Les orientations prises par le nouveau régime “Diomaye Moy-Tul Sonko” confirment les inquiétudes que je formulais dans Futikh. La Guerre incivile sénégalaise (Bassène, 2025). Elles montrent que l’État sécuritaire, que l’on croyait reléguer aux heures sombres de la gestion de la Casamance, refait surface.

L’épisode d’hier — une tentative d’interpellation d’un député en pleine session — n’est pas un simple dérapage, c’est un signal politique, un rappel brutal de la facilité avec laquelle l’exécutif peut être tenté de franchir les lignes rouges institutionnelles. Ce geste, qui viole la séparation des pouvoirs, révèle la persistance d’un réflexe autoritaire que le changement de régime n’a manifestement pas suffi à dissiper.

Ce qui choque, c’est la contradiction flagrante entre l’idéal révolutionnaire porté par le Projet Pastef et les pratiques qui émergent aujourd’hui. Le mouvement, qui avait promis une refondation démocratique, semble aujourd’hui absorbé par les logiques mêmes qu’il dénonçait. Le fait de voir resurgir des scènes rappelant un “autre âge” de notre vie politique, au cœur d’un processus censé incarner la rupture, souligne une crise interne du projet révolutionnaire.

Dans ce contexte, la figure de Cheikh Bara Ndiaye prend une dimension particulière. Formé à l’école coranique et à l’école de la vie, selon la tradition wolof, il incarne une légitimité intellectuelle non académique, profondément enracinée dans les réalités sociales du pays. Que l’on adhère ou non à son style, sa liberté d’expression doit être protégée, d’autant qu’il est parlementaire en exercice et bénéficie, à ce titre, d’une protection intellectuelle pleine et entière.

La responsabilité qui incombe aujourd’hui au président de l’Assemblée nationale est donc immense. Ousmane Sonko ne peut plus se contenter d’incarner une révolution, il doit en devenir le garant institutionnel. Il lui revient de rappeler que l’Assemblée nationale est un pouvoir souverain, pilier de l’équilibre démocratique, et non un vestibule où l’exécutif peut venir s’essuyer les pieds. À défaut de …(quoi que ce soit), il pourra répondre à l’affront d’hier par un geste fort, un geste de restauration de la dignité parlementaire.

Autre élément à ajouter : il faut le dire sans détour, dans le contexte du “Diomaye Moy-Toul Sonko”, le Pastef doit des excuses symboliques au peuple. Nous-mêmes, qui avons défendu la pertinence du slogan “Diomaye Moy Sonko” et même promu l’idée d’un cousinage “Diola Sérère” comme métaphore politique, devons reconnaître que le projet s’éloigne de son socle populaire. Les actes que posera désormais le président de l’Assemblée nationale seront déterminants pour réancrer le projet dans le peuple, grâce à la vigilance et à l’exigence démocratique de ses représentants.

L’honorable député Cheikh Bara Ndiaye joue aujourd’hui ce rôle de vigie avec son style propre. Il rappelle que la révolution n’est pas un slogan, mais une pratique quotidienne de résistance aux dérives. Dans cette nouvelle bataille, il montre que le Parlement peut encore être un lieu de contre-pouvoir, à condition que ceux qui le dirigent aient le courage d’en défendre la noblesse. Nous sommes convaincus que nous pouvons compter sur Ousmane Sonko !

Akandijack

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