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L’oligopole repose sur une hypothèse implicite; elle est ainsi que les régimes de Banjul et de Bissau restent durablement alignés sur Dakar, et que les sociétés qu’ils gouvernent l’acceptent. Or chacun des trois piliers présente aujourd’hui une fissure propre, aggravée par l’action de réseaux criminels et de puissances tierces, et ces fissures ont en commun de passer par la persévérante Casamance.

Bissau : l’État de vendetta, les cartels et l’ombre des nouveaux protecteurs

La Guinée-Bissau reste le maillon le plus instable, il suffit de rappeler la nuit du 1er au 2 mars 2009, quand le chef d’état-major Tagmé Na Waié périt dans l’explosion d’un engin télécommandé au siège de l’état-major, et le président Nino Vieira est tué quelques heures plus tard dans sa résidence.

Augusta Conchiglia, dans Le Monde diplomatique, et un missionnaire interrogé par l’agence Fides proposaient alors deux hypothèses qui ne s’excluaient pas; ils voyaient là, l’aboutissement d’une haine remontant à la répression des officiers balantes dans les années 1980, dont Na Waié avait été victime, ou un règlement de comptes lié au narcotrafic, Na Waié ayant découvert une semaine plus tôt quelque 200 kg de cocaïne dans un hangar de l’état-major. Aucun procès n’a depuis établi les responsabilités ; la Cour de justice de la CEDEAO a seulement condamné en 2018 l’État bissau-guinéen pour violation du droit à la vie du président et du droit d’accès à la justice de ses ayants droit.

Cette impunité nourrit une économie politique où l’armée ne fait pas que de l’arbitrage politique. Conchiglia rapportait déjà que 674 kg de cocaïne saisis en 2006 avaient disparu d’un coffre du Trésor public après le passage d’un groupe de soldats, et que l’archipel des Bijagós, difficile à contrôler, offrait aux trafiquants latino-américains une plateforme vers l’Europe. Le maintien de l’ESSMGB n’a pas été conçu pour endiguer cette emprise.

C’est dans ce climat que s’est jouée la séquence d’octobre dernier (2026). Après le refus opposé au retour d’Embaló, la vice-présidente de la Commission nationale électorale, Felisberta Moura Vaz, reçue le 8 octobre par le général Horta N’Tam, a déclaré que “techniquement, les conditions ne seront pas réunies pour organiser des élections” le 6 décembre, tout en précisant que l’annonce d’un report relève de la seule compétence du président de la transition ; le même jour, le Premier ministre Ilídio Vieira Té constatait qu’”aucun parti politique n’est encore dans des conditions idéales pour aller aux élections”, la direction de la plupart d’entre eux étant selon lui “caduque”, aucune candidature n’avait encore été enregistrée.

Le report, non encore prononcé officiellement au 9 octobre, est acquis de fait, sans qu’aucune nouvelle date ait été avancée. La Constitution approuvée par référendum le 30 août, avec 70 % de “oui” pour 62,6 % de participation supposée et que le PAIGC avait appelé à boycotter, a fait passer le pays d’un régime semi-parlementaire à un régime présidentiel fort ; elle attend désormais une élection pour produire ses effets, sans que rien n’indique quand ni au profit de qui. Les difficultés techniques sont réelles, tandis que. l’argument de la caducité des instances partisanes, avancé par un gouvernement de transition au terme d’une année durant laquelle les restrictions sur les activités politiques sont restées en vigueur, n’en illustre pas moins une mécanique bien connue des transitions militaires, celle d’un pouvoir invoquant l’impréparation des acteurs qu’il a lui-même empêchés de se préparer.

