N’ayant pas encore lu le livre de Caroline Roussy (je me promets de le lire), je m’en tiens à cette note de lecture, avec le sentiment qu’elle s’adresse d’abord aux décideurs. Cela est cohérent avec le lectorat de Financial Afrik (je présume), puisque la note présente une analyse qui déplace le débat de l’histoire vers l’économie.
Je trouve un point qui rend presque ironique le titre de l’ouvrage, LA MAUVAISE RÉPUTATION, la frontière est devenue une rente lol
Natif de la Casamance, je le constate à chaque passage de la frontière gambienne, où il faut aujourd’hui prévoir près de 16 000 FCFA (environ 24 euros) lorsque l’on voyage avec son véhicule.
À cela s’ajoute le hasard des contrôles sauvages embusqués entre les différents postes officiels (pour reprendre le vocabulaire de la zone de “Guerre Incivile” qu’est la Casamance), assortis de prélèvements dont aucun reçu n’atteste l’existence. Ne vous aventurez pas à en demander un, vous passerez un temps de pause forcé, avec un taux d’énervement que même un saint qui tendrait l’autre joue ne supporterait pas.
Dans ma perspective, l’absurdité est bien là, mais elle est aussi partout ailleurs. I beg to differ, en attendant de lire donc…
En effet, ce n’est pas seulement le tracé colonial qui est absurde, c’est également l’héritage qu’il a produit et la manière dont celui-ci est administré, au détriment d’une région dont l’économie se tourne naturellement vers la Gambie et la Guinée-Bissau, favorisant ainsi les circuits informels et la fraude, davantage que vers Dakar, distante et coûteuse…
La matière impose la méthode et à chacun son expérience avec cette matière… certes, mais je le sais, aujourd’hui que l’on parle encore du tracé des fontières entre le Sénégal et la Gambie, les recherches de Caroline Roussy aident surtout à comprendre par exemple, que ce n’est pas tant l’existence de la Gambie qui constitue une anomalie historique que celle de l’intégration par le colon de la Casamance dans le Sénégal.
Les historiens comme elle qui ont travaillé sur la question, aident à comprendre en effet que les frontières des Pays autour de la Casamance , fixées par la convention franco-portugaise de 1886 et par la convention anglo-française de 1889, précèdent celles qui vont figées la Colonie Sénégal (entre 1905-1933 avec la Mauritanie).
Une hypothèse mérite d’être discutée d’ailleurs; le besoin de sécuriser la Casamance, devenue une ambition française, a pu peser sur le découpage de la région entre 1886-1889.
Quand je dis que nous avons besoin d’une seconde interprétation de notre histoire, le tracé colonial de la Gambie est plus vieux que celui du Sénégal…!?
Colonialité quand tu nous tiens …
Le maintien de ces frontières révèle également une réalité timidement interrogée, celle de la dépendance profonde des États africains aux cadres légués par les anciennes puissances coloniales. Présentées comme intangibles au nom de la stabilité, ces limites continuent pourtant d’organiser les espaces, les échanges et les imaginaires selon une logique héritée de l’ordre colonial.
C’est déjà dit… À bien des égards, la sanctuarisation des frontières apparaît moins comme un acte de souveraineté que comme le signe d’une difficulté persistante à penser l’avenir en dehors des catégories produites par la colonisation…
Yep yep yep fire
