S’inscrire réellement dans l’histoire africaine

Il est essentiel que le Projet PASTEF s’inscrive pleinement dans la trajectoire historique de l’Afrique.
Or, ce n’est pas ce que l’on observe sous le nouveau régime devenu “Diomaye Moy-Toul Sonko“. Pour être nuancé, si un certain panafricanisme semble s’organiser dans la sphère intellectuelle, il se heurte néanmoins à des limites concrètes. Les débats récents sur la législation des mœurs en sont une illustration frappante.
Après que le régime précédent nous a abreuvés d’une forme de pornographie politique, alors même que le PASTEF tentait d’élever le débat, nous voilà replongés dans des polémiques centrées sur la sexualité des individus, reléguant au second plan les discussions de fond. Ça, ce n’est pas le Pastef que nous rêvons, celui capable de se remettre en cause après un état des lieux sans complaisance qu’il faut soumettre aux masses pour qu’elles puissent en déduire quelque chose de progressiste.

Précédemment dans un texte, nous posions déjà la problématique:

N’est-ce pas que le paradoxe est saisissant !
Comment vous amenez à nous suivre… sinon en quelques questions:


L’État met en place des dispositifs comme les numéros verts pour enfants, mais quel est l’impact de ces mécanismes sur nos formes traditionnelles d’éducation ?
Que devient l’autorité parentale lorsqu’un enfant peut dénoncer une correction destinée à redresser un comportement déviant ?
À quel moment l’éducation communautaire, pilier de nos sociétés, risque-t-elle d’être assimilée à une violence ?
C’est pourquoi je défends un panafricanisme de substance, en phase avec nos modes de régulation sociale encore légitimes.

Au nom de l’authenticité africaine…

La Révolution portée par le Projet Pastef nous rappelle une vérité fondamentale, nous devons être nous mêmes, résister aux transformations sociales trop brusques, souvent imposées de l’extérieur et déconnectées de nos réalités profondes.
En outre, notre authenticité africaine ne se réduit pas au fait que nous soyons majoritairement chrétiens, musulmans ou bouddhistes… Une majorité religieuse, quelle qu’elle soit, ne constitue pas une identité civilisationnelle. Ce qui risque donc de faire défaut quand on regarde de près les actes posés sous le régime “Diomaye Moy-Toul Sonko“, c’est bien l’exigence de cohérence entre nos valeurs, nos institutions et nos pratiques sociales.

Il y a une certaine incohérence que l’on retrouve dans notre géographie administrative comme dans le modèle de décentralisation que nous tentons, réforme après réforme, de bâtir pour qu’il reflète enfin notre identité politique. C’est dans ce contexte qu’il faut situer cette nouvelle tentative de réimaginer le territoire de l’État du Sénégal…

En effet, selon le ministre Moussa Balla Fofana (Urbanisme, Collectivités territoriales et Aménagement du territoire), le Sénégal s’apprête à entrer dans l’Acte IV de la décentralisation. Cette réforme ambitieuse prévoit la création de « pôles territoires », de véritables bassins de développement destinés à promouvoir une justice sociale plus équitable et une souveraineté économique mieux enracinée. Ainsi, dans un entretien, le ministre déclarait :

« C’était ça notre ambition, mettre la décentralisation sénégalaise à un niveau qui peut même dépasser les autres nations africaines et être citée parmi les pays où la décentralisation est à un niveau d’évolution profonde et sérieux. » (PressAfrik, janvier 2026)

L’objectif donc affiché est de résoudre la question de la cohérence territoriale en corrigeant des découpages administratifs souvent illogiques, afin d’assurer la viabilité technique et sociale de chaque commune.

Or, le coeur du problème, Monsieur le Ministre, il nous semble que c’est le rapport historique entre l’État-nation et la frontière administrative. Est-il exagéré de dire que ce rapport là a toujours été renseigné par la situation en Casamance et qu’il est, conséquemment, marqué par une constante, c’est-à-dire que le contenant (la géographie administrative) a toujours masqué le contenu (la complexité des rapports humains à l’intérieur).