L’ouvrage dirigé par Patrick Chabal et Toby Green invite toutefois à ne pas prendre l’étiquette de “narco-État” pour une explication — les guillemets de son titre disent assez qu’il s’agit d’un label extérieur. Hassoum Ceesay soutient que ce n’est pas la drogue qui a fait de la Guinée-Bissau un État failli, mais la fragilité préalable de l’État qui en a fait le terrain de chasse idéal des trafiquants, fragilité que leur présence a ensuite aggravée. Simon Massey décrit la rupture, par l’armée, du “marchandage d’élites” entre militaires et politiques, que les rentes du transit de la cocaïne ont ensuite entretenue ; il relève que, depuis le premier scrutin pluraliste de 1994, aucun gouvernement élu n’avait achevé son mandat, chaque intervention militaire, soutenue par des rivaux politiques du pouvoir en place, ouvrant une nouvelle “transition”. Surtout, il montre que le basculement des bailleurs vers un agenda sécuritaire n’a fait que durcir la résistance du haut commandement aux réformes. La leçon valait pour la CEDEAO de 2026, et l’actualité l’a vérifiée plus vite qu’on ne pouvait le craindre. Une mission de stabilisation qui se prépare à sécuriser un scrutin sans toucher à l’économie politique de l’armée reconduit la transition au lieu de la clore.

Un détail de 2009 donne à ces développements une résonance particulière. Le 29 septembre, Jeune Afrique rapportait encore des rumeurs de mécontentement au sein de la garde présidentielle, dont des éléments auraient été désarmés ou mutés, ce que le ministère de l’Intérieur présentait comme de simples affectations ; une semaine plus tard, le désarmement était public et assumé par le chef de la junte.

Or Christoph Kohl rapporte qu’en janvier 2009, Tagmé Na Waié fit désarmer la garde présidentielle de Vieira après avoir été attaqué par certains de ses membres, signe de l’affaiblissement de son adversaire ; six semaines plus tard, les deux hommes étaient morts. Le parallèle ne permet aucune prédiction, les rapports de force de 2026 n’étant pas ceux de 2009 et l’ancien président se trouvant hors du pays. Il rappelle seulement que la garde est, à Bissau, le lieu où se joue la succession, et que sa neutralisation précède d’ordinaire les règlements de comptes plutôt qu’elle ne les clôt. Reste la question des armes rendues, ou non, à l’appel du général N’Tam, et de celles qui, dans un pays où les arsenaux ont toujours circulé entre casernes, maquis du MFDC (accusé en février 2022 d’être derrière la tentative de coup d’État contre Embaló) et réseaux, pourraient prendre le chemin de la frontière.

Il faut enfin compter avec les partenaires extra-régionaux, ne perdre de vue les développements récents qui invitent d’ailleurs à dépasser l’hypothèse d’un simple lien personnel entre Moscou et Embaló. Après avoir reçu l’ancien président au Kremlin en février 2025, la Russie a également manifesté son intérêt pour les autorités militaires de transition dans le cadre des préparatifs du troisième sommet Russie-Afrique. Cette double ouverture diplomatique suggère que l’intérêt russe porte moins sur un dirigeant particulier que sur la Guinée-Bissau elle-même comme espace de projection potentielle dans l’Atlantique ouest-africain. Rien ne permet aujourd’hui d’y voir l’émergence d’un partenariat sécuritaire comparable à ceux observés au Sahel. L’évolution demeure néanmoins significative, en lecture, elle montre que les responsables militaires bissau-guinéens disposent désormais, au moins sur le plan diplomatique, d’options extérieures susceptibles de réduire leur dépendance exclusive à l’égard de la CEDEAO. Dans un contexte de transition prolongée, cette diversification des interlocuteurs internationaux mérite une attention particulière.

Banjul : une souveraineté à vif, une rue en colère

En Gambie, la fissure est à la fois politique et sociale; le terrain montre bien que le troisième mandat brigué par Barrow s’inscrit dans un climat de défiance que plusieurs épisodes récents ont rendu visible. En juillet 2025, des milliers de Gambiens manifestaient contre la corruption, dans le sillage des soupçons entourant la vente des avoirs saisis sous Jammeh ; en septembre 2025, le limogeage de l’auditeur général Modou Ceesay, trois ans à peine après le début d’un mandat de neuf ans, provoquait de nouvelles manifestations et des arrestations. Dans la nuit du 8 au 9 septembre 2026, ce sont les coupures d’électricité subies depuis juin qui ont jeté des milliers de personnes dans les rues du Grand Banjul, aux cris de “Barrow must go” ; un commissariat a été saccagé, onze personnes arrêtées, et l’inspecteur général de la police a interdit le 11 septembre toute manifestation non autorisée, prévenant que les contrevenants seraient traités avec “la force nécessaire”.

