Dans le pays Ajamaat, en Casamance singulièrement, la saison des pluies dure six mois et la saison sans pluie en dure six autres, Fujam et Fiyé se partageant l’année avec une régularité telle que l’on n’aurait certainement pas pu y organiser les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ). Pour autant, si le Maître du Temps, Emitaï, ne se montre pas toujours aussi généreux dans le Grand Djolof où l’on adopta Yallah, Dieu Tout Puissant, pour le nommer, il n’en demeure pas moins qu’ici, à force de fatalisme, on ne sait plus quand s’achève le temps des pluies. En effet, à Dakar, ville moderne de ce Grand Djolof qui se réclame de l’adage selon lequel « l’homme est le remède de l’homme » (Niit Niit aye Garab’om), lorsque la ville de l’homme tombe malade par la faute de l’homme, on remet tout à Dieu (Yallah aye Dogal), et c’est précisément dans cette mentalité du Sénégalais que s’organisent les JOJ.

Aussi, sur le papier, tout semble sous contrôle, puisque le Sénégal déploie un dispositif logistique de 166 mesures destiné à faire cohabiter la rentrée scolaire, la rentrée universitaire et les JOJ, mais derrière l’optimisme des plans et des annonces officielles persiste une interrogation de fond, celle de savoir si la capitale est réellement en mesure d’absorber simultanément ces trois défis majeurs.

Le récent report de la rentrée des classes, provoqué par des inondations qui ont paralysé Dakar en quelques heures, agit comme un signal d’alarme, car si un simple épisode pluvieux suffit à engorger les principaux axes, à perturber les transports et à désorganiser le quotidien de millions d’usagers, on peine à imaginer ce qui adviendra lorsque s’ajouteront à ce tableau les déplacements des élèves, des étudiants, des officiels, des délégations et des spectateurs.

Contrairement à la rentrée scolaire ou universitaire, les JOJ ne peuvent pas être reportés, puisque les calendriers olympiques obéissent à des échéances internationales, à des contraintes de diffusion et à des engagements pris devant le mouvement sportif mondial, de sorte que l’État, qui peut décaler de quelques jours ou de quelques semaines la reprise des cours, ne dispose d’aucune marge comparable pour un événement de cette ampleur, et c’est précisément ce qui rend l’équation actuelle si délicate.

Dès lors, la véritable question dépasse largement le cadre des seuls Jeux, car les JOJ mettent en lumière une contradiction devenue récurrente, celle d’un calendrier scolaire et universitaire que les réalités climatiques contraignent à des ajustements chaque année ou presque, comme si l’hivernage, que les peuples de la Casamance ont depuis toujours inscrit au cœur de leur rythme de vie, n’était qu’une variable secondaire dans sa conception, et les reports successifs, loin d’être des exceptions, révèlent un décalage croissant entre la planification institutionnelle et les conditions effectives de fonctionnement du territoire.

L’organisation des JOJ pourrait ainsi accélérer un débat longtemps repoussé, celui d’une refonte du calendrier académique national, car derrière cette coincidence qui peut servir, si le Sénégal entend accueillir durablement de grands événements internationaux tout en garantissant la continuité de son système éducatif, il lui faudra probablement trouver ici l’opportunité de repenser l’articulation entre l’année scolaire, l’année universitaire et le cycle climatique, une adaptation structurelle paraissant désormais plus pertinente qu’une succession de dérogations et de reports décidés dans l’urgence.

Une page d’histoire, enrichie de nos savoir-faire traditionnels, s’ouvre peut-être ici, car en Casamance le début de la saison, de juin à la mi-août, est une période où la terre se nourrit, et c’est une fois qu’elle est gorgée d’eau que l’on procède à l’aménagement des rizières afin de retenir cet excédent, qui demeurera bien au-delà du mois de novembre et fera ainsi de l’abondance de la pluie une réserve plutôt qu’une menace. Les paysans de ce pays ont donc appris, depuis des générations, à composer avec le cycle des eaux au lieu de le subir, en réglant leurs gestes et leur calendrier sur le rythme de la nature, et la question qui s’impose alors est celle de savoir quelle sagesse nous pouvons en tirer pour le calendrier scolaire.

Quelle que soit la réponse, les JOJ de Dakar constitueront assurément une vitrine internationale pour le pays, mais leur héritage le plus important ne sera peut-être ni sportif ni infrastructurel, et il pourrait résider dans une prise de conscience plus fondamentale, à savoir que lorsqu’un pays peut reporter une rentrée mais ne peut pas reporter les Jeux, ce n’est pas l’événement olympique qui doit s’adapter à la réalité nationale, c’est la planification nationale qui doit s’adapter à la réalité climatique, faute de quoi les ambitions affichées continueront de se heurter, année après année, aux mêmes contraintes pourtant prévisibles, et le fatalisme continuera de tenir lieu de prévision.

Akandijack

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