
Il s’agit encore de phénoménologie du conflit….
La commémoration de l’anniversaire du Président Abdou Diouf offre une occasion privilégiée de réinterroger la trajectoire du phénomène de conflit en Sierragambie et, plus largement, la géopolitique régionale. Figure incontournable de l’histoire politique sénégalaise, Abdou Diouf a posé, dès les années 1980, des actes politiques et militaires dont les ondes de choc continuent de façonner l’histoire contemporaine de la Sierragambie.
Après lui, il y a les autres acteurs de cette histoire régionale qui « font » l’histoire tout en la racontant, dans un espace public saturé de récits de vie, de mises en scène de la violence ou de mémoires héroïsées…
Ainsi va la mémoire des combattants ?
En tous les cas, cette inflation narrative ne garantit pourtant jamais l’accès à la postérité malgré l’exploitation des réseaux sociaux; ce privilège demeure entre les mains de l’historien, seul en mesure de sélectionner, hiérarchiser et contextualiser les discours produits par les protagonistes eux-mêmes.
C’est précisément sous cet angle que les acteurs de la « Guerre Incivile » (Bassène, 2025) en Casamance retiennent notre attention — au premier rang desquels des officiers de l’armée bissau-guinéenne, choix discriminatoire (?) — qui pour avoir donné l’indépendance à la Guinée-Bissau par les armes, partagent de nombreux codes avec les combattants du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC).
En Guinée-Bissau, la violence ne s’articule pas seulement comme un instrument de domination – nous nous entêtons à croire que – elle constitue un véritable langage politique, un mode de gouvernement et un outil de légitimation du mod!èle démocratique bissau-guinéen, qui est différent du modèle gambien ou sénégalais. La parole qui l’accompagne n’est jamais neutre ; elle sert à produire de l’autorité, à masquer des intérêts inavouables ou à réécrire les rapports de force. Il suffit de suivre la carrière des Généraux comme Mané et Na Waïe qui ont collaboré avec le MFDC contre l’armée sénégalaise pour qu’ensuite le second le combat aux côtés de l’armée sénégalaise.
La période comprise entre 1998 et 2006 en Guinée-Bissau illustre de façon exemplaire cette articulation entre violence, parole et pouvoir. Souvent réduit à sa seule brutalité, ce moment historique ne relève pourtant pas du simple témoignage factuel. Il s’inscrit dans une stratégie discursive complexe où s’entremêlent stéréotypes ethniques dont l’ironie fait sourire, accusations religieuses qui frisent l’ignorance totale, imputations de cannibalisme qui font rire et mise en scène de la souveraineté militaire.
Au-delà de la scène du discours militariste lui-même qui cherche à héroiser des frères qui s’entretuent, l’enjeu révèle comment l’armée bissau-guinéenne construit sa légitimité dans un État fragilisé par des rivalités internes, des alliances régionales fluctuantes et une infiltration croissante des réseaux criminels transnationaux.
De cette entrée en matière découle une série de questions structurantes autour de la production des récits de légitimation dans un contexte d’instabilité chronique; des dispositifs discursifs mobiliser pour transformer des opérations de coercition en actes de souveraineté; l’instrumentalisation des stéréotypes ethniques et religieux dans la redéfinition de l’ennemi pour justifier la violence; omment ces récits s’inscrivent-ils dans une géopolitique régionale où la Casamance sert tour à tour de levier, de prétexte et de paravent et l’historien dant le démelage de ces paroles performatives….
Ces interrogations convergent vers une problématique centrale, c-à-d, dans quelle mesure les discours des acteurs militaires bissau-guinéens — singulièrement — fonctionnent-ils comme des instruments de légitimation à la fois politique et criminelle ?
Il s’agit de comprendre comment ces récits masquent l’émergence d’un narco-État tout en redéfinissant les équilibres sécuritaires de la Sierragambie, d’une phénoménologie du conflit. Et pour y répondre, il faut, nous semble-t-il, analyser conjointement :
– la mise en scène de la violence en tant que langage politique depuis le Président Abdou Diouf;
– la construction discursive de l’ennemi casamançais depuis Abdou Diouf;
– l’articulation étroite entre vendettas internes et stratégies régionales depuis Abdou Diouf;
– la contribution de ces récits à la criminalisation progressive de l’État bissau-guinéen après Abdou Diouf.
Cette grille de lecture, qui fête Abdou Diouf, invite à une analyse historienne qui ne se contente pas de décrire les faits, mais qui interroge les mécanismes de production du sens, les stratégies de pouvoir et les logiques de dissimulation traversant les conflits contemporains de la Sierragambie.
Akandijack
Yep yep yep fire