C’est dans ce contexte que la présence militaire sénégalaise a cessé d’être un sujet consensuel. Le 16 juillet 2026, à Bulock, dans la région de la West Coast, des soldats sénégalais ont détruit la clôture d’un camp militaire gambien sans consultation préalable ; Banjul a qualifié l’acte de “profondément provocateur” et de “totalement inacceptable”, tout en choisissant la voie diplomatique, qui a débouché le 29 juillet sur un accord de démarcation frontalière. L’opposition, elle, a saisi l’occasion; un opposant comme Talib Ahmed Bensouda a jugé l’incident “profondément préoccupant” et dénoncé le silence du gouvernement, tandis qu’un autre, Mai Ahmad Fatty y voyait un “acte grave et provocateur” contre la souveraineté gambienne, rappelant qu’”aucune nation ne négocie sa souveraineté”. Des députés s’inquiètent désormais publiquement de la dépendance sécuritaire du pays, et Bensouda promet de mettre fin à l’ECOMIG dans les douze mois s’il est élu.

La conjonction de ces deux registres est le vrai danger, d’un côté une présidence contestée dans la rue et de l’autre, une force étrangère sans date de départ forment un couple instable. Pour peu que la campagne s’envenime, l’ECOMIG, et à travers elle l’armée sénégalaise, risque d’apparaître aux yeux d’une partie des Gambiens non comme une garante de la stabilité mais comme la garde prétorienne d’un troisième mandat. Une tribune publiée par Gunjur Online soutient d’ailleurs que la présence de la mission, faute de ratification par l’Assemblée nationale, est inconstitutionnelle, et rappelle l’affrontement du 24 janvier 2022, sur le sol gambien, entre des soldats sénégalais et des combattants du MFDC. Le report de fait du scrutin bissau-guinéen accroît encore cette exposition, la présidentielle gambienne du 5 décembre devenant la seule échéance électorale de la quinzaine (nous avons dû revoir l’analyse) et, partant, le seul test régional de la capacité de l’oligopole à accompagner une compétition ouverte.

Or cette transition politique toucherait directement l’infra-économie des maquis du MFDC. Privé de sa profondeur gambienne depuis le départ de Jammeh en 2017, le front de Salif Sadio s’est replié sur le complexe militaro-forestier sierragambien. Selon les sources citées par Al Jazeera, le commerce illégal du bois de rose, acheminé de Casamance vers le port de Banjul puis vers la Chine malgré l’interdiction de la CITES en 2022, constitue “une source principale de revenus” pour les rebelles casamançais, au point de valoir à ce bois le nom de “bois de conflit” ; la société Westwood, qui serait liée à Jammeh, en aurait tiré plus de 45 millions de dollars entre 2014 et 2017. Une alternance à Banjul, en bousculant les réseaux douaniers qui ont survécu à Jammeh, pourrait acculer ces entrepreneurs de la violence à des actions de déstabilisation frontalière.

Dakar : de la jeunesse suspecte à la militarisation du politique

Au Sénégal, la fissure est institutionnelle. Il s’agit d’une forme de cohabitation entre un pouvoir exécutif, qui serait soutenu par l’arbitre constitutionnel et qui cherche sa légitimité, et un pouvoir législatif dominé par la majorité parlementaire. Le conflit entre le président et la majorité parlementaire du Pastef, que nous avons lu à travers le « modèle de transition de 2017 », atteint son point de bascule avec l’ouverture de la fenêtre de dissolution le 2 décembre. Le danger n’est pas la dissolution en elle-même, prérogative constitutionnelle, mais la tentation de sécuriser une recomposition politique intérieure en s’appuyant sur les ressources de l’oligopole, à savoir le renseignement, les alliances de palais avec Banjul et Bissau (déjà problématique) et la mise en récit d’une menace intérieure/extérieure. Nombre d’adversaires du président de l’Assemblée nationale brûlent d’envie de le voir accusé, puis condamné, pour une supposée connivence avec le MFDC, une accusation qui trouve en partie sa force dans les préjugés associés à ses origines casamançaises. Ce serait lui assigner une identité de rebelle, celle du Casamançais suspect par nature, dont l’appartenance au Sénégal resterait toujours à prouver.