La Casamance historique comme exemple emblématique de l’absurdité héritée

Le système colonial avait fait de la Casamance un District, avant de le scinder sucessivement entre Basse, Moyenne et Haute-Casamance.
Ironiquement, c’est sous le Sénégal indépendant qu’on va voir la disparition administrative de la Casamance, l’un des rares territoires historiques du Sénégal avec des armoiries. Il suffit donc d’observer la situation en Casamance pour mesurer l’ampleur du problème, morcellée pour satisfaire une politique de division qui se fait aux dépens des réalités humaines, sociales et territoriales qui racontent pourtant une certaine cohérence.
Cette incohérence de l’administration moderne n’est pas un accident, elle trahit le fait ainsi qu’elle est un héritage direct d’un système colonial qui a imposé des frontières sans jamais tenir compte des peuples.

L’héritage colonial, ce piège territorial que l’on continue de sacraliser

Depuis les indépendances, un constat s’impose qui est que, partout où l’on a légitimé les États-nations hérités du système colonial, partout où l’on a sacralisé la frontière comme un contenant — pour reprendre l’expression de Paul Pélissier (1982) — au détriment du contenu humain, culturel et historique, on n’a fait que perpétuer les germes de conflictualité déjà semés par l’ordre colonial.

Lorsque le tracé géopolitique des empires occidentaux prime sur l’héritage humain de nos ancêtres, lorsque la carte l’emporte sur la cohérence des peuples, il ne faut pas s’étonner que les crises se répètent, que les tensions restent en latence, que les nations se cherchent sans jamais se trouver. Partout, les logiques humaines, culturelles et territoriales démentent les découpages hérités. La « Guerre Incivile » en Casamance, comme l’instabilité chronique dans le « Pays Ajamaat », démontrent ainsi que, une nation n’est pas une carte coloniale, mais une cohérence entre un peuple et un territoire.

Mettons le en exergue, la doctrine du respect intangible des frontières coloniales, recommandée par l’Union africaine, relève certes d’une prudence diplomatique. Mais elle n’a rien de panafricain, c’est juste un compromis qu’on ne peut pas regarder continuellement comme un horizon. Car, l’indivisibilité n’est pas une forme administrative, mais la capacité chez nous, à construire ensemble dans la diversité.

En d’autres termes, la frontière coloniale héritée devrait protéger un projet national fondé sur la diversité existante, et non l’inverse. Entendre par là que la stabilité ne naît pas de la rigidité territoriale, mais de la légitimité humaine et cette légitimité ne se décrète pas, elle se construit historiquement. Allons donc vers une décentralisation plus osée et renseignée par l’histoire…

“Une décentralisation rebelle” et donc “Révolutionnaire” parce le Projet PASTEF doit l’assumer

Si la décentralisation veut réellement contribuer à refonder l’État-nation africain, elle doit devenir une quête d’héritages tombés en déshérence. Il ne s’agit pas de reconstruire la nation sur des frontières arbitraires que l’on prétend défendre par la « Guerre Incivile », mais plutôt ’accepter l’héritage réel, celui des peuples dans leur singularité, des cultures, des mémoires, des territoires vécus dans leurs diversités enrichissantes.

Le Projet PASTEF, qui se veut panafricain, ne peut se contenter d’une décentralisation technocratique qui promet sans effet, parce que sans fondement historique. Il doit assumer une décentralisation rebelle et révolutionnaire au bout du compte, c’est‑à‑dire une décentralisation qui rompt avec la cartographie coloniale comme dogme, qui réinscrit la nation dans l’histoire africaine et qui replace l’humain au centre en tenant compte de son histoire. Car, refonder l’État africain, c’est reconnaître que la paix durable ne se trouve pas dans la défense acharnée et meurtrière d’un tracé géographique, mais dans la réinvention d’un vivre‑ensemble enraciné dans nos propres histoires mémoires.

L’État-nation du Sénégal doit cesser d’être cette fédération qui s’ignore.
C’est cela, la véritable souveraineté.
C’est cela, la véritable décentralisation.
Et c’est cela, l’ambition panafricaine que le Projet PASTEF doit porter.

Akandijack

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