu’ancré dans le lexique wolof et que nous avons été culturellement wolofisé quelque part. Et face au débat actuel sur les « goor jigéen », nous nous posons la question suivante : l’existence d’un mot suffit-elle à fonder une incrimination ?

En tant que citoyen dans l’Etat moderne du Sénégal, citoyen dont l’unique arme est le logos, nous nous interrogeons et cherchons à savoir si la nature même du « goor jigéen » a jamais été criminalisée dans notre propre épistémologie juridique, sénégambienne et pour complexifier la chose, sierragambienne, qui précède et dépasse les héritages coloniaux, qu’ils soient atlantiques ou transsahariens.

Lorsque l’on dépouille notre histoire de ces couches d’influences importées, des idéologies adventives aussi bien chrétiennes comme musulmanes, une évidence s’impose, aucune tradition sénégambienne authentique ne criminalise comme on l’entend aujourd’hui dans nos institutions républicaines l’identité du « goor jigéen ».

Les sociétés sénégambiennes wolof, sérères, mandingues, halpulaar comme celles du littoral sierragambien ajamaats, papels, socés, temnés… n’ont jamais produit de droit pénal visant l’orientation sexuelle comme telle. Elles régulaient la vie sociale par la médiation, la discrétion, l’équilibre communautaire — non par la répression étatique. Au cœur de Dakar, nous avons une paroisse des Martyrs de L’Ougadan en hommage à ces victimes d’un roi africain, le royaume du Buganda, adepte de sodome et gomore, n’est-ce pas là une preuve historique que c’est bel et bien une réalité africaine. D’ailleurs, quant aux héritages islamiques, il ne faudrait pas que de faux dévots nous induisent en erreur, car d’autres exégètes nous apprennent qu’ils ne condamnent que certains actes mais ne construisent pas l’identité comme délit.

Pourquoi faut-il que l’ignorance nous guide, qu’on se résume à flatter les princes pour espérer obtenir leurs honneurs à côté des « biccirines » et autres « mouskalafs » ? Car historiquement, la pénalisation que les anti « goor jigéen » veulent est bel et bien le fruit d’un XIXᵉ siècle colonial obsédé par la moralisation des corps.

Dès lors, comment prétendre qu’une loi criminalisant les « goor jigéen » serait « panafricaine », c’est-à-dire à l’image du projet Pastef ? Comment pourrait elle se réclamer de nos valeurs alors qu’elle s’enracine dans des logiques étrangères à nos humanismes endogènes ? Car nos sociétés, avant d’être façonnées par les codes pénaux importés, reposaient sur des principes de tolérance, de pluralité, de coexistence, où la dignité de chacun était préservée par le lien social, non par la menace de la prison.

Criminaliser les « goor jigéen », ce n’est donc pas défendre une identité africaine : c’est prolonger une colonialité juridique qui a instrumentalisé la sexualité pour discipliner les corps et hiérarchiser les existences. C’est oublier que notre histoire longue témoigne d’une capacité à gérer la différence sans la transformer en crime.

Si nous voulons bâtir un droit véritablement panafricain, fidèle à nos réalités et à nos héritages, il nous faut rompre avec ces réflexes importés, le droit traditionnel ajamaat est là vivant et vivace, j’allais dire « invicta feliz ». Il nous faut retrouver ce qui, dans nos cultures, a toujours constitué la base de la vie commune, nous entendons par là, “Ussoforal” (pour parler comme Diamacoune Senghor) ou “Ubuntu” (ou comme Bachir Diagne), la dignité, la tolérance. Toute loi qui s’en écarte ne parle pas en notre nom.

Hashtag #InjéGoorjigéen

Akandijack
Yep yep yep fire

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