Paradoxalement, cette tentation dispose d’un terrain préparé (et qui a bon dos depuis Abdou Diouf), celui de la jeunesse désormais connectée. Macky Sall en avait fait une cible rhétorique constante ; les réseaux sociaux étaient à ses yeux un “cancer des sociétés modernes” et une “peste mondiale”, au lendemain des émeutes de mars 2021 qui avaient fait treize morts et près de six cents blessés. En octobre 2022, devant le Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité, il rangeait “les dérives du numérique” parmi les menaces pour “la paix, la sécurité et la stabilité” et promettait d’y mettre un terme “d’une façon ou d’une autre”. Le glissement est décisif ; dès lors que la parole en ligne relève de la sécurité, sa répression relève de l’appareil sécuritaire, et les coupures d’Internet, comme la fermeture de l’université Cheikh Anta Diop en 2023, en furent la traduction. Il ne manquerait plus que de pouvoir lier le MFDC et la guérilla du net pour transformer la jeunesse sénégalaise en rebelles connectés. L’identité de rebelle, déjà prêtée à l’homme par son origine, serait alors étendue à toute une génération, et la contestation politique présentée comme une insurrection à réprimer.

Serait-il injuste de confondre le registre de Bassirou Diomaye Faye avec celui de son prédécesseur ? Lorsqu’il exhorte les jeunes, le 29 septembre 2026, en installant le Conseil consultatif de la jeunesse, à ne pas “perdre [leur] temps sur les réseaux sociaux et les futilités”, il use du conseil, non de la menace; mais le problème est celui de la confiance en son discours. Conséquemment, la continuité du motif mérite d’être relevée; une fois encore, l’espace numérique où s’exprime la jeunesse qui a porté l’alternance de 2024 est présenté par le sommet de l’État comme un lieu de bruit et d’attaques, au moment même où le président affronte la formation politique que cette jeunesse soutient massivement. Le débat ouvert sur le nouveau code de la presse, comme les poursuites engagées ces dernières années contre des chroniqueurs sous des gouvernements successifs, montre que la sécurisation de la parole publique est une tendance transpartisane de l’État sénégalais. À un degré moindre qu’en Gambie, où la police interdit désormais les manifestations sous menace de la force, et sans commune mesure avec la Guinée-Bissau, où l’armée arbitre directement la succession, c’est bien la même pente qui se dessine, celle de transformer une question politique en question de sécurité. Ce serait reproduire à Dakar la matrice que Barrow et Embaló ont éprouvée chez eux.

La diplomatie sénégalaise vient d’ailleurs de fixer, à l’adresse de Bissau, un critère qui vaudra aussi pour elle. En demandant aux autorités de transition de lever les restrictions sur les activités politiques et civiles afin d’instaurer “un climat de confiance indispensable” à la crédibilité des scrutins, Dakar a énoncé une norme dont la cohérence se jugera à son application intérieure, au moment où s’ouvre la fenêtre de dissolution du 2 décembre, de la date même des prochaines élections locales et où le statut de la parole en ligne, du code de la presse aux chroniqueurs poursuivis, demeure en débat. Un médiateur exigeant de ses voisins ce qu’il refuserait à ses propres opposants perdrait la seule ressource que l’oligopole ne peut lui fournir, celle de l’exemplarité.

La faille commune : la Casamance comme variable d’ajustement

Deux mécanismes relient ces trois fissures. Le premier est identitaire : le réseau peul structuré par Tabital Pulaagu, dont nous avons montré qu’il sert d’infrastructure de soft power à Macky Sall, à Embaló et à Barrow, peut basculer du registre culturel au registre électoral dans une compétition bissau-guinéenne où la mémoire de la répression des officiers balantes n’est pas éteinte ; nos travaux sur Tagmé Na Waié ont montré combien les stéréotypes ethniques et religieux sont des constructions politiques mobilisables, non des réalités essentielles.

