Dans la droite ligne de ce que nous pourrons appeler les “Sierragambiana studies”, nous mettons ici en lumière une autre complexité fondamentale révélée par la cartographie des puissances maritimes coloniales. Une fois les côtes sénégambiennes dépassées, au cœur même du « Pays Ajamaat », un phénomène géohistorique saisissant s’opère, l’historien du monde atlantique constate que la Rose des vents sort des rivages pour s’implanter profondément dans l’hinterland. Ce déplacement géo-graphique n’est pas neutre ici, il matérialise comme nous le défendons depuis, une véritable littoralisation de l’arrière-pays, où le réseau fluvial va constituer en mer intérieur transformant l’espace continental du Pays Ajamaat en nouveau “Cabo”, ” Gabou”, en véritable pivot stratégique des contacts…

Dans l’espace sierragambien, la cartographie historique révèle une anomalie conceptuelle majeure. Le blocus du fleuve Casamance, comme le révèle Almada, déplace le pivot de l’attraction atlantique ; celui-ci glisse de la mouvance côtière pour s’ancrer dans l’hinterland.

Le « Cabo » des Portugais — Cap (français), cape (anglais) — opère alors, par le biais du réseau hydrographique qui relie le Rio Cacheu au fleuve Gambie, une véritable intériorisation du littoral avec l’aide des Lançados et autres Baynunks-Grumetes. La démonstration que nous ne cessons de faire depuis 2011 porte sur l’hypothèse ainsi que, la rose des vents se retouve alors désormais positionnée dans les terres, et cesse d’être un simple repère de navigation maritime mais fluviale aussi.

Mieux, elle devient le marqueur géopolitique d’un « cap continental », point de jonction où l’Afrique intérieure détournée de la traite transsaharienne, se branche directement sur les pulsations de l’économie atlantique, contournant ainsi les verrous imposés à l’embouchure de la Casamance, le coeur du Pays Ajamaat.

Cabou, Kabo, Coubourousse, Ngabou, Gabou, Gabounké… — c’est juste que la Rose des vents avant d’être mandinguisée dans les récits oraux, s’était d’abord créolisée en patronyme, en toponyme de destination, en marqueur d’appartenance. Elle a fini par désigner, dans la langue véhiculaire des populations sierragambiennes, un « aller vers » — un « chez… »: nabaï cabou di... buramos, felupes, manjakus, papeles – Soso Tendeng, Familia Kabou… !!!

Akandijack

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