L’oligopole militaire sénégalais et le retour du risque en Sierragambie

C’est l’intitutlé de cette analyse prospective que nous débutons par…

Une quinzaine de décembre 2026 critique pour la sécurité militaro-politique sur l’axe Sénégambie – Sierragambie

Que restera-t-il, au soir du 6 décembre 2026, de l’architecture de sécurité militaro-politique que Dakar a patiemment tissée, voire opportunément pour reprendre la main, autour de la Casamance depuis la chute de Yahya Jammeh ?

La question n’a rien de rhétorique, car le calendrier de la Sierragambie concentre sur cinq jours trois échéances dont chacune, prise isolément, suffirait à inquiéter. Pour les rappeler, le 2 décembre, le président sénégalais qui a lancé un nouveau parti « Kiiraay: Les Patriotes républicains » en juillet 2026, retrouve la faculté constitutionnelle de dissoudre une Assemblée nationale dominée par le Pastef d’Ousmane Sonko qui l’a amené au pouvoir ; le 5 décembre, la Gambie vote pour une présidentielle où Adama Barrow, fondateur du Parti national du peuple (National People’s Party ou NPP) en décembre 2019 après avoir quitté le Parti démocratique unifié (UDP) qui l’avait fait élire dans une coalition à la tête du pays en 2016, brigue un troisième mandat ; le 6 décembre, la Guinée-Bissau organise des élections générales censées clore la transition militaire ouverte le 26 novembre 2025, sous une Constitution nouvelle et avec, pour candidat annoncé mais toujours à l’extérieur, le président battu démocratiquement mais renversé avant la proclamation des résultats, Umaro Sissoco Embaló que seule la décission des putchistes va infirmer ou confirmer si son départ n’était qu’une ruse.

Jamais, depuis 2017, les trois capitales de l’axe Sénégambie – Sierragambie, n’ont été suspendues en même temps à l’incertitude. Cette synchronisation, comme nous allons le souligner ici, met à l’épreuve ce que nous proposons d’appeler l’oligopole militaire sénégalais — une position où le Sénégal, (avec le Nigeria et le Ghana dans le cadre de la CEDEAO), fournit à ses deux voisins une part décisive de leur sécurité militaire aux dépens de la démocratie, et en retire une maîtrise de son environnement immédiat. Cette maîtrise a produit une stabilité réelle, mais c’est une stabilité de dépendance, non une stabilité d’institutions ; une stabilité qui tient tant que les régimes voisins restent alignés sur le type de régime à Dakar, et n’étant pas démocratique, court aussi le grand risque de se défaire dès que l’un d’eux vacille.

Vous comprendrez que d’emblée nous essayons d’avancer ainsi que cette architecture n’est pas seulement sécuritaire, qu’elle est aussi politique, au sens le plus sénégalais du terme, c’est-à-dire qu’elle a servi, et sert encore, à des élites dirigeantes qui y trouvent les moyens de mentir au peuple, de prôner des valeurs qu’ils ne respectent pas, de décevoir les espoirs placés en leurs discours qui ne les engagent plus une fois au pouvoir et pouvoir pour lequel, ils feront tout pour le garder le plus longtemps que possible quittes à faire appel au militarisme sécuritaire.

Les trois trajectoires qui l’ont façonnée — celle de Macky Sall, qui n’a quitté le pouvoir qu’au terme de longues tergiversations et d’une violence politique ayant conduit à une élection tardive après avoir menacé même de transmettre ce même pouvoir à d’autres forces; celle d’Adama Barrow, qui a renié son engagement d’être un président de transition et qui a su compter sur la présence militaire de la CEDEAO pour se maintenir au pouvoir grâce à la propagande sécuritaire; et celle d’Umaro Sissoco Embaló, celui là même qui avait avancé l’idée de la création d’une force anti-putsch, mais qui a par la suite organisé des élections qu’il semblait sur le point de perdre avant que ne survienne un coup d’État dont nombre d’observateurs l’ont soupçonné d’être l’instigateur — dessinent moins une coopération de sécurité entre États qu’une coalition de survie entre régimes.

Il s’agit ici, dans le prolongement de notre grille de lecture des « modèles sierragambiens de consolidation du pouvoir », d’historiciser cette configuration plutôt que de la commenter, puis d’en dégager des scénarios et des zones de vigilance.

Une conviction traverse l’exercice, et il vaut mieux la poser d’emblée : la démocratie se construit dans les assemblées et la confiance des citoyens, jamais dans les casernes, et c’est à cette aune que les choix des trois capitales seront jugés. La Casamance, parce qu’elle est à la fois le cœur de l’axe sierragambien et son angle mort sénégambien, sera le premier terrain à enregistrer les secousses si le dispositif se fissure ; car c’est ici dans le Pays Ajamaat que prennent les racines de la défiance aux systèmes adventices corrompus et de redistribution des rôles.

La suite …

Akandijack

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