Il serait toutefois excessif de présenter Tabital Pulaagu comme un instrument politique au sens strict. Rien ne permet de l’assimiler à une structure de coordination électorale ou diplomatique. En revanche, le réseau constitue incontestablement un espace transnational de sociabilité reliant des élites administratives, économiques, universitaires, religieuses et politiques réparties à travers l’Afrique de l’Ouest. Sans déterminer directement les comportements politiques, il peut favoriser la circulation des idées, l’établissement de relations de confiance et la constitution de solidarités informelles. Dans cette perspective, son importance réside moins dans une action politique explicite que dans sa capacité à fournir un environnement relationnel favorable à certaines convergences entre dirigeants partageant des références sociales et culturelles communes.

Le second est fonctionnel, nous voulons parler du MFDC que l’on asssocie souvent aux Ajamaats-joolas, qui demeure l’éternel bouc émissaire des crises de Bissau et de Banjul, désigné comme complice des putschistes dès que le pouvoir vacille. Le Journal du Pays, média ouvertement indépendantiste dont les informations sont invérifiables en l’état, fait état en 2026 d’affrontements au nord de Bignona ; qu’on les tienne pour exacts ou non, ils rappellent que le conflit n’est pas clos et qu’il est alimenté par des flux financiers criminels (au sens étatique) qui échappent largement au contrôle politique des capitales.

Jeune Attika Combattant MFDC iaPhoto @1993
Jeune Attika (08.1993)

Ces flux ne datent pas d’hier; Ceesay observait déjà, en 2016, que des cadres du MFDC utilisaient le territoire bissau-guinéen pour cultiver du cannabis, exploiter illégalement le bois et produire du charbon, dont l’essentiel finissait au Sénégal et en Gambie, et que l’attaque de décembre 2011, qui coûta la vie à treize soldats sénégalais, avait été préparée de l’autre côté de la frontière. Il relevait aussi qu’en 2010, selon un procès pour trahison tenu à Banjul, une force de mercenaires s’entraînait en Guinée-Bissau en vue d’un coup contre Jammeh, sans que l’appareil de sécurité bissau-guinéen ne l’en empêche. L’instabilité de Bissau n’a jamais été une affaire intérieure; elle est aussi, depuis les années 1970, une variable de la sécurité de Dakar comme de Banjul.

La prolongation de la transition bissau-guinéenne pèse directement sur cette fissure. Une junte qui gouverne au nom de “la sécurité nationale” et de la “prévention de toute situation susceptible de menacer la stabilité du pays”, selon les termes rapportés de son communiqué du 1er octobre 2026, a un intérêt évident à entretenir l’image d’une menace frontalière. Le MFDC traduit en réalité la relation complexe que les communautés historiques de la région casamançaise entretiennent avec les pays voisins, chaque fois qu’un conflit interne éclate chez eux et déborde. De ce point de vue, il demeure pour les politiciens la menace la plus commode à désigner, qu’il s’agisse de justifier le maintien des restrictions, l’usage de la violence d’Etat ou l’ajournement indéfini du scrutin.

À l’inverse, des éléments désarmés ou mutés de la garde, privés de leur patron qui a toujours vu le MFDC derrière les différentes tentatives de coup d’État contre lui, pourraient chercher dans l’infra-économie des zones forestières du nord du pays les ressources que l’État ne leur assure plus. Aucun de ces deux mouvements n’est à ce jour documenté; leur seule éventualité suffit à rappeler qu’à Bissau, chaque crise de succession finit par se répercuter en Casamance. Dans ce jeu de miroirs, l’identité de rebelle, accolée par réflexe à la Casamance, offrirait à chacun un ennemi commode et ferait de ses habitants des suspects permanents, de part et d’autre de la frontière.

à suivre…

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  1. Pingback: Une quinzaine de décembre 2026 critique pour la sécurité militaro-politique… – CASɅVANCE

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