(Nous reprenons ce post de facebook…)

La question de savoir s’il faut ou non “discipliner” le militant du Pastef devenu président de la République du Sénégal trouve sa réponse dans les statuts et le règlement intérieur du parti. Ces textes, qui mériteraient d’ailleurs d’être améliorés, encadrent clairement la qualité de membre, les droits, les devoirs et les sanctions applicables. Les articles 6 et 26 à 28 des statuts, relatifs à ces questions, sont particulièrement pertinents pour éclairer le débat.

L’article 6 stipule quelque part que « la qualité de membre se perd par décès, démission, exclusion ou adhésion à une autre formation politique ». Dans ce cadre, le statut de démissionnaire s’applique pleinement ici. En effet, le 3 avril 2024, le président de la République a annoncé publiquement sa démission non seulement du Bureau politique, mais également du parti Pastef – Les Patriotes, conformément aux règles internes (voir notamment l’article 18 du règlement intérieur).
Cette disposition est un garde-fou qui vise, semble-t-il, à instaurer une séparation nette entre les fonds politiques de l’État et les fonds du parti, afin d’éviter toute confusion ou interprétation abusive — un enjeu crucial dans un contexte national où tout peut être sujet à polémique.
Mais quelles sont les conséquences de cette démission?

À la suite de son discours en mars 2024, et lors du grand rassemblement du Pastef du 19 octobre 2024, Ousmane Sonko, nouveau chef du parti, a présenté Bassirou Diomaye Faye comme “premier militant” et “président d’honneur du Pastef International”. Or, ces titres honorifiques ne figurent nulle part dans les statuts ni dans le règlement intérieur. Les textes ne mentionnent que la possibilité, pour les anciens présidents de la République, de redevenir membres du parti en intégrant le Conseil national (article 18).
Cette situation illustre simplement que les textes du parti — comme ceux de toute organisation — restent perfectibles si l’on voulait que le Président de la République reste militant, disons, actif pour ne pas être dans l’obligation de s’auto-démission et de poser des actes d’auto-exclusion.

L’auto-exclusion, notion implicite mais applicable conformément aux textes du Pastef. Car toujours selon l’article 6, la qualité de membre peut également se perdre par exclusion ou auto‑exclusion.
En effet, la notion d’auto‑exclusion n’est pas explicitement définie, mais elle peut être déduite du cas d’adhésion à une autre formation politique, considéré comme une rupture volontaire avec le parti d’origine.
Or, après avoir démissionné du Pastef en raison de sa fonction présidentielle, Bassirou Diomaye Faye est devenu président actif d’une coalition politique, la Coalition Diomaye Président, disposant même d’un siège. Dès lors, il est légitime de considérer que cette adhésion constitue une forme d’auto‑exclusion.

A la question donc, faut-il exclure un membre qui s’est déjà placé lui-même dans une situation d’auto‑exclusion ?
Celle-ci semble presque rhétorique.

p.s: Nous revendiquons une certaine objectivité dans cette analyse des statuts et du règlement intérieur du Pastef. Notre lien avec cette formation politique relève davantage du statut de sympathisant — voire de militant attaché aux principes incarnés par son leader charismatique — que d’une quelconque allégeance aveugle.

Quant à ceux qui ont choisi le parjure ou l’abjuration politique, ils assumeront leurs choix.


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