Pour résoudre un problème, il faut d’abord le poser:
Et le problème que le système a avec Sonko, à beau être métis culturel, c’est bien évidemment sa casamancité …?

Les Casamançais doivent prendre pleinement conscience de cette réalité. L’occulter ou refuser de la reconnaître, au nom de concepts flous de vivre-ensemble et de politiquement correct, constituerait une erreur fatale.

L’ascension d’Ousmane Sonko dans l’espace public sénégalais constitue un phénomène politique singulier, dont l’analyse permet d’interroger les dynamiques profondes de légitimation, de culture politique et de recomposition des élites. Sonko apparaît aujourd’hui comme une figure de consensus, capable d’articuler des attentes intergénérationnelles, c’est-à-dire, celles d’une jeunesse socialisée hors des grands récits idéologiques du XXᵉ siècle, et celles d’élites plus anciennes, formées dans les paradigmes marxistes de la lutte des classes et des rapports de domination.

Sonko comme figure de médiation intergénérationnelle

La réception de Sonko par les jeunes générations s’inscrit dans un contexte où les « logiciels idéologiques » traditionnels — marxisme, socialisme d’État, nationalisme développementaliste — ont perdu leur centralité explicative. La jeunesse sénégalaise, majoritairement urbaine et connectée, mobilise des catégories morales plutôt que doctrinales : justice, cohérence, dignité, souveraineté. À l’inverse, une partie des élites politiques et intellectuelles demeure attachée à des cadres analytiques hérités des années 1960–1980. La capacité de Sonko à circuler entre ces deux univers, sans se laisser enfermer dans l’un ou l’autre, constitue un élément clé de son attractivité.

La Casamancité (ancrage casamançais) comme ressource symbolique, mais aussi obstacle structurel

Le principal point de friction dans la trajectoire de Sonko réside dans son ancrage casamançais, souvent perçu — explicitement ou implicitement — comme un facteur de suspicion dans l’imaginaire politique national. Issu de la culture Ajamaat, il est porteur d’un ethos politique façonné par une tradition acéphale et profondément égalitaire, rétive aux hiérarchies verticales et fortement attachée à la parole donnée. Cette culture, fondée sur la collégialité et la résistance à l’arbitraire, produit un rapport au pouvoir qui contraste avec les logiques de cooptation et de loyauté flexible qui structurent une partie du champ politique sénégalais contemporain.

Dans cette perspective, l’hypothèse selon laquelle Sonko aurait été plus aisément intégré au système s’il avait appartenu à une autre communauté n’est pas une simple conjecture identitaire : elle renvoie à la manière dont les États postcoloniaux construisent des hiérarchies symboliques entre territoires, mémoires et cultures politiques. La Casamance, historiquement marginalisée et politiquement contestataire, demeure un espace dont l’altérité est perçue comme un risque plutôt qu’une ressource.

La culture du waax waaxet et la résistance à la domestication politique

La pratique du waax waaxet — reniement public de la parole donnée (qui n’engagerait que celles et ceux qui y croient), le parjure — constitue un élément structurant de la critique populaire du système politique sénégalais. Dans ce contexte, la constance de Sonko apparaît comme une anomalie institutionnelle, non pas parce qu’elle serait exceptionnelle en soi, mais parce qu’elle s’inscrit en faux contre une norme politique largement tolérée. L’idée selon laquelle sa socialisation dans l’aire Ajamaat l’aurait prémuni contre cette culture de la rétractation n’est pas essentialiste : elle souligne la manière dont les habitus politiques régionaux façonnent les trajectoires individuelles.

Sonko et le Pastef ou la déterritorialisation de l’exigence de vertu en politique

Soutenir ou rejoindre le Pastef, hier comme aujourd’hui et aujourd’hui singulièrement, revient ainsi à affirmer une thèse fondamentale pour l’avenir du Sénégal, que la vertu politique n’est pas l’apanage d’une communauté c’est-à-dire les Ajamaats dont on se plait à donner en exemple, ni d’un territoire (la casamancité) ou d’une élite particulière (marxiens et autres initiateurs du Pastef). Il faut juste souligner que les politiciens ont laissé une mauvaise image de la politique en Casamance, être politicien était synonyme d’autorisation à promettre sans tenir sa promesse.

Le « consensus Sonko » ne se réduit pas à l’adhésion à un leader ; il signale une transformation plus profonde du champ politique, où les monopoles historiques — territoriaux, lignagers, institutionnels — sont progressivement remis en question. Cette dynamique ouvre la voie à une redéfinition de la citoyenneté politique, dite patriotique, fondée non sur l’appartenance mais sur la cohérence éthique, la responsabilité publique et la capacité à incarner un horizon collectif.

Akandijack

Comments (1)
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